C’est
pas donné aux animaux, pas non plus au premier blaireau
Mais quand ça vous colle à la peau, putain qu’est-ce que ça vous tient
chaud
Écrire et faire vivre les mots, sur la feuille et son blanc manteau
Ça vous rend libre comme l’oiseau, ça vous libère de tout les mots,
Ça vous libère de tous les maux
C’est un don du ciel, une grâce, qui rend la vie moins dégueulasse
Qui vous assigne une place, plus près des anges, que des angoisses.
Poèmes, chansons, brûlots, vous ouvrent des mondes plus beaux
Des horizons toujours nouveaux, qui vous éloignent des troupeaux
Et il suffit de quelques mots, pour toucher le cœur des marmots,
Pour apaiser les longs sanglots, quand votre vie part à vau-l’eau
Quand votre vie part à vau-l’eau.
C’est un don du ciel une grâce, qui rend la vie moins dégueulasse
Qui vous assigne une place, plus près des anges, que des angoisses.
Les poèmes d’un Léautaud, ceux d’un Brassens d’un Nougaro
La plume d’un Victor Hugo éclairent ma vie comme un flambeau
Alors gloire à ces héros, qui par la magie d’un stylo
Et parce qu’ils font vivre les mots, emmènent mon esprit vers le haut,
Emmènent mon esprit vers le haut.
C’est un don du ciel, une grâce, qui rend la vie moins dégueulasse
Qui vous assigne une place, plus près des anges, que des angoisses
Qui vous assigne une place, plus près des anges, que des angoisses.
C'est
ici un livre de bonne foi, lecteur. Il t'avertit, dès l'entrée, que je ne m'y
suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n'y ai nulle
considération de ton service, ni de ma gloire. Mes forces ne sont pas capables
d'un tel dessein. Je l'ai voué à la commodité particulière de mes parents et
amis : à ce que1 m'ayant perdu (ce qu'ils ont à faire bientôt) ils y
puissent retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs2, et
que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive la connaissance
qu'ils ont eue de moi. Si c'eût été pour rechercher la faveur du monde, je me
fusse mieux paré et me présenterais en une marche étudiée. Je veux qu'on m'y
voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention3 et
artifice: car c'est moi que je peins. Mes défauts s'y liront au vif, et ma
forme naïve, autant que la révérence publique me l'a permis. Que si j'eusse été
entre4 ces nations qu'on dit vivre encore sous la douce liberté des premières
lois de nature, je t'assure que je m'y fusse très volontiers peint tout entier,
et tout nu. Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre : ce n'est
pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain5.
Adieu donc. De Montaigne, ce premier de mars mille cinq cent quatre-vingts.
Montaigne, Essais, I,1, 1580
1. A ce que : afin que 2. Conditions et humeurs : traits de caractère, goûts. 3. Contention : application. 4. Que j'eusse été entre : Si j'avais vécu parmi. 5. Vain : vide.
Rousseau décrit le séjour qu'il fit sur l'île
Saint-Pierre du 12 septembre au 25 octobre 1765.
De toutes les habitations où j'ai demeuré (et j'en ai eu de charmantes), aucune
ne m'a rendu si véritablement heureux et ne m'a laissé de si tendres regrets
que l'île de Saint-Pierre au milieu du lac de Bienne. Cette petite île qu'on
appelle à Neuchâtel l'île de La Motte est bien peu connue, même en Suisse.
Aucun voyageur, que je sache, n'en fait mention. Cependant elle est très
agréable et singulièrement située pour le bonheur d'un homme qui aime à se
circonscrire ; car quoique je sois peut-être le seul au monde à qui sa destinée
en ait fait une loi, je ne puis croire être le seul qui ait un goût si naturel,
quoique je ne l'aie trouvé jusqu'ici chez nul autre.
Les rives du lac de Bienne sont plus sauvages et romantiques que celles du lac
de Genève, parce que les rochers et les bois y bordent l'eau de plus près, mais
elles ne sont pas moins riantes. S'il y a moins de culture de champs et de
vignes, moins de villes et de maisons, il y aussi plus de verdure naturelle,
plus de prairies, d'asiles ombragés de bocages, des contrastes plus fréquents
et des accidents plus rapprochés. Comme il n'y a pas sur ces heureux bords de
grandes routes commodes pour les voitures, le pays est peu fréquenté par les
voyageurs, mais il est intéressant pour des contemplatifs solitaires qui aiment
à s'enivrer à loisir des charmes de la nature, et à se recueillir dans un
silence que ne trouble aucun autre bruit que le cri des aigles, le ramage
entrecoupé de quelques oiseaux, et le roulement des torrents qui tombent de la
montagne ! Ce beau bassin d'une forme presque ronde enferme dans son milieu
deux petites îles, l'une habitée et cultivée, d'environ une demi-lieue de tour,
l'autre plus petite, déserte et en friche, et qui sera détruite à la fin par
les transports de terre qu'on en ôte sans cesse pour réparer les dégâts que les
vagues et les orages font à la grande. C'est ainsi que la substance du faible
est toujours employée au profit du puissant.
