Est Flora, la belle Romaine ; Archipiada, ne Thaïs, Qui fut sa cousine germaine ; Echo, parlant quand bruyt on maine Dessus rivière ou sus estan, Qui beauté eut trop plus qu’humaine ? Mais où sont les neiges d’antan ! Où est la très sage Heloïs, Pour qui fut chastré et puis moyne Pierre Esbaillart à Sainct-Denys ? Pour son amour eut cest essoyne 1 . Semblablement, où est la royne Qui commanda que Buridan Fust jetté en ung sac en Seine ? Mais où sont les neiges d’antan ! La royne Blanche comme ung lys, Qui chantoit à voix de sereine ; Berthe au grand pied, Bietris, Allys ; Harembourges, qui tint le Mayne, Et Jehanne, la bonne Lorraine, Qu’Anglois bruslèrent à Rouen ; Où sont-ilz, Vierge souveraine ?… Mais où sont les neiges d’antan ! Prince, n’enquerrez de sepmaine Où elles sont, ne de cest an, Qu’à ce refrain ne vous remaine : Mais où sont les neiges d’antan ?
Ce poème est lu le plus souvent comme un poème autobiographique.
Villon a eu des démêlés avec la justice et a été une fois condamné à mort,
il a été gracié. Peu après cette affaire où il échappe à sa pendaison,
on perd sa trace. Pendant longtemps, on a voulu croire que Villon a composé
ce texte dans sa prison dans l’attente de sa pendaison...
Le titre : dans certains manuscrits, il est appelé « L’épitaphe Villon »
et dans d'autres « La Ballade des pendus ».
Dans ce poème, on donne la parole à des pendus fictifs, des suppliciés,
qui revendiquent le lien fondamental qui les unit à tous les êtres humains ...
La Ballade des pendus
Frères humains, qui après nous vivez, N'ayez les coeurs contre nous endurcis, Car, si pitié de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tôt de vous mercis. Vous nous voyez ci attachés, cinq, six : Quant à la chair, que trop avons nourrie, Elle est piéça dévorée et pourrie, Et nous, les os, devenons cendre et poudre. De notre mal personne ne s'en rie ; Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Se frères vous clamons, pas n'en devez Avoir dédain, quoique fûmes occis Par justice. Toutefois, vous savez Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis. Excusez-nous, puisque sommes transis, Envers le fils de la Vierge Marie, Que sa grâce ne soit pour nous tarie, Nous préservant de l'infernale foudre. Nous sommes morts, âme ne nous harie, Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
La pluie nous a débués et lavés, Et le soleil desséchés et noircis. Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés, Et arraché la barbe et les sourcils. Jamais nul temps nous ne sommes assis Puis çà, puis là, comme le vent varie, A son plaisir sans cesser nous charrie, Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre. Ne soyez donc de notre confrérie ; Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Prince Jésus, qui sur tous a maistrie, Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie : A lui n'ayons que faire ne que soudre. Hommes, ici n'a point de moquerie ; Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre