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samedi 16 février 2019

Anna Crotta - Ludovica Montana : "Prix Goncourt 2019" : Clara Dupont-Monod : La révolte - François Vallejo : Hôtel Waldheim



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Le prix Goncourt est un prix littéraire français récompensant des auteurs d'expression française.
Le prix annuel, fondé en 1902 et proclamé pour la première fois le 21 décembre 1903, est décerné au début du mois de novembre par l'académie Goncourt, après trois présélections successives, en septembre et en octobre, parmi les romans publiés dans l'année en cours. C’est le prix littéraire français le plus ancien et l'un des plus prestigieux.
En 1862, les frères Goncourt décident qu’après leur mort, leurs biens seront vendus, leur capital placé et que les intérêts de cette somme serviront à leur académie Goncourt pour rémunérer dix auteurs avec une rente à vie, constituée par 6000 francs, et pour décerner un prix annuel de 5 000 francs. Les dix académiciens pouvant ainsi vivre de leur plume.
Aujourd'hui ce montant ne représente plus qu'un prix symbolique — actualisé à 10 euros que certains lauréats généralement font encadrer — mais la notoriété promise aux vainqueurs est une récompense bien plus convoitée.
Depuis octobre 1914, les dix membres de l'Académie Goncourt sont en résidence au restaurant Drouant, rue Gaillon à Paris.. Ils se réunissent chaque premier mardi du mois dans leur salon, au premier étage du restaurant. Le prix est attribué début novembre. Si après quatorze tours de scrutin il n'y a pas de lauréat élu le président a une voix double pour déterminer une majorité de vote.
Le prix ne peut être décerné qu'une seule fois à un même écrivain.
Finalement, en 1988, l'Académie Goncourt a accueilli avec bienveillance la création du prix Goncourt des lycéens par la Fnac, en collaboration avec le rectorat de Rennes.


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PRIX GONCOURT DES LYCEENS
Le prix Goncourt des lycéens est un concours littéraire né en 1988 grâce à la collaboration entre le rectorat de Rennes et l’Académie Goncourt. La liste des livres candidats est formée par la sélection effectuée par l’Académie Goncourt et puis, une jury d’environ 1500 lycéens choisit le titre du roman primé.
Chaque lycéen doit lire deux romans et après il doit remplir un formulaire d’évaluation en tenant compte de l’histoire, des personnages, du style, de l’inventivité formelle, du plaisir de lecture et de l’enrichissement personnel et en plus il doit donner une note  entre 0 et 5 pour chaque section. Ludovica et moi, nous avons choisit les romans: la Révolte et Hotel Waldheim.


CLARA DUPONT-MONOD
Clara Dupont-Monod, née le 7 octobre 1973 à Paris, est une femme de lettres et une journaliste française.
Après avoir terminé ses études littéraire, elle obtient une maîtrise d'ancien français à la Sorbonne.
Elle débute dans la carrière de journaliste au magazine Cosmopolitan puis entre en tant que grand reporter à Marianne à 24 ans1. En 2007, elle devient rédactrice en chef des pages culture de Marianne. Parallèlement, elle intervient régulièrement à la radio dans l'émission « On refait le monde » diffusée sur RTL et présentée par Nicolas Poincaré.
Elle publie son premier texte, "Eova Luciole", en 1998, après "La Folie du roi Marc", qui met en scène le mari oublié d'Yseut, "Histoire d'une prostituée" qui raconte le quotidien et la psyché d'une prostituée et "La Passion selon Juliette" qui décrit le combat d'une femme  qui refuse les diktats d'un monde où les femmes n'ont pas leur mot à dire face à une Église toute-puissante.
Son dernier roman, La Révolte, fait partie des quinze romans sélectionnés pour le prix Goncourt 20186 et de la première sélection pour le prix Femina.


