Madame
Di Tondo excelle dans l'art d'offrir le grec et le latin comme une hostie pour
une communion de paix où les lèvres des élèves
puisent la présence réelle et le pouvoir enchanteur de ces langues
anciennes
Ce départ résonne en moi
avec une foule d'images de stages à Angers,
à Montpellier ou encore à Capri, attablés face aux
faraglioni
lors de la sortie de
quelques jours pour la visite de la Costa
Amalfitana avec les élèves de IVe et
Ve ginnasio...
Ou encore à l'écoute des
chansonniers français qu'elle faisait semblant de ne pas aimer …
je me souviens des
chansons de Juliette Gréco qui la
touchaient toujours
Ces mots chargés de
romance
Comme un matin qui sourit
C'est un amour qui
commence
Dans le printemps de
Paris
Paris, qui n'est à
personne,
Est à toi si tu le veux
Mon ami, je te le donne
Ce cadeau, c'est pour
nous deux
Ces mots chargés de
romance
Comme un matin qui sourit
C'est un amour qui
commence
Dans le printemps de
Paris
Veux-tu les rues de ma
ville
Trainant autour des cafés
Où les jours passent
tranquilles
Et les filles décoiffées
?
Ces mots chargés de
romance
Comme un matin qui sourit
C'est un amour qui
commence
Dans le printemps de
Paris
Les amoureux se promènent
Ils se regardent, ravis
Mon ami, c'est toi que
j'aime
Le bonheur, c'est pour la
vie
Ces mots chargés de
romance
Comme un matin qui sourit
C'est un amour qui
commence
Dans le printemps de
Paris
Mais je sais qu'elle va
avoir aussi l'Art d'être Grand-Mère ...
et je sais que de temps
en temps on pourra reprendre un café
comme on avait fait lors de la naissance
de l'ESABAC au bonheur de l'Amitié et du
temps qui passe, mais qui rien n'efface
Vittorio
Pizzocri a eu droit aujourd’hui à une surprise-party avec standing-ovation prévue par les élèves de II D ESABAC, avec la participation
de tous ses cairolini pour ses derniers
jours au lycée
À combien de générations a-t-il appris les secrets
de la cellule ?
L’occasion a été l’exposition préparée par Madame Todisco
sur Les Métamorphoses d'Ovide en collaboration avec
M. Pizzocri pour les fiches scientifiques de la faune
et de la flore dont il est question dans les mythes ovidiens
Il part à la retraite ... à l’entendre il souhaitait depuis
longtemps ce jour, mais nous n’y croyons pas
Vittorio a été, est et restera un professeur exemplaire énormément doué pour les sciences et d’une capacité communicative hors pair.
L’attitude de l’ours au cœur tendre, l’œil en éveil faisant semblant d’être méchant, l’air revêche comme un hérisson et l'âme tel que les petits gâteaux fourrés de crème et de chantilly
que l'on va siroter peu à peu et dont la saveur reste longtemps
longtemps après les avoir goûter
Il croit partir .. mais son souffle est dans la moelle des éprouvettes de son labo
difficile de le voir fuir les couloirs du lycée ...
Je suis heureux de vivre
dans un pays dans lequel les actes de bravoure comme celui de Mamoudou Gassama
sont célébrés et récompensés.
Je suis heureux de lire
toutes ces déclarations généreuses d’hommes et de femmes politiques découvrant
soudainement que des êtres humains se cachent derrière leurs expressions
habituelles comme « fuites d’eau », « abcès de fixation » ou « invasions
migratoires ».
Je suis heureux, surtout,
pour cet homme courageux qui va enfin, grâce à son acte exemplaire (au sens
fort), mener l’existence digne que permet seule dans notre société l’obtention
de ces fameux « papiers » sans lesquels rien, strictement rien n’est possible.
Mais je serais plus
heureux encore de vivre dans une nation qui n’attendrait plus d’un migrant
qu’il escalade un immeuble pour sauver un enfant au péril de sa vie avant de le
traiter dignement.
Je serais plus heureux
que notre République n’envoie plus sa police harceler les exilés réduits par
nos renoncements à squatter nos trottoirs et qu’elle se décide enfin à les
accueillir en conformité avec les principes qu’elle prétend porter.
Je serais heureux et fier
que nos autorités et notre classe politique n’entretiennent plus les peurs et
s’interdisent toute métaphore déshumanisante quand il s’agit d’évoquer les questions
migratoires.
Les symboles sont
nécessaires. À condition qu’ils nous permettent d’éclairer les problèmes et non
de les masquer derrière un écran de fumée.
