mercredi 21 mars 2018

Renaud : "Les mots"




Coucher de soleil en Nouvelle Zélande


Écrire et faire vivre les mots, 
sur la feuille et son blanc manteau 
Ça vous rend libre comme l’oiseau,
 ça vous libère de tout les mots





C’est pas donné aux animaux, pas non plus au premier blaireau
Mais quand ça vous colle à la peau, putain qu’est-ce que ça vous tient chaud
Écrire et faire vivre les mots, sur la feuille et son blanc manteau
Ça vous rend libre comme l’oiseau, ça vous libère de tout les mots,
Ça vous libère de tous les maux

C’est un don du ciel, une grâce, qui rend la vie moins dégueulasse
Qui vous assigne une place, plus près des anges, que des angoisses.

Poèmes, chansons, brûlots, vous ouvrent des mondes plus beaux
Des horizons toujours nouveaux, qui vous éloignent des troupeaux
Et il suffit de quelques mots, pour toucher le cœur des marmots,
Pour apaiser les longs sanglots, quand votre vie part à vau-l’eau
Quand votre vie part à vau-l’eau.

C’est un don du ciel une grâce, qui rend la vie moins dégueulasse
Qui vous assigne une place, plus près des anges, que des angoisses.

Les poèmes d’un Léautaud, ceux d’un Brassens d’un Nougaro
La plume d’un Victor Hugo éclairent ma vie comme un flambeau


Alors gloire à ces héros, qui par la magie d’un stylo
Et parce qu’ils font vivre les mots, emmènent mon esprit vers le haut,
Emmènent mon esprit vers le haut.

C’est un don du ciel, une grâce, qui rend la vie moins dégueulasse
Qui vous assigne une place, plus près des anges, que des angoisses
Qui vous assigne une place, plus près des anges, que des angoisses.











dimanche 18 mars 2018

Michel de Montaigne "Au lecteur" - Essais 1580




tour-de-montaigne


La Tour de la Librairie -  Château de Montaigne 




Albrecht Dürer (Nuremberg, 1471-1528)
Autoportrait aux gants, 1498
Huile sur bois de peuplier, 52 x 41 cm, 
Madrid, Musée du Prado




tour-de-montaigne-cabinet

Au lecteur


C'est ici un livre de bonne foi, lecteur. Il t'avertit, dès l'entrée, que je ne m'y suis proposé aucune fin, que domestique et privée. Je n'y ai nulle considération de ton service, ni de ma gloire. Mes forces ne sont pas capables d'un tel dessein. Je l'ai voué à la commodité particulière de mes parents et amis : à ce que1 m'ayant perdu (ce qu'ils ont à faire bientôt) ils y puissent retrouver aucuns traits de mes conditions et humeurs2, et que par ce moyen ils nourrissent plus entière et plus vive la connaissance qu'ils ont eue de moi. Si c'eût été pour rechercher la faveur du monde, je me fusse mieux paré et me présenterais en une marche étudiée. Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention3 et artifice: car c'est moi que je peins. Mes défauts s'y liront au vif, et ma forme naïve, autant que la révérence publique me l'a permis. Que si j'eusse été entre4 ces nations qu'on dit vivre encore sous la douce liberté des premières lois de nature, je t'assure que je m'y fusse très volontiers peint tout entier, et tout nu. Ainsi, lecteur, je suis moi-même la matière de mon livre : ce n'est pas raison que tu emploies ton loisir en un sujet si frivole et si vain5. Adieu donc. De Montaigne, ce premier de mars mille cinq cent quatre-vingts.

Montaigne, Essais, I,1, 1580

1. A ce que : afin que
2. Conditions et humeurs : traits de caractère, goûts.
3. Contention : application.
4. Que j'eusse été entre : Si j'avais vécu parmi.
5. Vain : vide.














samedi 17 mars 2018

Jean-Jacques Rousseau : Les Rêveries du promeneur solitaire: "Cinquième promenade" (1776-1778) - 1782







Rousseau décrit le séjour qu'il fit sur l'île Saint-Pierre du 12 septembre au 25 octobre 1765.


