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samedi 25 juillet 2015

Fabrice Luchini fait aimer la langue française ... et le latin et le grec aussi.




Je dédie les mots de Fabrice Luchini 

à tous ceux qui ont encore des doutes 

sur la valeur du lycée classique ... 








"Arthur Rimbaud 

était à l'age de 10/11 ans 

premier en grec et en latin"











“Il n'existe pas d'être capable 


d'aimer un autre être tel qu'il est...


On demande des modifications"


Paul Valéry















jeudi 29 janvier 2015

Fabrice Luchini explique "Le lion amoureux" de Jean de la Fontaine






Quel plaisir que d'écouter ce charmeur

 de fous de théâtre

On devrait lui demander de venir en cours!



"Très peu de savoir, beaucoup de saveur" 

Roland Barthes



"Sapientia; nul pouvoir, un peu de savoir, 
un peu de sagesse et le plus de saveur possible"

Charles de Montesquieu




LE LION AMOUREUX (*)
                A Mademoiselle de Sévigné

Sévigné, de qui les attraits
Servent aux Grâces de modèle,
Et qui naquîtes toute belle,
A votre indifférence près,
Pourriez-vous être favorable
Aux jeux innocents d'une fable,
Et voir, sans vous épouvanter,
Un lion qu'Amour sut dompter ?
Amour est un étrange maître.
Heureux qui peut ne le connaître
Que par récit, lui ni (1) ses coups !
Quand on en parle devant vous,
Si la vérité vous offense,
La fable au moins se peut souffrir (2) :
Celle-ci prend bien l'assurance (3)
De venir à vos pieds s'offrir,
Par zèle et par reconnaissance.

Du temps que les bêtes parlaient,
Les lions, entre autres, voulaient
Etre admis dans notre alliance.
Pourquoi non? Puisque leur engeance (4)
Valait la nôtre en ce temps-là,
Ayant courage, intelligence,
Et belle hure (5) outre cela.
Voici comment il en alla.
Un lion de haut parentage (6)
En passant par un certain pré,
Rencontra bergère à son gré :
Il la demande en mariage.
Le père aurait fort souhaité
Quelque gendre un peu moins terrible.
La donner lui semblait bien dur;
La refuser n'était pas sûr;
Même un refus eût fait possible (7),
Qu'on eût vu quelque beau matin
Un mariage clandestin ;
Car outre qu'en toute matière
La belle était pour les gens fiers,
Fille se coiffe volontiers
D'amoureux à longue crinière.
Le père donc, ouvertement
N'osant renvoyer notre amant (8),
Lui dit :" Ma fille est délicate;
Vos griffes la pourront blesser
Quand vous voudrez la caresser.
Permettez donc qu'à chaque patte
On vous les rogne, et pour les dents,
Qu'on vous les lime en même temps.
Vos baisers en seront moins rudes,
Et pour vous plus délicieux ;
Car ma fille y répondra mieux,
Etant sans ces inquiétudes."
Le lion consent à cela,
Tant son âme était aveuglée !
Sans dents ni griffes le voilà,
Comme place démantelée.
On lâcha sur lui quelques chiens :
Il fit fort peu de résistance.

Amour, amour, quand tu nous tiens,
On peut bien dire : " Adieu prudence!"


(*) Source : Esope "Le lion  et le laboureur"
(recueil Nevelet, p.268)
(1) et
(2) supporter
(3) hardiesse
(4) race
(5) tête d'un sanglier, d'un ours, d'un loup
et autres bêtes mordantes (Furetière)
(6) origine, naissance
(7) peut-être
(8) prétendant










mercredi 29 octobre 2014

Mort à Crédit de Céline par Fabrice Luchini ... Par Coeur






Il se peut que mes élèves  trouvent  

trop difficile 'étudier par coeur 

un morceau choisi...

