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samedi 28 mars 2015

Fabio Scotto "Yves Bonnefoy e l’Italia", Sala Varesecorsi di Piazza Motta a Varese





Fabio Scotto 

"Yves Bonnefoy e l’Italia"

Un incontro della Dante Alighieri


La Società Dante Alighieri di Varese in collaborazione 
con il Comune di Varese organizza lunedì, 30 marzo 2015
 alle ore 16, presso la Sala Varesecorsi di Piazza Motta a
 Varese, l’incontro sul tema: “Yves Bonnefoy e l’Italia. 
Saggi, traduzioni e poesie”.  Il relatore dell’incontro
 è il  poeta Fabio Scotto, docente di Letteratura francese 
presso l’Università degli studi di Bergamo. Fabio Scotto 
è stato curatore dell’ampio Meridiano Mondadori dedicato
 al poeta francese.






Fabio Scotto est né à La Spezia en 1959 et vit à Varèse en Italie. Poète, il est l’auteur de huit recueils et de nombreux livres d’artiste et ses poèmes ont été traduits en une dizaine de langues. En français ont paru les recueils Piume/Plumes/Federn, Éditions En Forêt / Verlag Im Wald, 1997,Voix de la vue, Hôtel Continental, 2002, Le corps du sable, L’Amourier, 2006 (Finaliste au Prix “Max Jacob étranger” 2007), Les nuages, le vent. Poésies de Ségaliérette, Manière Noire éditeur, 2006,L’ivre mort, Trames, 2007, des poèmes dans les revues AUBE Magazine, Le Guide céleste, Correspondances, Travers, L’Humanité, Europe, Aujourd’hui poème, Scherzo, Le frisson esthétique, Thauma, Exit, ainsi que les éditions qu’il a procurées du Cahier Yves Bonnefoy de la revue Europe (n°890-891, 2003) et du Colloque de Cerisy Bernard Noël: le corps du verbe (ENS éditions, 2008).
Professeur de langue et de littérature françaises à l’Université de Bergame, spécialiste de l’oeuvre de Bernard Noël et d’Yves Bonnefoy, il est l’auteur des essais Le Neveu de Rameau de Denis Diderot(1992), Bernard Noël: il corpo del verbo (1995) et de nombreux articles et communications sur Tardieu, Michon, Michaux, Cendrars, Ponge, Bonnefoy, Frénaud, Cioran et d’autres. Il a traduit une trentaine d’ouvrages, parmi lesquels Chatterton d’Alfred de Vigny, Notre-Dame de Paris de Victor Hugo (préface d’Umberto Eco), les Premières poésies de Villiers de l’Isle-Adam, L’opera poeticad’Yves Bonnefoy pour Mondadori, plusieurs livres de Bernard Noël et a récemment édité et traduit une importante anthologie de la nouvelle poésie française (Nuovi poeti francesi, Einaudi, 2011).Il a reçu en Italie les Prix de traduction littéraire “Civitanova Poesia 1998”, “Achille Marazza 2004” et le Prix Spécial du jury du “Premio Europeo 2006”.





Yves Bonnefoy










mardi 6 janvier 2015

Au coeur des poèmes... à étudier par coeur







Les étrennes des orphelins (extrait)


-- Ah ! quel beau matin que ce matin des étrennes !

Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes
Dans quelque songe étrange où l'on voyait joujoux,
Bonbons habillés d'or, étincelants bijoux,
Tourbillonner, danser une danse sonore,
Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !
On s'éveillait matin, on se levait joyeux,
La lèvre affriandée, en se frottant les yeux...
On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,
Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,
Et les petits pieds nus effleurant le plancher,
Aux portes des parents tout doucement toucher...
On entrait !... Puis alors les souhaits... en chemise,
Les baisers répétés, et la gaieté permise.