            De toutes les habitations où j'ai demeuré (et j'en ai eu de charmantes), aucune ne m'a rendu si véritablement heureux et ne m'a laissé de si tendres regrets que l'île de Saint-Pierre au milieu du lac de Bienne. Cette petite île qu'on appelle à Neuchâtel l'île de La Motte est bien peu connue, même en Suisse. Aucun voyageur, que je sache, n'en fait mention. Cependant elle est très agréable et singulièrement située pour le bonheur d'un homme qui aime à se circonscrire ; car quoique je sois peut-être le seul au monde à qui sa destinée en ait fait une loi, je ne puis croire être le seul qui ait un goût si naturel, quoique je ne l'aie trouvé jusqu'ici chez nul autre.
      Les rives du lac de Bienne sont plus sauvages et romantiques que celles du lac de Genève, parce que les rochers et les bois y bordent l'eau de plus près, mais elles ne sont pas moins riantes. S'il y a moins de culture de champs et de vignes, moins de villes et de maisons, il y aussi plus de verdure naturelle, plus de prairies, d'asiles ombragés de bocages, des contrastes plus fréquents et des accidents plus rapprochés. Comme il n'y a pas sur ces heureux bords de grandes routes commodes pour les voitures, le pays est peu fréquenté par les voyageurs, mais il est intéressant pour des contemplatifs solitaires qui aiment à s'enivrer à loisir des charmes de la nature, et à se recueillir dans un silence que ne trouble aucun autre bruit que le cri des aigles, le ramage entrecoupé de quelques oiseaux, et le roulement des torrents qui tombent de la montagne ! Ce beau bassin d'une forme presque ronde enferme dans son milieu deux petites îles, l'une habitée et cultivée, d'environ une demi-lieue de tour, l'autre plus petite, déserte et en friche, et qui sera détruite à la fin par les transports de terre qu'on en ôte sans cesse pour réparer les dégâts que les vagues et les orages font à la grande. C'est ainsi que la substance du faible est toujours employée au profit du puissant.
      Il n y a dans l'île qu'une seule maison, mais grande, agréable et commode, qui appartient à l'hôpital de Berne ainsi que l'île, et où loge un receveur avec sa famille et ses domestiques. Il y entretient une nombreuse basse-cour, une volière et des réservoirs pour le poisson. L'île dans sa petitesse est tellement variée dans ses terrains et ses aspects qu'elle offre toutes sortes de sites et souffre toutes sortes de cultures. On y trouve des champs, des vignes, des bois, des vergers, de gras pâturages ombragés de bosquets et bordés d'arbrisseaux de toute espèce dont le bord des eaux entretient la fraîcheur ; une haute terrasse plantée de deux rangs d'arbres borde l'île dans sa longueur, et dans le milieu de cette terrasse on a bâti un joli salon où les habitants des rives voisines se rassemblent et viennent danser les dimanches durant les vendanges.
      C'est dans cette île que je me réfugiai après la lapidation de Motiers. J'en trouvai le séjour si charmant, j'y menais une vie si convenable à mon humeur que résolu d'y finir mes jours, je n'avais d'autre inquiétude sinon qu'on ne me laissât pas exécuter ce projet qui ne s accordait pas avec celui de m'entraîner en Angleterre, dont je sentais déjà les premiers effets. Dans les pressentiments qui m'inquiétaient j'aurais voulu qu'on m'eût fait de cet asile une prison perpétuelle, qu'on m'y eût confiné pour toute ma vie, et qu'en m'ôtant toute puissance et tout espoir d'en sortir on m'eût interdit toute espèce de communication avec la terre ferme de sorte qu'ignorant tout ce qui se faisait dans le monde j'en eusse oublié l'existence et qu'on y eût oublié la mienne aussi.
      On ne m'a laissé passer guère que deux mois dans cette île, mais j'y aurais passé deux ans, deux siècles et toute l'éternité sans m'y ennuyer un moment, quoique je n'y eusse, avec ma compagne, d'autre société que celle du receveur, de sa femme et de ses domestiques, qui tous étaient à la vérité de très bonnes gens et rien de plus, mais c'était précisément ce qu'il me fallait. Je compte ces deux mois pour le temps le plus heureux de ma vie et tellement heureux qu'il m'eût suffi durant toute mon existence sans laisser naître un seul instant dans mon âme le désir d'un autre état.
      Quel était donc ce bonheur et en quoi consistait sa jouissance ? Je le donnerais à deviner à tous les hommes de ce siècle sur la description de la vie que j'y menais. Le précieux farniente fut. la première et la principale de ces jouissances que je voulus savourer dans toute sa douceur, et tout ce que je fis durant mon séjour ne fut en effet que l'occupation délicieuse et nécessaire d'un homme qui s'est dévoué à l'oisiveté.












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mardi 13 mars 2018

Agnès Warda : "Visages villages"


Rendez-vous au 

Cinema Nuovo  à Varese

jeudi,  le 15 mars à 16H 00

pour ce magnifique  film documentaire 












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Agnès Varda e JR: Il nostro collage di anime è da Oscar


dimanche 11 mars 2018

Léon Gontran Damas : "Nous les gueux"


On va débuter cette semaine une séquence sur la poésie  qui me   fascine et qui m'intrigue aussi  avec la V D  dans le but de lire, d'étudier et ... ,  j'espère, de créer de petits poèmes. 

