"Cette chanson me fait penser à une autre chanson de Barbara, qui n’est pas la plus connue, et qui s’appelle « C’est trop tard ». Je ne résiste pas au plaisir de vous en copier ici les paroles."
"Dans la vie il y a des blessures qui, come une lèpre,
rongent l’âme dans la solitude"
(Sadegh Hedayat, p.9)
C'est lors d'une une nuit d’insomnie dans l’appartement viennois du musicologue Franz Ritter qui débute l'historie
"A défaut de dormir, il se laisse envahir ses rêves éveillés, et la reconstruction de ses souvenirs. Comme il a l’âme naturellement portée à la mélancolie comme sentiment du temps, mais une mélancolie féconde et allègre, pas une mélancolie dépressive et suicidaire, il se raconte les histoires de sa vie, revisite ses lieux, refait son chemin de Damas, Istanbul, Alep, Palmyre, Téhéran ...."
(Pierre Assouline)
D'une richesse inouie de références musicales et littéraires
un livre monument qui s'ouvre et se termine sur la même citation
Je referme les yeux,
mon cœur bat toujours ardemment.
quand reverdiront les feuilles à la fenêtre ?
quand tiendrai-je mon amour entre mes bras ?
Le voyage en hiver.
Wilhelm müller & Franz schubert,
qui pourrait bien nous venir de Tistan et Iseut
Le Goncourt 2015.. Qui peut le dire?
mais sans aucun doute un livre qui marquera les esprits dans cette tourmentée histoire entre
Orient et Occidant qui est le grand thème aussi de nos jours
Nous sommes deux fumeurs d’opium chacun dans son nuage,
sans rien voir au-dehors, seuls, sans nous comprendre jamais
nous fumons, visages agonisants dans un miroir, nous sommes
une image glacée à laquelle le temps donne l’illusion du mou-
vement, un cristal de neige glissant sur une pelote de givre dont
personne ne perçoit la complexité des enchevêtrements, je suis
cette goutte d’eau condensée sur la vitre de mon salon, une perle
liquide qui roule et ne sait rien de la vapeur qui l’a engendrée,
ni des atomes qui la composent encore mais qui, bientôt, ser-
viront à d’autres molécules, à d’autres corps, aux nuages pesant
lourd sur Vienne ce soir : qui sait dans quelle nuque ruissellera
cette eau, contre quelle peau, sur quel trottoir, vers quelle rivière,
et cette face indistincte sur le verre n’est mienne qu’un instant,
une des millions de configurations possibles de l’illusion – tiens
m. Gruber promène son chien malgré la bruine, il porte un
chapeau vert et son éternel imperméable ; il se protège des écla-
boussures des voitures en faisant de petits bonds ridicules sur
le trottoir : le clébard croit qu’il veut jouer, alors il bondit vers
son maître et se prend une bonne baffe au moment où il pose sa
patte crasseuse sur l’imper de m. Gruber qui finit malgré tout
par se rapprocher de la chaussée pour traverser, sa silhouette est
allongée par les réverbères, flaque noircie au milieu des mers
d’ombre des grands arbres, déchirées par les phares sur la Porzel-
langasse, et herr Gruber hésite apparemment à s’enfoncer dans
la nuit de l’alsergrund, comme moi à laisser ma contemplation
des gouttes d’eau, du thermomètre et du rythme des tramways
qui descendent vers schottentor.
l’existence est un reflet douloureux, un rêve d’opiomane, un
poème de roumi chanté par shahram Nazeri, l’ostinato du zarb
fait légèrement vibrer la vitre sous mes doigts comme la peau de
la percussion, je devrais poursuivre ma lecture au lieu de regarder
m. Gruber disparaître sous la pluie, au lieu de tendre l’oreille aux
mélismes tournoyants du chanteur iranien, dont la puissance et
le timbre pourraient faire rougir de honte bien des ténors de chez
nous. Je devrais arrêter le disque, impossible de me concentrer ; j’ai beau relire ce tiré à part pour la dixième fois je n’en omprends pas le sens mystérieux, vingt pages, vingt pages horribles, glaçantes, qui me parviennent précisément aujourd’hui, aujourd’hui qu’un médecin compatissant a peut-être nommé ma maladie, a déclaré mon corps officiellement malade, presque soulagé d’avoir posé – baiser mortel – un diagnostic sur mes symptômes, un diagnos-tic qu’il convient de confirmer, tout en commençant un traite-ment, disait-il, et en suivre l’évolution, l’évolution, voilà, on en est là, contempler une goutte d’eau évoluer vers la disparition avant de se reformer dans le Grand tout.