Il n y a dans l'île qu'une seule maison, mais grande, agréable et commode, qui
appartient à l'hôpital de Berne ainsi que l'île, et où loge un receveur avec sa
famille et ses domestiques. Il y entretient une nombreuse basse-cour, une
volière et des réservoirs pour le poisson. L'île dans sa petitesse est
tellement variée dans ses terrains et ses aspects qu'elle offre toutes sortes
de sites et souffre toutes sortes de cultures. On y trouve des champs, des
vignes, des bois, des vergers, de gras pâturages ombragés de bosquets et bordés
d'arbrisseaux de toute espèce dont le bord des eaux entretient la fraîcheur ;
une haute terrasse plantée de deux rangs d'arbres borde l'île dans sa longueur,
et dans le milieu de cette terrasse on a bâti un joli salon où les habitants
des rives voisines se rassemblent et viennent danser les dimanches durant les
vendanges.
C'est dans cette île que je me réfugiai après la lapidation de Motiers. J'en
trouvai le séjour si charmant, j'y menais une vie si convenable à mon humeur
que résolu d'y finir mes jours, je n'avais d'autre inquiétude sinon qu'on ne me
laissât pas exécuter ce projet qui ne s accordait pas avec celui de m'entraîner
en Angleterre, dont je sentais déjà les premiers effets. Dans les
pressentiments qui m'inquiétaient j'aurais voulu qu'on m'eût fait de cet asile
une prison perpétuelle, qu'on m'y eût confiné pour toute ma vie, et qu'en
m'ôtant toute puissance et tout espoir d'en sortir on m'eût interdit toute
espèce de communication avec la terre ferme de sorte qu'ignorant tout ce qui se
faisait dans le monde j'en eusse oublié l'existence et qu'on y eût oublié la
mienne aussi.
On ne m'a laissé passer guère que deux mois dans cette île, mais j'y aurais
passé deux ans, deux siècles et toute l'éternité sans m'y ennuyer un moment,
quoique je n'y eusse, avec ma compagne, d'autre société que celle du receveur,
de sa femme et de ses domestiques, qui tous étaient à la vérité de très bonnes
gens et rien de plus, mais c'était précisément ce qu'il me fallait. Je compte
ces deux mois pour le temps le plus heureux de ma vie et tellement heureux
qu'il m'eût suffi durant toute mon existence sans laisser naître un seul
instant dans mon âme le désir d'un autre état.
Quel était donc ce bonheur et en quoi consistait sa jouissance ? Je le donnerais
à deviner à tous les hommes de ce siècle sur la description de la vie que j'y
menais. Le précieux farniente fut. la première et la principale de ces
jouissances que je voulus savourer dans toute sa douceur, et tout ce que je fis
durant mon séjour ne fut en effet que l'occupation délicieuse et nécessaire
d'un homme qui s'est dévoué à l'oisiveté.
On va débuter cette semaine une séquence sur la poésie qui me fascine et qui m'intrigue aussi avec la V D dans le but de lire, d'étudier et ... , j'espère, de créer de petits poèmes.
Je suis certain que mes élèves apprécieront beaucoup.
Voici ma première proposition un poète de la négritude
Ce passage est un extrait de Pantagruel écrit par
Rabelais, un humaniste du XVIème siècle. Après
avoir été moine et médecin, il transpose les réalités de son temps dans
une œuvre qui retrace les aventures de géants. Pantagruel est le premier livre
de cette fresque qui sert à caricaturer les travers de l’époque de l’auteur et
de proposer un idéal de justice et d’éducation. Dans le chapitre 8, Rabelais
reproduit une lettre que Gargantua envoie à son fils Pantagruel : après lui
avoir rappelé combien les choses se sont améliorées, il incite son fils à
développer ses connaissances.