Arthur RIMBAUD, extrait des « Etrennes des orphelins »

            dit par Jean topart







Le Vin des amants
          
Aujourd'hui l'espace est splendide !
Sans mors, sans éperons, sans bride,
Partons à cheval sur le vin
Pour un ciel féerique et divin !

Comme deux anges que torture
Une implacable calenture,
Dans le bleu cristal du matin
Suivons le mirage lointain !

Mollement balancés sur l'aile
Du tourbillon intelligent,
Dans un délire parallèle,

Ma soeur, côte à côte nageant,
Nous fuirons sans repos ni trêves
Vers le paradis de mes rêves !

Charles BAUDELAIRE  Les Fleurs du mal (1857)
          dit par L. DESANTI 







Liberté

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom
Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom
Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom
Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom
Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom
Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom
Sur l'absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenirs
J'écris ton nom
Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.

Paul ELUARD, Poésie et vérité 1942 (1942)
          dit par GERARD PHILIPPE










Les deux pigeons
Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre :
L'un d'eux s'ennuyant au logis,
Fut assez fou pour entreprendre
Un voyage en lointain pays.
L'autre lui dit : « Qu'allez-vous faire ?
Voulez-vous quitter votre frère ?
L'absence est le plus grand des maux :
Non pas pour vous, cruel ! Au moins, que les travaux,
Les dangers, les soins du voyage,
Changent un peu votre courage.
Encor si la saison s'avançait davantage !
Attendez les zéphyrs. Qui vous presse ? Un corbeau
Tout à l'heure annonçait malheur à quelque oiseau.
Je ne songerai plus que rencontre funeste,
Que faucons, que réseaux. « Hélas, dirai-je, il pleut :
« Mon frère a-t-il tout ce qu'il veut,
« Bon soupé, bon gîte, et le reste ? »
Ce discours ébranla le coeur
De notre imprudent voyageur ;
Mais le désir de voir et l'humeur inquiète
L'emportèrent enfin. Il dit : « Ne pleurez point :
Trois jours au plus rendront mon âme satisfaite ;
Je reviendrai dans peu conter de point en point
Mes aventures à mon frère ;
Je le désennuierai : quiconque ne voit guère
N'a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint
Vous sera d'un plaisir extrême.
Je dirai : « J'étais là ; telle chose m'advint»;
Vous y croirez être vous-même. »
A ces mots en pleurant ils se dirent adieu.
Le voyageur s'éloigne ; et voilà qu'un nuage
L'oblige de chercher retraite en quelque lieu.
Un seul arbre s'offrit, tel encor que l'orage
Maltraita le pigeon en dépit du feuillage.
L'air devenu serein, il part tout morfondu,
Sèche du mieux qu'il peut son corps chargé de pluie,
Dans un champ à l'écart voit du blé répandu,
Voit un pigeon auprès : cela lui donne envie ;
Il y vole, il est pris : ce blé couvrait d'un lacs
Les menteurs et traîtres appas.
Le lacs était usé ; si bien que de son aile,
De ses pieds, de son bec, l'oiseau le rompt enfin.
Quelque plume y périt ; et le pis du destin
Fut qu'un certain vautour à la serre cruelle
Vit notre malheureux qui, traînant la ficelle
Et les morceaux du lacs qui l'avaient attrapé,
Semblait un forçat échappé.
Le vautour s'en allait le lier, quand des nues
Fond à son tour un aigle aux ailes étendues.
Le pigeon profita du conflit des voleurs,
S'envola, s'abattit auprès d'une masure,
Crut pour ce coup que ses malheurs
Finiraient par cette aventure ;
Mais un fripon d'enfant (cet âge est sans pitié)
Prit sa fronde, et, du coup tua plus d'à moitié
La volatile malheureuse,
Qui, maudissant sa curiosité,
Traînant l'aile, et tirant le pié,
Demi-morte et demi-boiteuse,
Droit au logis s'en retourna.
Que bien que mal elle arriva,
Sans autre aventure fâcheuse.
Voilà nos gens rejoints ; et je laisse à juger
De combien de plaisirs ils payèrent leurs peines.
  Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ?
Que ce soit aux rives prochaines ;
Soyez-vous l'un à l'autre un monde toujours beau,
Toujours divers, toujours nouveau ;
Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste.

