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lundi 13 août 2018

Primo Levi : Si c'est un homme - Nouvelle édition Robert Laffont 2017


Je vous invite à relire ce chef-d'oeuvre de la littérature mondiale, ce livre qui est sans conteste l'un des témoignages les plus bouleversants sur l'expérience indicible des camps d'extermination,   en italien bien sûr ou dans cette nouvelle édition avec une préface de Philippe Claudel

"Sur sa tombe son nom et ses dates de naissance et de mort, Primo Levi a tenu à ce que soit gravé son numéro de déporté : 174517. On raconte que lorsqu'il était en mission en Allemagne après-guerrre pour son travail de chimiste, il portait le plus souvent des chemises à manches courtes qui laissant voir à ses interlocuteurs le numéro tatoué. Comme une double identité qui recouvre une vie fendue en deux à la hache, le nom et le numéro témoignent qu'il a été un homme,  avant et après que d'autres ont voulu qu'il ne le soit plus.
   Aujourd'hui son livre est là.
   Toujours.
   Comme un caillou perpétuel et nécessaire glissé dans le soulier de l'humanité"




traduction de Martine Schruoffeneger



et des Annexes très intéressants

Préface à Commandant à Auschwitz
Interview de Primo Levi par Philip Roth
Le trou noir d’Auschwitz 






« Si la géographie des bourreaux a permis l’extermination de millions d’êtres humains, il ne reste d’elle que ruines et musées. À l’opposé, la géographie du texte de Si c’est un homme ne cesse de vivre et de vivre encore, à mesure que des mains de lecteurs se saisissent du livre, et le lisent, s’en saisiront dans le futur et le liront, géographie donc ô combien vivante, innervée, nourrie, palpitante, humaine.
Humaine parce que jamais le texte ne parle d’autre chose, même en creux, que d’humanité. C’est l’humanité qui s’enfuit. C’est l’humanité que l’on malmène. C’est l’humanité que l’on broie comme un grain dans un mortier. C’est l’humanité que l’on nie. C’est l’humanité que l’on tente d’effacer, mais c’est l’humanité qui demeure. Elle demeure dans la voix de Primo Levi qui ne cède que rarement à la colère et qui fait le choix d’une description posée des faits, des actes, des lieux, des états et des sentiments.
Exempt de hargne, vide de rage et d’esprit de vengeance, le récit accueille les ombres, les silhouettes, les visages, les souffrances de ceux dont “la vie est courte mais le nombre infini”. »

Philippe Claudel











lundi 8 février 2016

Primo Levi "Se questo è un uomo"








Se questo è un uomo



Voi che vivete sicuri 
nelle vostre tiepide case, 
voi che trovate tornando a sera 
il cibo caldo e visi amici:

Considerate se questo è un uomo 
che lavora nel fango 
che non conosce pace 
che lotta per mezzo pane 
che muore per un sì o per un no. 
Considerate se questa è una donna, 
senza capelli e senza nome 
senza più forza di ricordare 
vuoti gli occhi e freddo il grembo 
come una rana d’inverno.

Meditate che questo è stato: 
vi comando queste parole. 
Scolpitele nel vostro cuore 
stando in casa andando per via, 
coricandovi alzandovi; 
ripetetele ai vostri figli.

O vi si sfaccia la casa, 
la malattia vi impedisca, 
i vostri nati torcano il viso da voi.


Si c'est un homme 

Vous qui vivez en toute quiétude 
       Bien au chaud dans vos maisons 
       Vous qui trouvez le soir en rentrant 
       La table mise et des visages amis 
       Considérez si c'est un homme 
       Que celui qui peine dans la boue, 
       Qui ne connait pas de repos, 
       Qui se bat pour un quignon de pain, 
       Qui meurt pour un oui pour un non. 
       Considérez si c'est une femme 
       Que celle qui a perdu son nom et ses cheveux 
       Et jusqu'à la force de se souvenir, 
       Les yeux vides et le sein froid 
       Comme une grenouille en hiver. 
       N'oubliez pas que cela fut, 
       Non, ne l'oubliez pas: 
       Gravez ces mots dans votre coeur. 
       Pensez-y chez vous, dans la rue, 
       En vous couchant, en vous levant; 
       Répétez-les à vos enfants. 
       Ou que votre maison s'écroule; 
       Que la maladie vous accable, 
       Que vos enfants se détournent de vous.