... et bien en écoutant de la musique classique, dans le roman il y a nombre de musiciens cités
Shubert, Gluck, qui fai l'objet d'un mémoire "L'orient dans les opéra viennois de Gluck" Beethoven ... Moi, j'ai choisi Les Kindertotenlieder tirés des poèmes Kindertotenlieder
Si je t'écris ce soir de Vienne J'aimerais bien que tu comprennes Que j'ai choisi l'absence Comme dernière chance Notre ciel devenait si lourd Si je t'écris ce soir de Vienne Oh que c'est beau l'automne à Vienne C'est que sans réfléchir J'ai préféré partir Et je suis à Vienne sans toi Je marche, je rêve dans Vienne Sur trois temps de valse lointaine Il semble que les ombres Tournent et se confondent Qu'ils étaient beaux les soirs de Vienne Ta lettre a dû croiser la mienne Non je ne veux pas que tu viennes Je suis seule et puis j'aime Etre libre O que j'aime Cet exil à Vienne sans toi
Une vieille dame autrichienne Comme il n'en existe qu'à Vienne Me loge et dans ma chambre Tombent de pourpre et d'ambre De lourdes tentures de soies C'est beau à travers les persiennes Je vois l'église Saint-Etienne Et quand le soir se pose C'est bleu, c'est gris, c'est mauve Et la nuit par-dessus les toits Que c'est beau Vienne Que c'est beau Vienne
Cela va faire une semaine Déjà que je suis seul à Vienne C'est curieux le hasard J'ai croisé l'autre soir Nos amis de Lountatchimo Cela va faire une semaine
Ils étaient de passage à Vienne Ils n'ont rien demandé Mais se sont étonnés De me voir à Vienne sans toi
Moi, moi Je me promène Je suis bien Je suis bien La la la la la... Je suis bien... si bien
Et puis de semaine en semaine Voila que je vis seule à Vienne Tes lettres se font rares Peut-être qu'autre part Tu as trouvé l'oubli de moi Je lis j'écris mais quand même Oh ce qu'il est long l'automne à Vienne Dans ce lit à deux places Où la nuit je me glace Tout à coup j'ai le mal de toi Que c'est long Vienne Que c'est loin Vienne
Si je t'écris ce soir de Vienne Chéri c'est qu'il faut que tu viennes J'étais partie Pardonne-moi Notre ciel devenait si lourd Et toi de Paris jusqu'à Vienne Au bout d'une invisible chaîne Tu guettais je pense Jouant l'indifférence Et tu m'as gardée malgré moi
Il est minuit ce soir à Vienne Mon amour il faut que tu viennes Tu vois je m'abandonne Il est si beau l'automne Et j'aimerais le vivre avec toi Que c'est beau Vienne Avec toi Vienne.
Il pleut sur Nantes Donne-moi la main Le ciel de Nantes Rend mon cœur chagrin
Un matin comme celui-là Il y a juste un an déjà La ville avait ce teint blafard Lorsque je sortis de la gare Nantes m'était encore inconnue Je n'y étais jamais venue Il avait fallu ce message Pour que je fasse le voyage:
"Madame soyez au rendez-vous Vingt-cinq rue de la Grange-au-Loup Faites vite, il y a peu d'espoir Il a demandé à vous voir."