J'ai quelquefois aimé : je n'aurais pas alors
Contre le Louvre et ses trésors,
Contre le firmament et sa voûte céleste,
Changé les bois, changé les lieux
Honorés par le pas, éclairés par les yeux
De l'aimable et jeune bergère
Pour qui, sous le fils de Cythère
Je servis engagé par mes premiers serments.
Hélas ! Quand reviendront de semblables moments ?
Faut-il que tant d'objets si doux et si charmants
Me laissent vivre au gré de mon âme inquiète ?
Ah! si mon coeur osait encor se renflammer !
Ne sentirai-je plus de charme qui m'arrête ?
Ai-je passé le temps d'aimer ?


Jean de LA FONTAINE  Fables, livre IX (1679)


dit par  GERARD PHILIPPE










 «Plaise à Celui qui Est peut-être 
de dilater  le coeur de l'homme 
à la mesure de toute la vie.»


Epitaphe

Il a vécu tantôt gai comme un sansonnet,
Tour à tour amoureux insoucieux et tendre,
Tantôt sombre et rêveur comme un triste Clitandre,
Un jour il entendit qu'à sa porte on sonnait.

C'était la Mort ! Alors il la pria d'attendre
Qu'il eût posé le point à son dernier sonnet ;
Et puis sans s'émouvoir, il s'en alla s'étendre
Au fond du coffre froid où son corps frissonnait.

Il était paresseux, à ce que dit l'histoire,
Il laissait trop sécher l'encre dans l'écritoire.
Il voulait tout savoir mais il n'a rien connu.

Et quand vint le moment où, las de cette vie,
Un soir d'hiver, enfin l'âme lui fut ravie,
Il s'en alla disant : « Pourquoi suis-je venu ? »

Gérard DE NERVAL, Poésies diverses (1877)

dit par ALAIN CLUNY





samedi 3 janvier 2015

Tristan et Iseut





La littérature du Moyen-Age est de tradition orale. C'est le règne des troubadours, trouvères, chansons de geste et poèmes lyriques. Ils sont souvent accompagnés de musique. C'est dans ce contexte littéraire que s'inscrit Tristan et Iseult, récit initialement en octosyllabes. Légende médiévale celtique (appartenant  au cycle breton) datant du XIIe siècle Tristan et Iseult mêle poésie courtoise et épisodes guerriers. Tristan et Iseult n'est pas un ouvrage unique. Il existe plusieurs versions, chacune fragmentaire. Malgré quelques découvertes récentes, on ne dispose d'aucun manuscrit complet. Les deux versions les plus connues sont celles de Thomas (entre 1172 et 1176) et de Béroul (vers 1190).
Ce véritable mythe a été repris largement par ailleurs :
- dès le XIIe s., dans "Le lai du chèvrefeuille" de Marie de France et  dans l'oeuvre de Chrétien de Troyes.
- après le XIIe s., en Angleterre, en Italie, en Allemagne (avec Wagner et son opéra Tristan et Isolde).