La révolte


LA REVOLTE
À propos de l’histoire et des personnages  L’histoire se passe au 12ème siècle. Le fils d’Aliénor d’Aquitaine, Richard Cœur de Lion, raconte comment elle veut se venger des affronts infligés par son second mari, Henri II Plantagenet, roi d’Angleterre. Il s’ensuit un conflit armé dans lequel elle entraîne ses fils, en particulier Richard,  et son  premier mari, Louis VII, roi de France .Aliénor est vaincue et le paie cher : 15 ans de captivité dans les prisons. Elle en ressort plus rayonnante et énergique que jamais .Elle assure la régence lors des absences de Richard, devenu roi d’Angleterre à la mort de son père et qui participe à la troisième croisade. L’évocation historique se termine par la mort de Richard, atteint d’une flèche, au cours d’un affrontement, en France, avec les troupes de Philippe Auguste, nouveau roi. Sur cette toile de fond de vérité historique sont exposés de façon romanesque et imaginaire les états d’âme des principaux protagonistes : Aliénor, le Plantagenet et Richard,  le troisième de leurs fils.  C’est lui qui décrit le drame familial, avec ses frustrations personnelles, les rancœurs de la mère,  la cruauté du père, Il applaudit au retour d’Aliénor après sa captivité .Il admire son intelligence, sa beauté, sa culture, sa séduction et son habileté politique et il critique la brutalité de son père.
Richard Cœur de Lion nous accompagne dans le voyage à la découverte de sa mère, Aliénor d’Aquitaine. La reine, profondément liée à ses origines, lutte avec toutes ses forces pour protéger ses gens et sa terre : l’Aquitaine. Elle est également disposée à se mettre contre son mari, Henri Plantagenêt , et à organiser une révolte contre lui avec l’aide des ses fils. Richard est donc affligé par un doute existentiel : suivre l’admiration qu’il éprouve pour sa mère ou se montrer fidèle à son  père ?

Style et inventivité formelle  La composition est linéaire, constituée par un vocabulaire varié mais simple. Il prévaut une coordination poar parataxe et l’auteur ne fait pas usage de métaphores ni de figures de style. L’auteur nous transmet des images limpides de son enfance en utilisant un langage informel et des épisodes qui rappellent la vie de tous les jours. Richard raconte l’histoire à la première personne et il intervient souvent pour permettre au lecteur de s’identifier et comprendre son point de vue.

Plaisir de lecture et enrichissement personnel  Il s’agit d’une lecture amusante qui peut nous accompagner dans tous les moments de la journée. Elle nous permet de connaître un nouvel aspect des hommes qui gouvernaient des puissances hégémoniques tels que la France et l’Angleterre : en effet, ce récit fictif nous permet de vivre leurs histoires personnelles à travers les yeux d’un de leurs contemporains.  Nous voyons leur grandeur et leurs faiblesses d’une façon plus réelle et grâce à cela nous sommes plus disposés à nous attacher et à nous passionner aux personnages.

FRANCOIS VALLEJO
François Vallejo est né au Mans en 1960, il fait des études des lettres et il devient professeur de lettres classiques au Havre. Seulement à la fin des années 1990 il commence à écrire des romans. A aujourd’hui il a écrit 13 livres et il a remporté, avec son troisième roman: “Madame Angeloso”, le prix roman de France-Télévision en 2001, avec son quatrième roman: “Groom”, le prix des libraires et le prix Culture et Bibliothèque en 2004 et, avec son sixième roman: “Ouest” le prix du Livre Inter en 2007.
Son dernier roman: “Hotel Waldheim” a été sélectionné pour la liste du Goncourt des lycéens.


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HOTEL WALDHEIM
À propos de l’histoire et des personnages   L’histoire de Jeff Valdera, que François Vallejo nous propose avec ce roman, est une histoire originale, intéressante et intrigante. C’est une histoire avec laquelle on ne cesse jamais de s’émerveiller et de regarder la réalité de différentes points de vue. En fait le lecteur suit avec transport les événements passés et présents du protagoniste, qui réécrivent sa vie et qui changent ses certitudes. Jeff est un journaliste, un homme adulte avec une vie régulière: toujours les mèmes personnes et toujours les mêmes endroits, comme les étés à l’hôtel Waldheim, en Suisse. Mais Freida et ses cartes postales vont le bouleverser au point qu’il découvrira avoir été un élément clé de la guerre froide juste le dernier été qu’il avait passé à l’hôtel.