C'est pourquoi, mon fils,
je t'engage à employer ta jeunesse à bien progresser en savoir et en vertu. Tu es à Paris, tu as ton précepteur
Epistémon : l'un par un enseignement vivant et oral, l'autre par de louables
exemples peuvent te former. J'entends et
je veux que tu apprennes parfaitement les langues : premièrement le grec, comme
le veut 0uintilien, deuxièmement le latin, puis l'hébreu pour l'Écriture
sainte, le chaldéen et l'arabe pour la même raison, et que tu formes ton style
sur celui de Platon pour le grec, sur celui de Cicéron pour le latin.
Qu'il n'y ait pas d'étude scientifique que
tu ne gardes présente en ta mémoire et pour cela tu t'aideras de l'Encyclopédie
universelle des auteurs qui s'en sont occupés.
Des arts libéraux : géométrie, arithmétique
et musique, je t'en ai donné le goût quand tu étais encore jeune, à cinq ou six
ans, continue.
De l'astronomie, apprends toutes les
règles, mais laisse-moi l'astrologie et l'art de Lullius comme autant d'abus et
de futilités.
Du droit civil, je veux que tu saches par
cœur les beaux textes, et que tu me les mettes en parallèle avec la
philosophie. Et quant à la connaissance de la nature, je veux que tu t'y donnes
avec soin : qu il n'y ait mer, rivière, ni source dont tu ignores les poissons
; tous les oiseaux du ciel, tous les arbres, arbustes, et les buissons des
forêts, toutes les herbes de la terre, tous les métaux cachés au ventre des
abîmes, les pierreries de tous les pays de l'Orient et du midi, que rien ne te
soit inconnu.
Puis relis soigneusement les livres des
médecins grecs, arabes et latins, sans mépriser les Talmudistes et les
Cabalistes, et, par de fréquentes dissections, acquiers une connaissance parfaite
de l'autre monde qu'est l'homme.
Et quelques heures par jour commence à lire
l'Écriture sainte : d'abord le Nouveau Testament et les Épîtres des apôtres,
écrits en grec, puis l'Ancien Testament, écrit en hébreu.
En somme, que je voie en toi un abîme de
science car, maintenant que tu deviens homme et te fais grand, il te faudra
quitter la tranquillité et le repos de l'étude pour apprendre la chevalerie et
les armes afin de défendre ma maison, et de secourir nos amis dans toutes leurs
difficultés causées par les assauts des malfaiteurs. Et je veux que, bientôt,
tu mesures tes progrès ; cela, tu ne pourras pas mieux le faire qu'en soutenant
des discussions publiques, sur tous les sujets, envers et contre tous, et qu'en
fréquentant les gens lettrés tant à Paris qu'ailleurs.
Mais – parce que, selon le sage Salomon,
Sagesse n'entre pas en âme malveillante et que Science sans Conscience n'est
que ruine de l'âme – tu dois servir, aimer et craindre Dieu, et mettre en lui
toutes tes pensées et tout ton espoir ; et par une foi nourrie de charité, tu
dois être uni à lui, en sorte que tu n'en sois jamais séparé par le péché.
Méfie-toi des abus du monde ; ne prends pas
à coeur les futilités, car cette vie est transitoire, mais la parole de Dieu
demeure éternellement. Sois serviable pour tes prochains, et aime-les comme
toi-même. Révère tes précepteurs. Fuis la compagnie de ceux à qui tu ne veux
pas ressembler, et ne reçois pas en vain les grâces que Dieu t'a données. Et,
quand tu t'apercevras que tu as acquis tout le savoir humain, reviens vers moi,
afin que je te voie et que je te donne ma bénédiction avant de mourir.
Mon fils, que la paix et la grâce de Notre
Seigneur soient avec toi. Amen.
1)Sur quelle figure géométrique se construit ce poème?
Ce poème a une structure circulaire (Ringkomposition) car
il s’ouvre et se conclut avec le sens de la vue. Dans le premier vers le poète
affirme que les yeux de la personne à qui il s’adresse font «le tourde [son]
coeur». De la même façon, à la fin du poème les yeux sont nommés au v. 14 et
représentés au v. 15 par les regards, tandis que le coeur est évoqué par le
sang qui coule
2 ) À qui le poète s’adresse-t-il? Repérez et analysez
les marques de l’énonciation
Le poète s’adresse à son être aimé. Il souligne ce lien en disant que les
yeux de la femme aimée sont imprimés dans son coeur (v.1) et donnent une
signification à sa vie (v.5). Son attachement est exalté par l’utilisation des
adjectives possessives (tes yeux) en anaphore. En plus on comprend mieux que le
profond sentiment qui lie Eluard à celle à qui il parle est l’amour quand au
vers 14-15 il déclare son dépendance de ses yeux: le « moi »du poète et le «toi » se fondent enfin dans le «leurs» du v.