Je suis certain que mes élèves apprécieront beaucoup.

Voici ma première proposition un poète de la négritude 




J'ai repris cette photo du site poussiere-virtuelle 
que je vous invite à visiter 


Nous les gueux


Nous les peu
nous les rien
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres

Nous à qui n’appartient
guère plus même
cette odeur blême
des tristes jours anciens

Nous les gueux
nous les peu
nous les riens
nous les chiens
nous les maigres
nous les Nègres

Qu’attendons-nous
les gueux
les peu
les rien
les chiens
les maigres
les nègres
pour jouer aux fous
pisser un coup
tout à l’envi
contre la vie
stupide et bête
qui nous est faite
à nous les gueux
à nous les peu
à nous les rien
à nous les chiens
à nous les maigres
à nous les nègres

 

Léon Gontran Damas (1912-1978), 
Black-Label,  Ed. Gallimard, 1956








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samedi 10 mars 2018

Juliette : À carreaux







Parmi mes signes distinctifs
Ronde du cul, frisée du tif
Il en est un qu'on n'peut rater
J'ai des lunettes sur le nez
Chez les chanteuses c'est assez rare
Et pour porter cet étendard
En vérité je vous le dis
Y'a qu'moi et Nana Mouskouri

Depuis qu'j'suis p'tite, j'suis à carreaux
J’écris le roman des miros
Des quatre yeux des intellos
Des petit têtards à hublot
Mais peu importe qu'on se gausse
Moi mes lunettes je les chausse
Comme on chausserait ses chaussures
Pour s'en aller à l'aventure
Comme on chausserait ses chaussures
Pour s'en aller à l'aventure

J'entends d'ici les rigolos
Prédestinant ma libido
Quand dans une rime assez bébête
On prête aux femmes à lunettes
Les miennes je ne les ai ôtées
Que pour dormir et pour aimer
C'est ainsi que j'ai vu le loup
Dans le brouillard de l'amour  flou

Depuis qu'j'suis p'tite, j'suis à carreaux
J’écris le roman des miros
Des quatre yeux des intellos
Des petit têtards à hublot
Ceux qui ricanent sont des jaloux
Moi mes lunette figurez-vous
  
Pour voir le monde comme dans un rêve
Il suffit que je les enlève
Pour voir le monde comme dans un rêve
Il suffit que je les enlève

J'nai pas cédé à la faiblesse
D'aller brader moi droit d'ainesse
Contre une paire de lentilles
Et quelques bains de camomille
Déjà très myope maintenant presbyte
Pas étonnant qu'en prosélyte
Des douces liqueurs  de la treille
Mes verres soient en cul de bouteille

Depuis qu'j'suis p'tite, j'suis à carreaux
J’écris le roman des miros
Des quatre yeux des intellos
Des petit têtards à hublot
Dès qu'on se moque, peu importe
Moi mes lunettes je les porte
Comme un bijou sans joaillerie
Nécessité fait coquetterie
Comme un bijou sans joaillerie
Nécessité fait coquetterie

La mécréante que je suis
S'fait pas d'idées sur l'paradis
Quand à ma tombe je m'en fous
Qu'on m'enterre un peu n'importe où
Mais s'il vous plait par précaution
Même si j'repose au Panthéon
Ou mieux sous la plage de Sète
Laissez moi garder mes lunettes
Ou mieux sous la plage de Sète
Laissez moi garder mes lunettes











vendredi 9 mars 2018

François Rabelais : Lettre de Gargantua à Pantagruel - Pantagruel ( 1532)



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Ce passage  est un extrait de Pantagruel écrit par Rabelais, un humaniste du XVIème siècle. Après  avoir été moine et médecin, il transpose les réalités de son temps dans une œuvre qui retrace les aventures de géants. Pantagruel est le premier livre de cette fresque qui sert à caricaturer les travers de l’époque de l’auteur et de proposer un idéal de justice et d’éducation. Dans le chapitre 8, Rabelais reproduit une lettre que Gargantua envoie à son fils Pantagruel : après lui avoir rappelé combien les choses se sont améliorées, il incite son fils à développer ses connaissances.