Style et inventivité formelle
Vallejo utilise, pour sa narration, des propositions courtes et simples qui permettent de comprendre facilement l’histoire. Pour suivre l’intrigue du roman, le lecteur est également aidé par des descriptions détaillées qui lui permettent de voir clairement la réalité que l’auteur décrit. En plus, grâce aux nombreux flashbacks, qui impliquent des rebondissements inattendus, on est toujours encouragé à continuer la lecture.

Plaisir de lecture et l’enrichissement personnel  
Ce roman est très intéressant parce qu’il fait entrer le lecteur dans un monde différent, dans lequel la mémoire humaine est la protagoniste. En plus l’auteur nous fait réfléchir sur des questions telles que la guerre, l’immigration et l’importance de nos actions. En particulier la lecture incite à la réflexion sur ce que les hommes font à leurs semblables pour se placer dans une position plus élevée et pour avoir le pouvoir, comme dit aussi Misha Defonseca, une femme survécu au nazisme: “On ne peut pas comparer ce que les Nazis ont fait à leurs victimes avec les animaux, parce que seulement les hommes ont la capacité de savourer la souffrance des autres.”




Sélection des 15 romans de la liste Goncourt 2013




lundi 17 avril 2017

Metin Arditi ( prix Goncourt des Lycéens Italiens) "L'enfant qui mesurait le monde" de Beatrice Falcone








L'enfant qui mesurait le monde est un

roman écrit  par Metin Arditi et publié


par Grasset en 2016.



Prix Goncourt des Lycéens Italiens 

Lhistoire a lieu dans une petite île grecque, Kalamiki et présente la vie pleine de solitude de trois personnages: Eliot, Maraki et son fils Yannis. Probablement le petit Yannis est le personnage le mieux réussi et auquel le lecteur sattache le plus: il est autiste,  entouré d' un monde étranger quil ne peut pas comprendre, mais quil cherche à expliquer en lui donnant un ordre harmonieux grâce aux nombres, aux calculs et aux comparaisons des évènements. Yannis mène une vie difficile et il peut compter seulement sur sa mère, pêcheuse qui se lève tôt tous les matins pour aller travailler puisque son mari sen est allé. Mais les vies de ces personnages se croisent avec celle dun architecte newyorkais venu à Kalamiki pour les obsèques de sa fille. Ce trio abordera ensemble les nouveautés qui changeront la vie sur l’île.
Le roman est agréable à la lecture: les dialogues et les parties en prose se mêlent savamment et créent un récit accessible a tous, sans distinction d’âge ou de sexe. Le registre linguistique et le style ne sont pas trop soutenus et la présence de mots grecs translittérés dans lalphabet latin est une preuve de toute la créativité de l’écrivain.
Lanalyse aussi des personnages résulte bien incisive et le lecteur peut se personnifier sans difficulté en eux : les émotions et les pensées les plus intimes des protagonistes sont détaillés avec réalisme.
La lecture de Lenfant qui mesurait le monde apporte au public un fort enrichissement et donne la possibilité douvrir de nombreuses pistes de réflexion.

Beatrice Falcone




Quel beau roman! 

j'ai pris mon temps de lire ce récit après la présentation vraiment intéressante que Beatrice avait exposée lors de la journée ESABAC et, entretemps, j'ai pu connaître aussi son formidable auteur, 

Plusieurs thèmes s'imposent l'autisme, le souvenir d'une enfant disparue, l'amour, les maths,  la Grèce... l'Europe, voilà le sujet, peut-être le plus intrigant et, dirais-je, le plus remarquable...


je souhaiterais, alors,  changer  son  titre ...

et formuler un voeu pour



"Une Europe autiste qui n'est pas capable 
de mesurer le monde"

Peut-être que  Eliot  ...

"Je crois que c'est ça, l'ordre du monde, tu sais,  Yannis. C'est quand tu ne peux pas savoir à l'avance comment les oiseaux vont crier, ou comment le meltème va souffler entre les pierres, ni quand la mer va s'écraser contre le parapet. Mais tu es heureux d'écouter ces bruits comme ils viennent à toi. L'ordre du monde, c'est quand tu es heureux. Même si les choses changent."
- Quand elles changent petit à petit, fit Yannis"

Et Yannis pourraient nous aider ...

Ils ont tellement de pistes à offrir aux 

tout-puissants bonshommes qui gouvernent l'Europe


pour nous sauver... sans doute ...

