Ils sont sans doute passés par là. Au VIIe siècle, les compagnons du Prophète, à la tête des armées de l’islam, en route pour la conquête du monde, se sont vraisemblablement arrêtés à Palmyre, dans sa palmeraie, avant de se lancer à l’assaut de la verte Damas et de ses richesses, Damas dont la dynastie omeyyade fera sa capitale, délaissant Médine et posant ainsi la première pierre de l’empire musulman qui, loin de détruire ce qui le précède, s’en nourrit, s’y forme, s’y modèle. Que restait-il à l’époque de l’antique cité caravanière ? Un peu plus qu’aujourd’hui, ou un peu moins ; quelques églises, un évêque, nous apprend Paul Veyne dans Palmyre. L’irremplaçable trésor. Est-ce qu’un noble guerrier arabe descendit de chameau pour pleurer sur ces ruines, dans la grande tradition de la poésie du désert, et chanter comme Imroul Qays quelques décennies plus tôt : « Arrêtons-nous pour pleurer au souvenir de cet amour, sur les traces de ce campement, au bas des dunes » ? La poésie arabe s’ouvre avec cette déploration, elle naît de la nostalgie que provoquent les ruines des choses perdues.
Aujourd’hui nous pleurons tous, et il n’y a pas de chant funèbre plus juste et plus noble que celui que Paul Veyne consacre à Palmyre, thrène dédié à l’archéologue syrien Khaled Al-Asaad, qui en fut le gardien et l’explorateur quarante ans durant, avant...
Le souvenir de Palmyre est un hymne à la beauté.
Le Monde des LIVRES , vendredi 30 octobre 2015
Palmyre. L’irremplaçable trésor, de Paul Veyne, Albin Michel,
"Dans la vie il y a des blessures qui, come une lèpre,
rongent l’âme dans la solitude"
(Sadegh Hedayat, p.9)
C'est lors d'une une nuit d’insomnie dans l’appartement viennois du musicologue Franz Ritter qui débute l'historie
"A défaut de dormir, il se laisse envahir ses rêves éveillés, et la reconstruction de ses souvenirs. Comme il a l’âme naturellement portée à la mélancolie comme sentiment du temps, mais une mélancolie féconde et allègre, pas une mélancolie dépressive et suicidaire, il se raconte les histoires de sa vie, revisite ses lieux, refait son chemin de Damas, Istanbul, Alep, Palmyre, Téhéran ...."
(Pierre Assouline)
D'une richesse inouie de références musicales et littéraires
un livre monument qui s'ouvre et se termine sur la même citation
Je referme les yeux,
mon cœur bat toujours ardemment.
quand reverdiront les feuilles à la fenêtre ?
quand tiendrai-je mon amour entre mes bras ?
Le voyage en hiver.
Wilhelm müller & Franz schubert,
qui pourrait bien nous venir de Tistan et Iseut
Le Goncourt 2015.. Qui peut le dire?
mais sans aucun doute un livre qui marquera les esprits dans cette tourmentée histoire entre
Orient et Occidant qui est le grand thème aussi de nos jours
Nous sommes deux fumeurs d’opium chacun dans son nuage,
sans rien voir au-dehors, seuls, sans nous comprendre jamais
nous fumons, visages agonisants dans un miroir, nous sommes
une image glacée à laquelle le temps donne l’illusion du mou-
vement, un cristal de neige glissant sur une pelote de givre dont
personne ne perçoit la complexité des enchevêtrements, je suis
cette goutte d’eau condensée sur la vitre de mon salon, une perle
liquide qui roule et ne sait rien de la vapeur qui l’a engendrée,
ni des atomes qui la composent encore mais qui, bientôt, ser-
viront à d’autres molécules, à d’autres corps, aux nuages pesant
lourd sur Vienne ce soir : qui sait dans quelle nuque ruissellera
cette eau, contre quelle peau, sur quel trottoir, vers quelle rivière,
et cette face indistincte sur le verre n’est mienne qu’un instant,
une des millions de configurations possibles de l’illusion – tiens
m. Gruber promène son chien malgré la bruine, il porte un
chapeau vert et son éternel imperméable ; il se protège des écla-
boussures des voitures en faisant de petits bonds ridicules sur
le trottoir : le clébard croit qu’il veut jouer, alors il bondit vers
son maître et se prend une bonne baffe au moment où il pose sa
patte crasseuse sur l’imper de m. Gruber qui finit malgré tout
par se rapprocher de la chaussée pour traverser, sa silhouette est
allongée par les réverbères, flaque noircie au milieu des mers
d’ombre des grands arbres, déchirées par les phares sur la Porzel-
langasse, et herr Gruber hésite apparemment à s’enfoncer dans
la nuit de l’alsergrund, comme moi à laisser ma contemplation
des gouttes d’eau, du thermomètre et du rythme des tramways
qui descendent vers schottentor.