C'est pourquoi, mon fils, je t'engage à employer ta jeunesse à bien progresser en savoir et en vertu. Tu es à Paris, tu as ton précepteur Epistémon : l'un par un enseignement vivant et oral, l'autre par de louables exemples peuvent te former. J'entends et je veux que tu apprennes parfaitement les langues : premièrement le grec, comme le veut 0uintilien, deuxièmement le latin, puis l'hébreu pour l'Écriture sainte, le chaldéen et l'arabe pour la même raison, et que tu formes ton style sur celui de Platon pour le grec, sur celui de Cicéron pour le latin.
    Qu'il n'y ait pas d'étude scientifique que tu ne gardes présente en ta mémoire et pour cela tu t'aideras de l'Encyclopédie universelle des auteurs qui s'en sont occupés.
    Des arts libéraux : géométrie, arithmétique et musique, je t'en ai donné le goût quand tu étais encore jeune, à cinq ou six ans, continue.
    De l'astronomie, apprends toutes les règles, mais laisse-moi l'astrologie et l'art de Lullius comme autant d'abus et de futilités.
    Du droit civil, je veux que tu saches par cœur les beaux textes, et que tu me les mettes en parallèle avec la philosophie. Et quant à la connaissance de la nature, je veux que tu t'y donnes avec soin : qu il n'y ait mer, rivière, ni source dont tu ignores les poissons ; tous les oiseaux du ciel, tous les arbres, arbustes, et les buissons des forêts, toutes les herbes de la terre, tous les métaux cachés au ventre des abîmes, les pierreries de tous les pays de l'Orient et du midi, que rien ne te soit inconnu.
    Puis relis soigneusement les livres des médecins grecs, arabes et latins, sans mépriser les Talmudistes et les Cabalistes, et, par de fréquentes dissections, acquiers une connaissance parfaite de l'autre monde qu'est l'homme.
    Et quelques heures par jour commence à lire l'Écriture sainte : d'abord le Nouveau Testament et les Épîtres des apôtres, écrits en grec, puis l'Ancien Testament, écrit en hébreu.
    En somme, que je voie en toi un abîme de science car, maintenant que tu deviens homme et te fais grand, il te faudra quitter la tranquillité et le repos de l'étude pour apprendre la chevalerie et les armes afin de défendre ma maison, et de secourir nos amis dans toutes leurs difficultés causées par les assauts des malfaiteurs. Et je veux que, bientôt, tu mesures tes progrès ; cela, tu ne pourras pas mieux le faire qu'en soutenant des discussions publiques, sur tous les sujets, envers et contre tous, et qu'en fréquentant les gens lettrés tant à Paris qu'ailleurs.
    Mais – parce que, selon le sage Salomon, Sagesse n'entre pas en âme malveillante et que Science sans Conscience n'est que ruine de l'âme – tu dois servir, aimer et craindre Dieu, et mettre en lui toutes tes pensées et tout ton espoir ; et par une foi nourrie de charité, tu dois être uni à lui, en sorte que tu n'en sois jamais séparé par le péché.
    Méfie-toi des abus du monde ; ne prends pas à coeur les futilités, car cette vie est transitoire, mais la parole de Dieu demeure éternellement. Sois serviable pour tes prochains, et aime-les comme toi-même. Révère tes précepteurs. Fuis la compagnie de ceux à qui tu ne veux pas ressembler, et ne reçois pas en vain les grâces que Dieu t'a données. Et, quand tu t'apercevras que tu as acquis tout le savoir humain, reviens vers moi, afin que je te voie et que je te donne ma bénédiction avant de mourir.

    Mon fils, que la paix et la grâce de Notre Seigneur soient avec toi. Amen.
    D'Utopie, ce dix-sept mars,
    Ton père, Gargantua.

Rabelais - Pantagruel chapitre 8.













jeudi 8 mars 2018

Beatrice Falcone : Commentaire dirigé "La courbe de tes yeux " de Paul Éluard







Épreuve ESABAC 2012

La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.

Paul Éluard, Capitale de la douleur, (1926)


COMPRÉHENSION

1)   Sur quelle figure géométrique se construit ce poème?

Ce poème a une structure circulaire (Ringkomposition) car il s’ouvre et se conclut avec le sens de la vue. Dans le premier vers le poète affirme que les yeux de la personne à qui il s’adresse font «le tourde [son] coeur». De la même façon, à la fin du poème les yeux sont nommés au v. 14 et représentés au v. 15 par les regards, tandis que le coeur est évoqué par le sang qui coule

2 ) À qui le poète s’adresse-t-il? Repérez et analysez les marques de l’énonciation

Le poète s’adresse à son être aimé. Il souligne ce lien en disant que les yeux de la femme aimée sont imprimés dans son coeur (v.1) et donnent une signification à sa vie (v.5). Son attachement est exalté par l’utilisation des adjectives possessives (tes yeux) en anaphore. En plus on comprend mieux que le profond sentiment qui lie Eluard à celle à qui il parle est l’amour quand au vers 14-15 il déclare son dépendance de ses yeux: le « moi »  du poète et le «  toi » se fondent enfin dans le «leurs» du v. 15.