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samedi 7 janvier 2017

Gaël Faye "Petit pays", prix Goncourt des lycéens 2016




Petit Pays, c'est l'histoire de Gaby un gamin de 10 ans, un récit  inspiré du vécu de Gaël Faye, mais il ne s'agit pas d'un récit autobiographique : un roman sur l'enfance, sur l'amitié, sur  la guerre au Rwanda, mais aussi sur l'exil :


 "Il m'obsède ce retour. Pas un jour sans que le pays ne se rappelle à moi" (p.13)


"Je pensais être exilé de mon pays. En revenant 

sur les traces de mon passé, j'ai compris que 

j'étais exilé de mon enfance. Ce qui me paraît bien

 plus cruel encore" (p. 213)

Son père est Français, sa mère Tutsi, originaire du Rwanda voisin. Il vit dans un cocon, assez inconscient de la misère alentour et de la menace qui gronde. Gaël Faye raconte avec une jolie plume la vie d'un petit garçon et de sa bande de copains, les « Kinanira Boyz », les après-midi dans leur Q.G, un Combi Volkswagen abandonné sur un terrain vague, les mangues dérobées dans les jardins voisins, les bières Primus tièdes sifflées dans le bouge du coin, les parties de pêche sur la Muha avec des cannes en bambou, de la farine et des asticots comme appâts.



L’écrivain et chanteur franco-rwandais Gaël Faye à Paris, le 13 septembre 2016.








Par les yeux d'un enfant de 10 ans, Gaël Faye entraîne le lecteur entre sourires et larmes dans un pays et une région d'Afrique qui ont été mis à feu et à sang par la folie des hommes. Tour à tour, on s'émerveille de la naïveté de l'enfance et on est effrayé par les horreurs qui peuvent être perpétrées par l'homme. Dans nos petites vies relativement tranquilles, loin des guerres et des pertes humaines, les lecteurs français que nous sommes ont connaissance de ces événements mais ont un rapport distancié avec les faits. L'auteur vient ici nous confronter à la réalité avec force et violence. Jamais gratuitement, toujours avec justesse mais quand la théorie rencontre la réalité, les mots font mal et le jeune Gabriel et ses amis de l'impasse nous touchent en plein coeur.


Petit Pays



Sans sombrer dans un idéalisme béat, la seule projection vers l’avenir possible et envisageable à l’échelle de l’œuvre, est peut-être celle permise par les livres, tels ceux de Mme Economopoulos : « – Un livre peut nous changer ? / Bien sûr un livre peut te changer ! Et même changer ta vie ». Dès l’ouverture du récit, on comprend en effet, dans une sorte de mise en abyme, qu’en dépit des événements et de la violence du réel, la quête identitaire du narrateur a abouti en lui permettant de se construire, singulièrement, par le livre que nous avons sous les yeux : « ‘Je suis un être humain’. Ma réponse les agace. Pourtant, je ne cherche pas à les provoquer ». Petit pays, c’est donc aussi son pays à soi, celui de nos enfances, fussent-elles dévastées, celui de nos révoltes adolescentes contre toutes les assignations identitaires, celui qui contribue à nous sauver quand on décide, non pas de s’y réfugier, mais d’en arpenter à nouveaux les collines et les crevasses – notamment celles de l’Histoire.










Gahugu gatoyi
Gahugu kaniniya 
Warapfunywe ntiwapfuye
Waragowe ntiwagoka
Gahugu gatoyi
Gahugu kaniniya

Une feuille et un stylo apaisent mes délires d'insomniaque

Loin dans mon exil, petit pays d'Afrique des Grands Lacs
Remémorer ma vie naguère avant la guerre
Trimant pour me rappeler mes sensations sans rapatriement
Petit pays je t'envoie cette carte postale
Ma rose, mon pétale, mon cristal, ma terre natale
Ça fait longtemps les jardins de bougainvilliers
Souvenirs renfermés dans la poussière d'un bouquin plié
Sous le soleil, les toits de tôles scintillent
Les paysans défrichent la terre en mettant l'feu sur des brindilles
Voyez mon existence avait bien commencé
J'aimerais recommencer depuis l'début, mais tu sais comment c'est
Et nous voilà perdus dans les rues de Saint-Denis
Avant qu'on soit séniles on ira vivre à Gisenyi
On fera trembler le sol comme les grondements de nos volcans
Alors petit pays, loin de la guerre on s'envole quand ?

