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mardi 13 juin 2017

Alessandra Tosi V D : "Autoritratto / Autoportrait"


Voici le magnifique poème 

d' Alessandra Tosi

aussi maîtrisé  et surprenant    

que la  vigne à Castagnola




AUTORITRATTO

Gli occhi ho di selvatica angelica,
Vividi, velati di bruna umida terra;
il labbro ho teso alla parola autentica,
castano il capello che sfiora gote e spalle afferra.

Lunghe ho le membra, i piedi in lievi passi sempre per terra;
L’accento è di una tesa melodia malinconica,
d’un torbido pensier che sgretolandomi m’afferra
e si sbriciola alla luce d’una pallida quiete arcaica

L’iracondo e l’inquieto mi scavan più del tempo,
mentre un mare di parole in burrasca
s’acquieta e sulle labbra s’assopisce

E nella mia ragione spesso vi è il maltempo,
quando vedo d’un fior il colore che appassisce
e il cuor comincia a pesar in tasca.






Autoportrait


Les yeux j’ai de sauvage angélique,
vifs, embués de brune terre humide ;
la lèvre j’ai tendue vers la parole authentique,
châtain le cheveu qui effleure les joues et les épaules saisit.

Longs j’ai les membres, les pieds aux faibles pas toujours par terre.
L’accent est d’une tendue mélodie mélancolique,
d’une torve pensée qui en s’effritant me saisit
et s’émiette à la lueur d’une blafarde quiétude archaïque.

Le coléreux et l’inquiet  me fouillent plus que le temps,
pendant qu’un flot de paroles en furie
s’apaise et sur les lèvres s’assoupit.

Et dans ma raison souvent il y a le mauvais temps,
quand je vois d’une fleur la couleur qui se flétrit
et dans la poche commence à peser le cœur.






J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal 

Arthur Rimbaud  Ma Bohème


vendredi 8 janvier 2016

Henri Tachan : On ne retombe jamais en enfance







Castagnola 







On n'retombe jamais en enfance, 
L'enfance, on l'a jamais quittée, 
Ces vieux, qui vers l'hiver s'avancent, 
Ont encore un pied dans l'été,
L'été de leurs grandes vacances,
Où bourdonnent les champs de blé,
Où les longs cheveux de Laurence
S'envolaient au vent de juillet...


On n'retombe jamais en enfance,
L'enfance, je l'ai jamais quittée,
Mon vieil ours en peluche danse
Sous vos lampions d'absurdité,
Et tous mes chevaux de manège
Blancs, à la crinière argentée,
Galopent encore dans la neige
De mes noëls décapités...


On n'retombe jamais en enfance,
Ma douce, ma tiède, mon bébé,
Tous deux blottis  dans le silence
De quelque berceau  dérobé,
On se tête et on se balance,
Comme deux jumeaux nouveaux-nés,
Dans le jardinet de l'enfance,
Où on s'ra toujours jardiniers.





Carte de Castagnola début XIXe siècle 

Torino Museo del Risorgimento




mercredi 5 août 2015

Dominique A "L'Horizon"... à Castagnola






«Nous n'irons pas plus loin», te dit le capitaine
Trop d'obstacles aujourd'hui pour gagner l'horizon
Des baleines épuisées gémissent sur la grève
Leur sang couvre des bouches comme autant d'hameçons

Comme autant de collines occultant l'horizon
De crêtes insensibles à l'adagio des plaines
« Je suis vraiment navré », te dit le capitaine
Et tu sens qu'il dit vrai et qu'il a le coeur bon.



Castagnola cz


Dès lors la bouche vermeille d'une femme au harpon
Qui entre dans tes murs et saigne les baleines
Te fait des mois durant dédaigner l'horizon
Et lorsque tu le croises snober le capitaine.

Quand tu rentres chez toi, tu te dis qu'il fait bon
Le mensonge est partout infiltré dans tes veines
Tant tu aimes goûter au sang de la baleine
Qui déborde des lèvres de la femme au harpon.



Castagnola cz


Mais un jour sur ta manche tire le capitaine
Les yeux exorbités, il te dit : « Repartons ».
Il est temps de sortir du sommeil des reines
Car nul ne vous attend autant que l'horizon.

C'est Lob Nor qui t'espère, l'Inlandsis qui t'appelle
La Sierra Nevada qui la nuit crie ton nom
Et c'est la Grande Bleue qui rehausse le ciel
Chacun d'eux te réclame et t'offre l'horizon




Castagnola cz


Mais celui-ci t'échappe, stoppé dans son élan
Par des sommets hargneux, des vallées encaissées,
Des villes au c?ur de pierre aux formes insensées
Vois, la barbe te pousse et ton pas se fait lent.

Et tu entends au loin les plaintes des baleines
Qui avant de finir sur la grève ont sans doute
Connu cet horizon dont seul le capitaine
Espère encore pour deux que tu croises la route.

Mais un jour au silence qui monte aux alentours
Comme tes yeux se décollent, tu sais qu'on t'a laissé
Seul avec ton vieux rêve dont l'ombre est un vautour
Qui dessous tes haillons sent la chair s'assécher

Et comme en de lents cercles, il va pour t'entreprendre
Le décor s'aplanit, les courbes se défont
Tout se dégage, oui, sans doute las de t'attendre
C'est lui qui vient à toi ; il est là : l'horizon.





Castagnola cz





mercredi 20 août 2014

1965 "Les filles du bord de mer " Adamo...