Que l’élan de générosité
autour de Mamoudou Gassama s’étende aux invisibles et aux sans-droits et
sans-toits que nos politiques répressives produisent. Et là nous pourrons être
heureux ensemble. Et fiers aussi.
L’histoire qu’on va lire est aussi réelle que vous
pouvez l’être. Elle se passe ici, comme elle aurait pu se dérouler là. Il
serait trop aisé de penser qu’elle a eu lieu ailleurs. Les noms des êtres qui
la peuplent ont peu d’importance. On pourrait les changer. Mettre à leur place
les vôtres. Vous vous ressemblez tant, sortis du même inaltérable moule.
Je suis certain que vous vous poserez tôt ou tard une
question légitime : a-t-il été témoin de ce qu’il nous raconte ? Je vous
réponds : oui, j’en ai été le témoin. Comme vous l’avez été mais vous n’avez
pas voulu voir. Vous ne voulez jamais voir. Je suis celui qui vous rappelle. Je
suis le gêneur. Je suis celui à qui rien n’échappe. Je vois tout. Je sais tout.
Ni homme ni femme. Je suis la voix, simplement. C’est de l’ombre que je vous
dirai l’histoire.
Philippe
Claudel a l’art de manier les mots aussi bien que Garrone sa caméra dans Dogman. Mais, on le sait, l’écrivain est aussi un metteur en scène hors-pair
lorsqu’il s’agit de raconter le malheur comme témoigne son dernier film Une enfance. La comparaison surgit spontanée face à la misère humaine
dont il est question dans ce polar ensorcelant :
« En
cette fin de septembre, le ciel, ni bleu ni gris, mais couvert d’un glacis fuligineux transformait en une masse pâteuse et
irrégulière le soleil, l’étalant comme un beurre rance en troublant ses
contours …Et puis il y avait la puanteur…. Qui n’avait plus rien d’aimable ni
d’incertain : c’était une odeur de charogne qui prenait ses quartiers sur
l’île »,
L’île des monstres ou de la déshumanisation.
Le roman montre une fois de plus le puissant
souffle de Claudel à raconter la
déchéance dans laquelle nous sommes plongés dans ce début du XXIe siècle, comme il avait magistralement révélé dans Les
âmes grises et dans Le
rapport Brodeck
Voilà pourquoi le gris-sombre domine, du reste l’exergue
léopardien l’anticipe « Sois Heureux
s’il t’est permis de respirer après une douleur
et bienheureux si de toute douleur la mort te guérit.
Le roman s’ouvre sur un
événement que Lampedusa et toute la
Sicile connaissent bien : trois cadavres de jeunes africains sont rejetés sur un plage d’un île de L’Archipel du Chien.
Vous tournez le dos à vos frères et
vous perdez votre âme
Ce qui résume
parfaitement l’un des thèmes que la narration propose le viol d’une enfant et
laisse s’échapper une question
Comment
les siècles futurs jugeront-ils (notre) temps ?
Tous les personnages sont
présentés seulement à travers leur fonction le Maire, le Docteur,
l’Instituteur, la Vieille (l’Institutrice), le Curé, le Commissaire (le
Policier) ou des surnoms le Spadon, Amérique, sauf la fillette Mila (prénom d’origine slave mais qui est aussi lenom d’une ville algérienne)
aux grands yeux verts , un peu trop grands, un peu trop ouverts, dans un
visage mince et blanc, comme on en trouve dans certains portraits de Lucas
Cranach ;
une invitation à réfléchir sur le mal présent partout et qui
se développe presque sans que l’on puisse
s’en apercevoir
La
plupart des hommes ne soupçonnent pas chez eux la part de sombre que pourtant
tous possèdent
D’autres thématiques, toutes bien actuelles, s’imposent :
la vérité piétinée comme
montre le cynisme du Commissaire
« qui
s’intéresse à la vérité, Monsieur l’instituteur ? Tout le monde s’en fiche
de la vérité !Ce qu’il veulent c’est votre tête…Imaginez leur déception si
on la leur retirait !Vous avez déjà essayé de reprendre un os à un chien
qui est occupé à le ronger avec délice ?
La mafia, la pieuvre, le trafic
humanitaire des migrantset le
volcan Brau…un nom qui sonne barbare, symbole de la destinée implacable.
Un roman de chez nous, à
lire comme une parabole, qui révèle l’avilissement de nos
jours.
L'Archipel
du Chien a le très grand
mérite d'engager une réflexion sur une actualité affichée sur tous les
médias, mais trop souvent occultée à
notre conscience individuelle et collective.