II. Résumé

L'action se situe en des temps fort anciens. Tristan, fils de Rivalen et de Blanchefleur (soeur du roi Marc), est admiré de tous. Preux et courageux chevalier, il parvient notamment à vaincre quoiqu'en s'y blessant, le géant et redouté Morholt, symbole d'une sauvagerie cruelle et sans pitié. De retour auprès du roi Marc après cet exploit, il est prié de retrouver la fille aux cheveux d'or, dite Iseult la blonde, afin qu'elle épouse le roi MarcSur la nef qui les conduit vers ce dernier, Tristan et Iseult, assoiffés boivent par erreur un breuvage que leur donne Brangien, la servante d'Iseult : ce breuvage n'est autre que le philtre d'amour (qui n'est appelé ainsi d'ailleurs qu'au XIVe s. car au XIIe on parle de "vin herbé" ou de "breuvage d'amour"), boisson préparée par la reine d'Irlande (la mère d'Iseult) pour que le roi Marc et Iseult puissent se désirer et s'aimer passionnément et vivre ainsi un mariage d'amour. Suite à cette erreur, Tristan et Iseult vont donc s'aimer de manière indéfectible pendant 3 ans et se montrer donc coupables envers le roi Marc, époux d'Iseult et d'Iseult aux blanches mains que Tristan a épousé pour son prénom plutôt qu'autre chose. Usant de nombreux stratagèmes pour essayer de se revoir les amants seront souvent piégés ou pris en flagrant délit. Un jour, Tristan doit mener un combat qui va lui être fatal : il va être blessé mortellement et ne pourra pas embrasser sa belle une dernière fois alors qu'il avait tout fait pour la faire venir, mais en vain. Celle-ci arrivera trop tard et décidera de se laisser périr auprès de son amant.

III. Thèmes récurrents

L'amour qui est ici impossible et finalement fatal. C'est un amour passion assez proche du fin'amor (idéal amoureux chanté par les troubadours de l'époque). Cet amour innocent quand il naît, puisqu'il fait suite à une erreur qui conduit les tourtereaux à s'aimer, devient ensuite coupable dans la mesure où les deux amants conscients de leur faute ne luttent pas vraiment contre leur amour. En découle ainsi le thème de la culpabilité.
- La mort (dont la mort de l'amour ?)
- Le destin ou la fatalité (Tristan et Iseult ne peuvent s'empêcher de s'aimer)
- L'aventure
- La bravoure de Tristan
- La tristesse qui est d'ailleurs à la racine du nom Tristan, orphelin de naissance et la dimension tragique du sort du "héros".