1965  .... 11 ans : une année de changements
l'été et  les sorties à Varzi et à  Fabbrica Curone ...
et la mer de prés de Castagnola



Je me souviens du bord de mer avec ses filles au teint si clair
Elles avaient l'âme hospitalière c'était pas fait pour me déplaire
Naïves autant qu'elles étaient belles on pouvait lire dans leurs prunelles
Qu'elles voulaient pratiquer le sport pour garder une belle ligne de corps
Et encore, et encore, z'auraient pu danser la java

Z'étaient chouettes les filles du bord de mer
Z'étaient chouettes pour qui savait y faire

Y'en avait une qui s'appelait Eve c'était vraiment la fille d'mes rêves
Elle n'avait qu'un seul défaut elle se baignait plus qu'il ne faut
Plutôt qu'd'aller chez le masseur elle invitait le premier baigneur
A tâter du côté de son cœur, en douceur, en douceur
En douceur et profondeur

Z'étaient chouettes les filles du bord de mer
Z'étaient chouettes pour qui savait y faire

Lui pardonnant cette manie j'lui proposes de partager ma vie
Mais dès que revint l'été je commençe à m'inquiéter
Car sur les bords d'la Mer du Nord elle se remit à faire du sport
Je tolérais ce violon d'Ingres sinon elle devenait malingre

Puis un beau jour j'en ai eu marre c'était pis que la mer à boire
J'lai refilée à un gigolo et j'ai nagé vers d'autres eaux
En douceur, en
 douceur

Z'étaient chouettes les filles du bord de mer
Z'étaient bêtes pour qui savait leur plaire

La la la la la la La la la la la la ....






Charles Baudelaire “Je n’ai pas oublié...” XCIV (Les Fleurs du Mal)









Je n'ai pas oublié, voisine de la ville,

Notre blanche maison, petite mais tranquille ;

Sa Pomone de plâtre et sa vieille Vénus

Dans un bosquet chétif cachant leurs membres nus,

Et le soleil, le soir, ruisselant et superbe,

Qui, derrière la vitre où se brisait sa gerbe,

Semblait, grand oeil ouvert dans le ciel curieux,

Contempler nos dîners longs et silencieux,

Répandant largement ses beaux reflets de cierge 

Sur la nappe frugale et les rideaux de serge







"Avec l’amour maternel, la vie vous fait

à l’aube une promesse qu’elle ne tient pas”

La promesse de l’aube Romain Gary







Ma chère mère, Paris 6 mai 1861

Si tu possèdes vraiment le génie maternel et si tu n'es pas encore lasse, viens à Paris, viens me voir, et même chercher. Moi, pour mille raisons terribles, je ne puis pas aller à Honfleur chercher ce que je voudrais tant, un peu de courage et de caresses. À la fin de mars, je t'écrivais : Nous reverrons-nous jamais ! J'étais dans une de ces crises où on voit la terrible vérité. Je donnerais je ne sais quoi pour passer quelques jours auprès de toi, toi, le seul être à qui ma vie est suspendue, huit jours, trois jours, quelques heures. […]

Toutes les fois que je prends la plume pour t'exposer ma situation, j'ai peur ; j'ai peur de te tuer, de détruire ton faible corps. Et moi, je suis sans cesse, sans que tu t'en doutes, au bord du suicide. Je crois que tu m'aimes passionnément ; avec un esprit aveugle, tu as le caractère si grand ! Moi, je t'ai aimée passionnément dans mon enfance ; plus tard, sous la pression de tes injustices, je t'ai manqué de respect, comme si une injustice maternelle pouvait autoriser un manque de respect filial ; je m'en suis repenti souvent, quoique, selon mon habitude, je n'en aie rien dit. Je ne suis plus l'enfant ingrat et violent. De longues méditations sur ma destinée et sur ton caractère m'ont aidé à comprendre toutes mes fautes et toute ta générosité. Mais, en somme le mal est fait, fait par tes imprudences et par mes fautes. Nous sommes évidemment destinés à nous aimer, à vivre l'un pour l'autre, à finir notre vie le plus honnêtement et le plus doucement qu'il sera possible. Et cependant, dans les circonstances terribles où je suis placé, je suis convaincu que l'un de nous deux tuera l'autre, et que finalement nous nous tuerons réciproquement. Après ma mort, tu ne vivras plus, c'est clair. Je suis le seul objet qui te fasse vivre. Après ta mort, surtout si tu mourais par une secousse causée par moi, je me tuerais, cela est indubitable. Ta mort, dont tu parles souvent avec trop de résignation, ne corrigerait rien dans ma situation ; le conseil judiciaire serait maintenu (pourquoi ne le serait-il pas ?), rien ne serait payé, et j'aurais par surcroît de douleurs, l'horrible sensation d'un isolement absolu. Moi, me tuer, c'est absurde n'est-ce pas ? [...]

Adieu, je suis exténué. Pour rentrer dans les détails de santé, je n'ai ni dormi, ni mangé depuis presque trois jours ; ma gorge est serrée. – Et il faut travailler.
Non, je ne te dis pas adieu ; car j'espère te revoir.
Oh ! lis-moi bien attentivement, tâche de bien comprendre.
Je sais que cette lettre t'affectera douloureusement, mais tu y trouveras certainement un accent de douceur, de tendresse, et même encore d'espérance, que tu as tro
p rarement entendus.

Et je t'aime.
C.B