A l'heure de sa dernière heure Après bien des années d'errance Il me revenait en plein cœur Son cri déchirait le silence Depuis qu'il s'en était allé Longtemps je l'avais espéré Ce vagabond, ce disparu Voilà qu'il m'était revenu
Vingt-cinq rue de la Grange-au-Loup Je m'en souviens du rendez-vous Et j'ai gravé dans ma mémoire Cette chambre au fond d'un couloir
Assis près d'une cheminée J'ai vu quatre hommes se lever La lumière était froide et blanche Ils portaient l'habit du dimanche Je n'ai pas posé de questions A ces étranges compagnons J'ai rien dit, mais à leurs regards J'ai compris qu'il était trop tard
Pourtant j'étais au rendez-vous Vingt-cinq rue de la Grange-au-Loup Mais il ne m'a jamais revue Il avait déjà disparu
Voilà, tu la connais l'histoire Il était revenu un soir Et ce fut son dernier voyage Et ce fut son dernier rivage Il voulait avant de mourir Se réchauffer à mon sourire Mais il mourut à la nuit même Sans un adieu, sans un "je t'aime"
Au chemin qui longe la mer Couché dans le jardin des pierres Je veux que tranquille il repose Je l'ai couché dessous les roses Mon père, mon père
Il pleut sur Nantes Et je me souviens Le ciel de Nantes Rend mon cœur chagrin
Pitoyable frère ! Que d'atroces veillées je lui dus ! "Je ne me saisissais pas fervemment de cette entreprise. Je m'étais joué de son infirmité. Par ma faute nous retournerions en exil, en esclavage." Il me supposait un guignon et une innocence très-bizarres, et il ajoutait des raisons inquiétantes. Je répondais en ricanant à ce satanique docteur, et finissais par gagner la fenêtre. Je créais, par delà la campagne traversée par des bandes de musique rare, les fantômes du futur luxe nocturne. Après cette distraction vaguement hygiénique, je m'étendais sur une paillasse. Et, presque chaque nuit, aussitôt endormi, le pauvre frère se levait, la bouche pourrie, les yeux arrachés, — tel qu'il se rêvait — et me tirait dans la salle en hurlant son songe de chagrin idiot. J'avais en effet, en toute sincérité d'esprit, pris l'engagement de le rendre à son état primitif de fils du soleil, — et nous errions, nourris du vin des cavernes et du biscuit de la route, moi pressé de trouver le lieu et la formule.
Et ne manquez pas cet excellent commentaire:
Vagabonds
Le titre dégage d'emblée une certaine poésie, dont il n'est pas facile de déterminer l'origine. Titre sans déterminant, comme beaucoup d'autres titres des Illuminations. Mais il n'est pas certain que de cette absence découle l'allure un peu mystérieuse de ce titre, qui doit plutôt son indétermination à l'absence de référent signalé. Qui sont ces vagabonds ? Il faudra attendre la dernière phrase du poème pour le comprendre. Indécision aussi sur le sens d'un mot aux connotations opposées. Nuance dépréciative, en général, qui sera partiellement confirmée à la fin du poème par l'impression d'errance sans but et sans espoir que recèle le quatrième verset ("Et nous errions, etc."). Mais connotation positive aussi chez Rimbaud, dont le lecteur connaît peut-être déjà des textes comme Ma Bohème, Mauvais sang, Enfance. Le vagabondage rimbaldien est généralement quête de liberté, aventure spirituelle, pauvreté choisie et assumée. On retrouvera ces valeurs dans l'image sublimée de lui-même que Rimbaud oppose, tout au long du texte, à l'image de poète déchu représentée par Verlaine.
« Ce n'était ni le diable, ni le bon Dieu, c'était Arthur Rimbaud, c'est-à-dire un très grand poète, absolument original, d'une saveur unique, prodigieux linguiste, un garçon pas comme tout le monde, non certes! De qui la vie est tout en avant, dans la lumière et dans la force, belle de logique et d'unité comme son œuvre. »
Alchimie du verbe :
"Ah ! cette vie de mon enfance, la grande route par tous les temps, sobre surnaturellement, plus désintéressé que le meilleur des mendiants, fier de n'avoir ni pays, ni amis, quelle sottise c'était. — Et je m'en aperçois seulement !"
Quant à la sobriété, s'il est certain que Rimbaud a écrit dans Vagabonds "vin des cavernes", et a voulu qu'on comprenne "eau des fontaines", il est non moins certain qu'il a souhaité qu'on entende "vin des tavernes" et qu'on en déduise l'écart entre la réalité biographique et la fiction littéraire. Verlaine, sur ce sujet, s'est d'ailleurs chargé de rétablir la vérité historique humoristiquement masquée par le mythe, dans Laeti et errabundi:
Entre autres blâmables excès Je crois que nous bûmes de tout, Depuis les plus grands vins français Jusqu'à ce faro, jusqu'au stout,
En passant par les eaux-de-vie Qu'on cite comme redoutables. L'âme au septième ciel ravie, Le corps, plus humble, sous les tables.