Le Mythe de Tristan et Iseut est l'un des plus fascinants du monde occidental.
Valérie Lackovic nous indique "que cette mythologie était très vivante dans toute la Grande-Bretagne bien avant l'invasion normande. Essentiellement orale, elle n'est plus attestée que par des vestiges comme une pierre datée du Vème siècle et portant l'inscription "DRVSTANVS" (Tristan) ou la mention au Xème siècle , d'un lieu dit Cornouaillais appelé "Gué d'Iseut".
Le roman de Tristan , lui, date du douzième siècle. De nombreuses versions ont existé : plusieurs ont disparu ( notamment celle de Chrétien de Troyes et celle de La Chièvre ( avant 1170) ; d'autres ne nous sont parvenues que par fragments ( Béroul et Thomas) . Ce sont les textes de ces deux auteurs qui font référence aujourd'hui.
Du roman en vers de Béroul (entre 1150 et 1190), ne subsiste qu'un fragment d'environ 4000 vers. Mais il y manque le début et la fin . Il n'a été conservé qu'une copie unique de ce manuscrit. La version de Béroul débute par la scène du grand pin (lorsque le roi Marc vient se cacher près du grand pin, pour surprendre le rendez-vous clandestin de Tristan et Iseut) et se termine lorsque Tristan et Iseut se séparent ( Tristan offrant à Iseut son chien Husdent, tandis qu'Iseut donne à son amant son anneau de jaspe vert)
Le Tristan de Thomas d'Angleterre date de 1173 . Plusieurs versions ont été conservées qui restituent plusieurs fragments de l'histoire. Mystérieusement les fragments restant de l'œuvre de Thomas débutent par une scène de séparation ( légèrement contradictoire avec celle de Béroul, mais qui permet toutefois d'enchaîner les deux récits) et nous offrent la fin du roman; épilogue mythique qui a contribué à bâtir la légende éternelle des amants maudits .
On a souvent comparé les styles de Béroul et Thomas d'Angleterre. Comme l'écrit Anne Berthelot " traditionnellement ,on a tendance à dire que Béroul, sans doute un peu plus ancien, se fait l'écho d'une version "primitive" de la légende, plus violente et sauvage que celle de Thomas, qui au contraire adapterait son matériau de base aux exigences nouvelles de l'idéologie à la mode, à savoir "la courtoisie"." La version de Béroul est donc plus réaliste que la version de Thomas, mais l'on n'y trouve guère de traces de l'amour courtois qui domine l'œuvre de Thomas.
C'est au début du vingtième siècle (entre 1900 et 1905) que Joseph Bédier, spécialiste médiéval, a rassemblé ces différents textes , auxquels il a ajouté d'autres fragments ( Eilhat d'Oberg, fragments anonymes...) pour constituer un récit faisant aujourd'hui référence.
Les 19 chapitres du Roman de Tristan et Iseut de Joseph Bédier
  1. Les Enfances de Tristan : Anonyme
  2. Le Morholt d'Irlande : Eilhat d'Oberg
  3. La belle aux cheveux d'Or : Eilhat d'Oberg
  4. Le Philtre : Eilhat d'Oberg
  5. Brangien livrée aux cerfs : Eilhat d'Oberg
  6. Le Grand Pin : Béroul
  7. Le Nain Frocin : Béroul
  8. Le saut de la chapelle : Béroul
  9. La forêt de Morois : Béroul
  10. L'Ermite Ogrin : Béroul
  11. Le gué aventureux : Béroul
  12. Le jugement par le fer rouge : Anonyme
  13. La Voix du Rossignol : Anonyme
  14. Le grelot merveilleux : Anonyme
  15. Iseut aux blanches mains : Thomas d'Angleterre
  16. Kaherdin : Thomas d'Angleterre
  17. Dinas de Lidan : Thomas d'Angleterre
  18. Tristan fou : Thomas d'Angleterre
  19. La Mort : Thomas d'Angleterre

LES GRANDS THEMES
L’AMOUR

-              AMOUR FATAL : en effet, c’est par hasard , contre leur volonté, que T. et Y. s’aiment : la potion magique annihile l’exercice de la raison, les amants sont dépossédés de leur liberté. Ils subissent une attirance irrésistible et incontrôlable. En aucun cas on ne peut juger leur relation coupable. Les amants ne peuvent pas lutter contre leur sentiment. C’est la faillite du libre arbitre. Les amants constatent que depuis 3 ans ( la durée de l’effet du philtre) il n’ont eu que du malheur et souffrances. L’amour n’est donc pas synonyme de bonheur et d’épanouissement. Mais si les amants s’aiment dans un premier temps sans le vouloir, leur amour perdure par delà l’effet du philtre et devient une véritable passion.

-          AMOUR PASSION : il est certain que l’amour des amants est sincère et fort et que, conscient de leur amour ils ne tenteront jamais de lutter contre la passion. On peut parler alors de culpabilité, dans la mesure où c’est en toute connaissance de cause qu’il commettent adultère.

LE DESORDRE

-              DESORDRE SOCIAL : T. manque aux règles de la féodalité : le roi Marc est son suzerain, il lui doit respect, loyauté et obéissance. Par ailleurs, en qualité de futur héritier du trône T. devrait être un chevalier modèle, or il néglige ses devoirs   et il consacre toutes ses énergies à donner des rendez-vous à Y. Elle doit respect et fidélité à son mari, en le trompant elle ruine l’autorité du roi. Le retour à l’ordre établi est un désir soit de T. soit d’Y. Néanmoins nous sommes obligés de constater que si T. et Y. éprouvent des repentirs sincères, il continueront à bafouer les lois du mariage et poursuivront leur relation adultère.