[Refrain]

Petit bout d'Afrique perché en altitude
Je doute de mes amours, tu resteras ma certitude
Réputation recouverte d'un linceul
Petit pays, pendant trois mois, tout l'monde t'a laissé seul
J'avoue j'ai plaidé coupable de vous haïr
Quand tous les projecteurs étaient tournés vers le Zaïre
Il fallait reconstruire mon p'tit pays sur des ossements
Des fosses communes et puis nos cauchemars incessants
Petit pays : te faire sourire sera ma rédemption
Je t'offrirai ma vie, à commencer par cette chanson
L'écriture m'a soigné quand je partais en vrille
Seulement laisse-moi pleurer quand arrivera ce maudit mois d'avril
Tu m'as appris le pardon pour que je fasse peau neuve
Petit pays dans l'ombre le diable continue ses manœuvres
Tu veux vivre malgré les cauchemars qui te hantent
Je suis semence d'exil d'un résidu d'étoile filante

[Refrain]

Un soir d'amertume, entre le suicide et le meurtre
J'ai gribouillé ces quelques phrases de la pointe neutre de mon feutre
J'ai passé l'âge des pamphlets quand on s'encanaille
J'connais qu'l'amour et la crainte que celui-ci s'en aille
J'ai rêvé trop longtemps d'silence et d'aurore boréale
À force d'être trop sage j'me suis pendu avec mon auréole
J'ai gribouillé des textes pour m'expliquer mes peines
Bujumbura, t'es ma luciole dans mon errance européenne
Je suis né y'a longtemps un mois d'août
Et depuis dans ma tête c'est tous les jours la saison des doutes
Je me navre et je cherche un havre de paix
Quand l'Afrique se transforme en cadavre
Les époques ça meurt comme les amours
Man j'ai plus de sommeil et je veille comme un zamu
Laissez-moi vivre, parole de misanthrope
Citez m'en un seul de rêve qui soit allé jusqu'au bout du sien propre

[Refrain x3]


Petit pays
Quand tu pleures, je pleure
Quand tu ris, je ris
Quand tu meurs, je meurs
Quand tu vis, je vis
Petit pays, je saigne de tes blessures
Petit pays, je t'aime, ça j'en suis sûr






mardi 19 avril 2016

ALICE PRESTINT et FEDERICO PODANO : "Les prépondérants" HÉDI KADDOUR (GONCOURT DES LYCEENS ITALIENS 2016)





Les prépondérents : un roman enrichissant 


La narration se déroule, au début des années 1920, dans une ville imaginaire appelée Nahbès, où Arabes et Français vivent les uns avec les autres.
La relation entre eux sera inévitablement déséquilibrée par un événement vraiment inattendu: Hollywood arrive à Nahbès pour le tournage dun film, Guerrier des sables. Laccrochage entre Orient et Occident est exacerbé. La conduite de ces Américains heurte Arabes et Français; la modernité qu'ils amènent va bouleverser la ville; tout va se mélanger et entrer en collision: langues, moeurs, cultures Il y a la rencontre de trois univers : les prépondérants, club français d'élite, les aristocrates arabes et le cinéma américain.
Et alors, les protagonistes, du moment quils appartiennent à des différentes cultures, sont bien différentes lun des autres.
Il y a Rania, jeune femme de 19 ans, trop cultivée pour le modèle qui se convient aux femmes, et qui refuse de se remarier.
Il y a Raouf, cousin de Rania, cultivé “à loccidentale.
Il y a Gabrielle Conti, journaliste parisienne libre et curieuse. Il y a Ganthier, colon intelligent et autoritaire.
À des personnages si peu monotones, correspond un changement de lieu de la narration un peu brusque et sûrement inattendu: maintenant on n'est plus à Nahbès. On est en Europe, dabord en France et après en Allemagne, en suivant les aventures de Raouf, qui a dû s'en aller de son propre pays.
C'est seulement à la fin quon retourne à Nahbès, qui maintenant n'est plus la même qu'avant. 