3) Repérez et étudiez les mots et expressions appartenant au champ lexical de la lumière

Dans ce poème les yeux de la femme aimée sont souvent comparés à la lumière. On commence en les appelant « auréole du temps » (v.3) et puis, dans la strophe suivante, « feuilles de jour » (v. 6), « bateaux chargés du ciel » (v.9). Ils sont même la source des couleurs (v.10). La comparaison la plus incisive est celle du v.8, qui inclut un vers entier: ils sont rapprochés à des ailes qui couvrent le « monde de lumière ». dans la dernière strophe, enfin, en climax, le poète crée un parallélisme avec la lumière produite par les « aurores » (v.11) et les « astres » (v.12)


 INTERPRÉTATION

1) Comment le poète relie-t-il le regard de la femme à la nature et au cosmos?

1)Le poète relie le regard de la femme  à la nature et au cosmos par la juxtaposition de mots appartenant à   ce champ lexical: il crée donc des phrases nominales. Dans la deuxième strophe en particulier tous les sens sont nommés: la vue et le toucher des « feuilles », l’ ouïe du vent et des bruits, l’odorat des parfums. Les yeux sont comparés ainsi aux éléments naturels d’un locus amœnus.

2) En quoi peut-on parler d’un éloge amoureux ? Démontrez que la forme et le contenu de ce poème se font écho à cette fin.

Le poème peut être considéré un éloge amoureux. Eluard ouvre at conclut sa composition avec la femme aimée, mais le personnage qu’on trouve n’est pas le même qu’au début, car il est agrandie de toutes ses qualités. La parenthèse de la deuxième strophe fait imaginer au lecteur les lieux plus beaux possibles: la tranquillité domine, tout est en harmonie et la lumière rejoint chaque coin. Ainsi quad au v.14 l’être aimé retourne, on est fascinés par lui et on comprend la dépendance du poète et du monde entier de cette femme pure et innocente. La composition circulaire donc, exalte l’aimée et crée une ambiance de suspension onirique.


RÉFLEXION PERSONELLE

En évoquant l’être aimé, souvent les poètes s’adressent en  même temps à l’humanité. Développez ce thème en vous appuyant aussi sur d’autres œuvres poétiques que vous avez lues (300 mots environ)

Des mots doux, des promesses d’amour éternel, depuis la naissance de la littérature les poètes ont souvent voulu exprimer leur intense amour en éternisant le souvenir d’eux-mêmes ainsi que de l’être aimé. Mais la relation entre les deux amants peut influencer aussi la vie d’autres hommes, ou bien de l’humanité entière. Dans la littérature latine Catulle, en parlant à sa Lesbia, lui déclare son amour sans bornes. Cependant ce sentiment si grand crée le désir chez  les vieux qui souhaiteraient éprouver une telle émotion, mais ils ne peuvent plus  à cause de leur âge et de leur caractère. Comme des antagonistes donc, ils chuchotent de la relation entre Catulle et Lesbia (« rumoresque senum severiorum » ) et ils la maudissent ( «  ne quis malus invidere possit » ). Mais le poète n’a pas encore déclaré sa totale dépendance de  l’être aimé. Ce passage est bien visible dans la poésie courtoise et surtout chez les poètes du Stilnovo, en Italie. La femme aimée est complètement idéalisée: pure, innocente et belle, elle répand son  bonheur à quiconque la voit quand elle marche par la ville. On parle en effet de « donna angelo » (femme angélique). Chez Dante, elle devient même la personnification de la Théologie qui donne la salut à tous les hommes. Les hommes ainsi comme les anges, sont fascinés par elle et ils sont sous l’autorité de ses paroles. Virgile aussi, âme infernale, ne réussit pas à résister à ses yeux qui resplendissent comme des rayons. Le thème de l’assujettissement complet du poète de la femme aimée retourne aussi dans la littérature anglaise du XIXe siècle. Dans La belle dame sans merci  Keats représente l’aimée comme une figure aimable avec des caractéristiques féeriques. Elle vit en harmonie dan un locus amœnus, chante des chansons d’amour at aide les chevaliers blessés. Mais,  d’emblée,  on se retrouve sur une colline grise, parmi des cadavres. On découvre que tous les autres hommes qui comme nous ont été persuadés par ses paroles maintenant sont tombés dans le désespoir. c’est la dangereuse femme fatale.


Beatrice Falcone




Palerme, panorama depuis la coupole de Monreale