l’existence est un reflet douloureux, un rêve d’opiomane, un
poème de roumi chanté par shahram Nazeri, l’ostinato du zarb
fait légèrement vibrer la vitre sous mes doigts comme la peau de
la percussion, je devrais poursuivre ma lecture au lieu de regarder
m. Gruber disparaître sous la pluie, au lieu de tendre l’oreille aux
mélismes tournoyants du chanteur iranien, dont la puissance et
le timbre pourraient faire rougir de honte bien des ténors de chez
nous. Je devrais arrêter le disque, impossible de me concentrer ; j’ai beau relire ce tiré à part pour la dixième fois je n’en omprends pas le sens mystérieux, vingt pages, vingt pages horribles, glaçantes, qui me parviennent précisément aujourd’hui, aujourd’hui qu’un médecin compatissant a peut-être nommé ma maladie, a déclaré mon corps officiellement malade, presque soulagé d’avoir posé – baiser mortel – un diagnostic sur mes symptômes, un diagnos-tic qu’il convient de confirmer, tout en commençant un traite-ment, disait-il, et en suivre l’évolution, l’évolution, voilà, on en est là, contempler une goutte d’eau évoluer vers la disparition avant de se reformer dans le Grand tout.
... et bien en écoutant de la musique classique, dans le roman il y a nombre de musiciens cités
Shubert, Gluck, qui fai l'objet d'un mémoire "L'orient dans les opéra viennois de Gluck" Beethoven ... Moi, j'ai choisi Les Kindertotenlieder tirés des poèmes Kindertotenlieder
Si je t'écris ce soir de Vienne J'aimerais bien que tu comprennes Que j'ai choisi l'absence Comme dernière chance Notre ciel devenait si lourd Si je t'écris ce soir de Vienne Oh que c'est beau l'automne à Vienne C'est que sans réfléchir J'ai préféré partir Et je suis à Vienne sans toi Je marche, je rêve dans Vienne Sur trois temps de valse lointaine Il semble que les ombres Tournent et se confondent Qu'ils étaient beaux les soirs de Vienne Ta lettre a dû croiser la mienne Non je ne veux pas que tu viennes Je suis seule et puis j'aime Etre libre O que j'aime Cet exil à Vienne sans toi
Une vieille dame autrichienne Comme il n'en existe qu'à Vienne Me loge et dans ma chambre Tombent de pourpre et d'ambre De lourdes tentures de soies C'est beau à travers les persiennes Je vois l'église Saint-Etienne Et quand le soir se pose C'est bleu, c'est gris, c'est mauve Et la nuit par-dessus les toits Que c'est beau Vienne Que c'est beau Vienne
Cela va faire une semaine Déjà que je suis seul à Vienne C'est curieux le hasard J'ai croisé l'autre soir Nos amis de Lountatchimo Cela va faire une semaine
Ils étaient de passage à Vienne Ils n'ont rien demandé Mais se sont étonnés De me voir à Vienne sans toi
Moi, moi Je me promène Je suis bien Je suis bien La la la la la... Je suis bien... si bien
Et puis de semaine en semaine Voila que je vis seule à Vienne Tes lettres se font rares Peut-être qu'autre part Tu as trouvé l'oubli de moi Je lis j'écris mais quand même Oh ce qu'il est long l'automne à Vienne Dans ce lit à deux places Où la nuit je me glace Tout à coup j'ai le mal de toi Que c'est long Vienne Que c'est loin Vienne
Si je t'écris ce soir de Vienne Chéri c'est qu'il faut que tu viennes J'étais partie Pardonne-moi Notre ciel devenait si lourd Et toi de Paris jusqu'à Vienne Au bout d'une invisible chaîne Tu guettais je pense Jouant l'indifférence Et tu m'as gardée malgré moi
Il est minuit ce soir à Vienne Mon amour il faut que tu viennes Tu vois je m'abandonne Il est si beau l'automne Et j'aimerais le vivre avec toi Que c'est beau Vienne Avec toi Vienne.