Dans Les prépondérants, troisième roman de Hédi Kaddour, la caractérisation des personnages, parfaitement dessinés, et le style jouent un rôle de protagonistes.
Les pensées des personnages ne sont jamais banales, mais toujours justifiées, et donc compréhensibles pour le lecteur. Leur conduite est vraisemblable et cohérente. Les relations entre eux sont intéressantes et convaincantes.
La narration peut résulter parfois un peu trop lente, parfois un peu trop accélérée (comme dans le brusque changement Nahbès-Europe), mais lexposition est vraiment claire et linéaire.

Le contexte politique, culturel et social est bien décrit par lauteur.

 Pour conclure, Les prépondérants est un roman intelligent est bien réussi, qui affronte des thématiques modernes, comme lintégration des étrangers, de façon intéressante et originale.


Une lecture agréable et enrichissante.



Alice Prestint





Les Prépondérants : des prix bien mérités

       Les Prépondérants, le dernier livre du romancier franco-tunisien Hédi Kaddour, a obtenu beaucoup de succès et d’attention grâce aux deux prix qu’il a gagnés, c’est-à-dire le Prix Jean-Freustié et le Grand prix du roman de l'Académie française, et a sa place dans les quatre finalistes du prix Goncourt en France.

       La narration, qui est divisée en trois parties, commence au début des années 1920 à Nahbès, une ville imaginaire du Maghreb tunisien, où les arabes et les français qui ont colonisé la région (dont les plus influents forment la « Cercle des Prépondérants ») vivent ensemble, mais séparés par une barrière invisible. La population, en particulier Raouf (le fils du caîd), Rania (une jeune veuve de guerre cultivée et intelligente), Gabrielle Conti (une aventureuse journaliste parisienne) et Ganthier (« le seul Français que la domination n'a pas rendu idiot »), connaît un choc quand une troupe d’acteurs américains arrivent en ville pour tourner un film, « Le guerrier de sable ». Parmi eux, l’œil de l’auteur se concentre sur les personnages de Kathryn et Neil.
       Cet événement marque le début d’un bouleversant contact entre la modernité d’outre-Atlantique et la vie quotidienne de Nahbès qui va changer profondément les rapports entre ses habitants. Pour nous faire mieux comprendre les deux mentalités qui se rencontrent, deux histoires secondaires, une pour chaque partie (l’affaire Fatty et e le mariage de Belkhodja), s’entrelacent à la principale, laquelle voit enfin Raouf, en danger pour ses positions politiques, partir avec Ganthier pour un long voyage-fugue en Europe. Kathryn et Gabrielle aussi s’unissent au voyage, qui touche Paris, Strasbourg, Berlin et l’Allemagne occupée.
       L’histoire se termine dans une Nahbès turbulente, où Raouf a fait retour un an après avoir commencé son voyage.

       Les personnages sont le plus riche trésor de ce roman. Kaddour réussit parfaitement à nous faire assumer le regard de chacun d’eux, et notamment celui des protagonistes, de façon que même si on ne les aime pas on peut arriver à comprendre leur point de vue. L’analyse de leurs mentalités est fine et profonde et ne tombe jamais dans la banalité : pour cette raison, on ne pourra pas dire, après avoir lu ce livre, de n’avoir rien retenu de la partie du monde arabe qui y est décrite, ce qui est peut-être l’aspect le plus intéressant pour un lecteur occidental. A travers leur ville et eux-mêmes, Raouf et Rania nous conduisent dans un réalité vivante  et inconnue qui, par contre, est accueillie surtout par la compréhension à la fois difficile, mais curieuse et attentive, de Kathryn. La situation se renverse avec le voyage en Europe, qui rend Raouf aussi plus mûr.

       Le style utilisé convient à ce type de roman : des séquences narratives très analytiques forment la majorité du texte et les phrases souvent très longues donnent à l’histoire un rythme lent et réfléchi pur la plupart de l’œuvre. Cette technique, associé aux nombreuses pages du roman (460), peut rendre la lecture à la fois un peu difficile mais elle est compensée par les contenus.


       Les Prépondérants est donc une lecture qui va certainement nous laisser quelque chose.

Federico Podano