-              DESORDRE MORAL : dans la société féodale du 12ème  siècle, le pouvoir politique  doit être en harmonie avec le pouvoir religieux : l’église  prie pour le salut du roi et de son royaume, le roi et sa cour doivent défendre l’église et ses principes. Y., femme adultère bafoue les lois du mariage et T. trahit le devoir d’obéissance. Tous deux vivent donc dans le pêché.  Ils ne sont pas responsables de leur amour, donc ils ne sont pas coupables, à la limite on pourrait les considérer comme des victimes ; c’est seulement quand ils seront libérés du philtre qu’ils reconnaîtront leur faute.

LA SOUFFRANCE

Amour et souffrance sont étroitement liés.
Sitôt que cesse l’effet du philtre, l’amour est vécu  comme un sentiment qui génère le mal et dès lors se quitter devient nécessaire au nom de la raison mais intolérable au nom de leur passion réciproque. La souffrance des amants résulte de la soumission à un ordre social et moral.

UN AMOUR COURTOIS ?
La fin’amor est un idéal amoureux chanté d’abord par les troubadours dès le 12ème siècle. Cet idéal invite à l’amour parfait ; c’est un art d’aimer qui a ses règles, ses codes et ses rites :
-          La dame aimée est noble et elle est mariée. Son amant est d’un niveau social inférieur et célibataire.
-          La dame n’est pas acquise à son amants, elle doit être conquise.
-          L’amant doit rendre hommage à sa dame et faire preuve d’un dévouement total
-          L’amant voue un véritable culte à sa dame et fait sans cesse l’éloge de sa beauté et de ses qualités
-          Pour mériter le cœur de sa dame l’Amant doit accomplir des prouesses et subir des épreuves pour valider sa fidélité et sa passion
-          La possession de la femme aimée n’est pas ce qui prévaut dans la fin’amor : c’est d’abord l’intensité des sentiments qui déterminent l’amant courtois.
-          La souffrance est le corollaire de la fin’amor

L’AMOUR DE TRISTAN ET YSEUT EST-IL COURTOIS ?
Tant que les amants sont sous l’effet du philtre nous ne pouvons en aucun cas évoquer l’amour courtois puisque c’est un amour fatal et indépendant de leur volonté qui les unit.
Même lorsque  cesse l’effet du breuvage on ne peut pas parler d’amour courtois :

-le code de conduite de T n’est pas véritablement celui d’un amant courtois : Yseut est déjà conquise.
Le danger et les obstacles sont vite évincés et la fin du texte laisse les aimant libres de s’aimer.
Mais surtout l’amour est réciproque.  Y. aime Tristan autant que T. aime Y. et ils éprouvent les mêmes souffrances.
Tristan et Yseut de Béroul et Thomas, Anne Berthelot ( Nathan)
Le Roman de Tristan et Iseut ,par Valérie Lackovic ( Ellipses)
  Influence des romans antiques
Même si les motifs de Tristan sont directement liés à ceux de mythes celtiques, d’établir des relations entre les romans antiques et les romans de Tristan, notamment celui de Thomas. En effet, les caractéristiques les plus originales de ce dernier par rapport à la version commune, comme la multiplication des monologues et des commentaires au détriment du récit pur, semblent empruntées au roman antique. Elles sont la base d’une réflexion sur l’amour au sein même du roman qui se rapproche des préoccupations de certains romans antiques. Surtout, et ici de façon plus générale, les romans de Tristan, même si aucun n'est complet, retracent le parcours du héros de sa naissance jusqu’à sa mort. Ils se caractérisent par ce que Baumgartner appelle dans son étude Tristan et Iseut : de la légende aux récits en vers une « structure biographique » qui calque « le temps du récit sur le modèle du temps humain ». Cette structure est héritée en droite ligne des romans antiques.

À partir de cette légende, Richard Wagner a composé un opéra intitulé Tristan und Isolde (création en 1865).