Ils buvaient de l' absinthe, Comme on boirait de l' eau, L' un s' appelait Verlaine, L' autre, c' était Rimbaud, Pour faire des poèmes, On ne boit pas de l' eau, Toi, tu n' es pas Verlaine, Toi, tu n' est pas Rimbaud, Mais quand tu dis "je t' aime", Oh mon dieu, que c' est beau, Bien plus beau qu' un poème, De Verlaine ou de Rimbaud,
Pourtant que j' aime entendre, Encore et puis encore, La chanson des amours, Quand il pleut sur la ville, La chanson des amours, Quand il pleut dans mon cœur, Et qu' on a l' âme grise, Et que les violons pleurent, Pourtant, je veux l' entendre, Encore et puis encore, Tu sais qu' elle m' enivre, La chanson de ceux-là, Qui s' aiment et qui en meurent, Et si j' ai l' âme grise, Tu sécheras mes pleurs,
Car je voudrais connaître, Ces alcools dorés, qui leur grisaient le cœur, Et qui saoulaient leur peine, Oh, fais-les-moi connaître, Ces alcools d' or, qui nous grisent le cœur, Et coulent dans nos veines, Et verse-m' en à boire, Encore et puis encore, Voilà que je m' enivre, Je suis ton bateau ivre, Avec toi, je dérive,
Et j' aime et j' en meurs, Les vapeurs de l' absinthe, M' embrument, Je vois des fleurs qui grimpent, Au velours des rideaux, Quelle est donc cette plainte, Lourde comme un sanglot, Ce sont eux qui reviennent, Encore et puis encore, Au vent glacé d' hiver, Entends-les qui se traînent, Les pendus de Verlaine, Les noyés de Rimbaud, Que la mort a figés, Aux eaux noires de la Seine, J' ai mal de les entendre, Encore et puis encore, Oh, que ce bateau ivre, Nous mène à la dérive, Qu' il sombre au fond des eaux, Et qu' avec toi, je meurs,
On a bu de l' absinthe, Comme on boirait de l' eau, Et je t' aime, je t' aime, Oh mon dieu, que c' est beau, Bien plus beau qu' un poème, De Verlaine ou de Rimbaud...
C´était vingt-deux heures à peine, ce vendredi-là C´était veille de Noël et, pour fêter ça, Il s´en allait chez Madeleine près du Pont d´ l´Alma Elle aurait eu tant de peine qu´il ne vienne pas Fêter Noël, fêter Noël
En smoking de velours vert, en col roulé blanc Et le cœur en bandoulière, marchant à pas lents A pied, il longeait la Seine tout en sifflotant Puisqu´il allait chez Madeleine, il avait bien l´ temps Charmant Noël, charmant Noël
C´était vingt-deux heures à peine, ce vendredi-là C´était veille de Noël et, pour fêter ça, Elle s´en allait chez Jean-Pierre, près du Pont d´ l´Alma Il aurait eu tant de peine qu´elle ne vienne pas Fêter Noël, fêter Noël
Bottée noire souveraine et gantée de blanc Elle allait pour dire "Je t´aime" marchant d´un pas lent A pied, elle longeait la Seine tout en chantonnant Puisqu´elle allait chez Jean-Pierre, elle avait bien l´ temps Mmh mhm mhm, charmant Noël
Or, voilà que sur le pont ils se rencontrèrent
Ces deux-là qui s´en venaient d´un chemin contraire Lorsqu´il la vit si belle des bottes aux gants Il se sentit infidèle jusqu'au bout des dents
Elle aima son smoking vert son col roulé blanc Et frissonna dans l´hiver en lui souriant - Bonsoir je vais chez Jean-Pierre, près du pont d´ l´Alma - Bonsoir, j´allais chez Madeleine, c´est juste à deux pas
Et ils allèrent chez Eugène pour y fêter ça Sous le sapin de lumière quand il l´embrassa Heureuse, elle se fit légère au creux de son bras Au petit jour, ils s´aimèrent près d´un feu de bois Joyeux Noël, joyeux Noël
Mais après une semaine, ce vendredi-là Veille de l´année nouvelle, tout recommença Il se rendit chez Madeleine, l´air un peu sournois Elle se rendit chez Jean-Pierre, un peu tard, ma foi
Bien sûr, il y eut des scènes près du Pont d´ l´Alma Qu´est-ce que ça pouvait leur faire à ces amants-là? Eux qu´avaient eu un Noël comme on n´en fait pas Mais il est bien doux quand même de rentrer chez soi Après Noël, Joyeux Noël