Pourtant.... s'ils  écoutaient  

Fabrice Luchini

Il est évident

qu'ils ne pourraient plus  s'en passer...

et ils apprendraient de tout leur coeur ...

 par coeur  








Mort à crédit Ferdinand Céline

"Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste... Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre. Ils ont dit des choses. Ils ne m'ont pas dit grand-chose. Ils sont partis. Ils sont devenus vieux, misérables et lents chacun dans un coin du monde.
Hier à huit heures Madame Bérenge, la concierge, est morte. Une grande tempête s'élève de la nuit. Tout en haut, où nous sommes, la maison tremble. C'était une douce et gentille et fidèle amie. Demain on l'enterre rue des Saules. Elle était vraiment vieille, tout au bout de la vieillesse. Je lui ai dit dès le premier jour quand elle a toussé: "Ne vous allongez pas surtout!... Restez assise dans votre lit!" Je me méfiais. Et puis voilà... Et puis tant pis.
Je n'ai pas toujours pratiqué la médecine, cette merde. Je vais leur écrire qu'elle est morte Madame Bérenge à ceux qui m'ont connu, qui l'ont connue. Où sont-ils?
Je voudrais que la tempête fasse encore plus de boucan, que les toits s'écroulent, que le printemps ne revienne plus, que notre maison disparaisse.
Elle savait Madame Bérenge que tous les chagrins viennent dans les lettres. Je ne sais plus à qui écrire... Tous ces gens sont loin... Ils ont changé d'âme pour mieux trahir, mieux oublier, parler toujours d'autre chose...
Vieille Madame Bérenge, son chien qui louche on le prendra, on l'emmènera...
Tout le chagrin des lettres, depuis vingt ans bientôt, s'est arrêté chez elle. Il est là dans l'odeur de la mort récente, l'incroyable aigre goût... Il vient d'éclore... Il est là... Il rôde... Il nous connaît, nous le connaissons à présent. Il ne s'en ira plus jamais. Il faut éteindre le feu dans la loge. A qui vais-je écrire? Je n'ai plus personne. Plus un être pour recueillir doucement l'esprit gentil des morts... pour parler après ça plus doucement aux choses... Courage pour soi tout seul!
Sur la fin ma vieille bignolle, elle ne pouvait plus rien dire. Elle étouffait, elle me retenait par la main... Le facteur est entré. Il l'a vue mourir. Un petit hoquet. C'est tout. Bien des gens sont venus chez elle autrefois pour me demander. Ils sont repartis loin, très loin dans l'oubli, se chercher une âme. Le facteur a ôté son képi. Je pourrais moi dire toute ma haine. Je sais. Je le ferai plus tard s'ils ne reviennent pas. J'aime mieux raconter des histoires. J'en raconterai de telles qu'ils reviendront, exprès, pour me tuer, des quatre coins du monde. Alors ce sera fini et je serai bien content. (...)"



















lundi 8 septembre 2014

Fabrice Luchini et Jean de La Fontaine « Parole de Socrate »











J’adore Fabrice Luchini,

 certains de mes élèves

trouveront un peu compliquée l’histoire,

mais je vous prie d’ écouter attentivement

et après de réécouter …

parce que le récit que Luchini fait de cette fable de


a vraiment une saveur extra …



et n’oubliez pas les mots de la citation nietzschéenne



 " Ah ! ces Grecs, ils s’entendaient à vivre : pour cela il importe de rester bravement à
 la surface, de s’en tenir à l’épiderme, d’adorer l’apparence, de croire à la forme, aux sons, aux paroles, à tout l’Olympe de l’apparence !  Ces Grecs étaient superficiels — par profondeur ! Et n’y revenons-nous pas  nous autres casse-cous de l’esprit, qui avons gravi le sommet le plus élevé et le plus dangereux des idées actuelles, pour, de là, regarder alentour, regarder en bas ? Ne sommes-nous pas, précisément en cela — des Grecs ?
Adorateurs des formes, des sons,  des paroles ? À cause de cela — artistes ? "

(Le Gai savoir , Préface, Ruta di Camogli, près de Gênes, automne 1886)







Socrate un jour faisant bâtir,
Chacun censurait son ouvrage :
L'un trouvait les dedans, pour ne lui point mentir,
Indignes d'un tel personnage ;
L'autre blâmait la face, et tous étaient d'avis             5
Que les appartements en étaient trop petits.
Quelle maison pour lui ! L'on y tournait à peine.
Plût au ciel que de vrais amis,
Telle qu'elle est, dit-il, elle pût être pleine !

Le bon Socrate avait raison                                         10
De trouver pour ceux-là trop grande sa maison.
Chacun se dit ami ; mais fol qui s'y repose :
Rien n'est plus commun que ce nom,
Rien n'est plus rare que la chose.