15.
3) Repérez et étudiez les mots et expressions appartenant
au champ lexical de la lumière
Dans ce poème les yeux de la femme aimée sont souvent comparés à la lumière.
On commence en les appelant « auréole du temps » (v.3) et puis, dans la strophe
suivante, « feuilles de jour » (v. 6), « bateaux chargés du ciel » (v.9). Ils
sont même la source des couleurs (v.10). La comparaison la plus incisive est
celle du v.8, qui inclut un vers entier: ils sont rapprochés à des ailes qui
couvrent le « monde de lumière ». dans la dernière strophe, enfin, en climax,
le poète crée un parallélisme avec la lumière produite par les « aurores »
(v.11) et les « astres » (v.12)
INTERPRÉTATION
1) Comment le poète relie-t-il le regard de la femme à la
nature et au cosmos?
1)Le poète relie le regard de la femmeà la nature et au cosmos par la juxtaposition
de mots appartenant à ce champ lexical:
il crée donc des phrases nominales. Dans la deuxième strophe en particulier
tous les sens sont nommés: la vue et le toucher des « feuilles », l’ ouïe du
vent et des bruits, l’odorat des parfums. Les yeux sont comparés ainsi aux
éléments naturels d’un locus amœnus.
2) En quoi peut-on parler d’un éloge amoureux ? Démontrez
que la forme et le contenu de ce poème se font écho à cette fin.
Le poème peut être considéré un éloge amoureux. Eluard ouvre at conclut sa
composition avec la femme aimée, mais le personnage qu’on trouve n’est pas le
même qu’au début, car il est agrandie de toutes ses qualités. La parenthèse de
la deuxième strophe fait imaginer au lecteur les lieux plus beaux possibles: la
tranquillité domine, tout est en harmonie et la lumière rejoint chaque coin.
Ainsi quad au v.14 l’être aimé retourne, on est fascinés par lui et on comprend
la dépendance du poète et du monde entier de cette femme pure et innocente. La
composition circulaire donc, exalte l’aimée et crée une ambiance de suspension
onirique.
RÉFLEXION PERSONELLE
En évoquant l’être aimé, souvent les poètes s’adressent
enmême temps à l’humanité. Développez
ce thème en vous appuyant aussi sur d’autres œuvres poétiques que vous avez
lues (300 mots environ)
Des mots doux, des promesses d’amour éternel, depuis la naissance de la littérature
les poètes ont souvent voulu exprimer leur intense amour en éternisant le
souvenir d’eux-mêmes ainsi que de l’être aimé. Mais la relation entre les deux
amants peut influencer aussi la vie d’autres hommes, ou bien de l’humanité
entière. Dans la littérature latine Catulle, en parlant à sa Lesbia, lui
déclare son amour sans bornes. Cependant ce sentiment si grand crée le désir
chez les vieux qui souhaiteraient éprouver
une telle émotion, mais ils ne peuvent plus à cause de leur âge et de leur caractère. Comme
des antagonistes donc, ils chuchotent de la relation entre Catulle et Lesbia («
rumoresque senum severiorum » ) et ils la maudissent ( « ne quis malus invidere possit » ). Mais le
poète n’a pas encore déclaré sa totale dépendance de l’être aimé. Ce passage est bien visible dans
la poésie courtoise et surtout chez les poètes du Stilnovo, en Italie. La femme aimée est complètement idéalisée: pure,
innocente et belle, elle répand son bonheur à quiconque la voit quand elle marche
par la ville. On parle en effet de « donna
angelo » (femme angélique). Chez Dante, elle devient même la personnification
de la Théologie qui donne la salut à tous les hommes. Les hommes ainsi comme
les anges, sont fascinés par elle et ils sont sous l’autorité de ses paroles. Virgile
aussi, âme infernale, ne réussit pas à résister à ses yeux qui resplendissent
comme des rayons. Le thème de l’assujettissement complet du poète de la femme
aimée retourne aussi dans la littérature anglaise du XIXe siècle. Dans La
belle dame sans merciKeats représente
l’aimée comme une figure aimable avec des caractéristiques féeriques. Elle vit
en harmonie dan un locus amœnus, chante des chansons d’amour at aide les
chevaliers blessés. Mais, d’emblée, on se retrouve sur une colline grise, parmi
des cadavres. On découvre que tous les autres hommes qui comme nous ont été
persuadés par ses paroles maintenant sont tombés dans le désespoir. c’est la
dangereuse femme fatale.