Le pont du diable
lundi 10 septembre 2018
dimanche 9 septembre 2018
vendredi 7 septembre 2018
Juliette Gréco : Romance
Ces
mots chargés de romance
Comme
un matin qui sourit
C'est
un amour qui commence
Dans
le printemps de Paris
Paris,
qui n'est à personne,
Est
à toi si tu le veux
Mon
ami, je te le donne
Ce
cadeau, c'est pour nous deux
Ces
mots chargés de romance
Comme
un matin qui sourit
C'est
un amour qui commence
Dans
le printemps de Paris
Veux-tu
les rues de ma ville
Trainant
autour des cafés
Où
les jours passent tranquilles
Et
les filles décoiffées ?
Ces
mots chargés de romance
Comme
un matin qui sourit
C'est
un amour qui commence
Dans
le printemps de Paris
Les
amoureux se promènent
Ils
se regardent, ravis
Mon
ami, c'est toi que j'aime
Le
bonheur, c'est pour la vie
Ces
mots chargés de romance
Comme
un matin qui sourit
C'est
un amour qui commence
jeudi 6 septembre 2018
jeudi 30 août 2018
Zebda : Tomber des nues

Je suis venu mais je suis pas venu, tu penses,
m'entendre dire "Sois le bienvenu"
Mais l'estomac qui a besoin d'essence,
dit qu'est ce
qu'il y a aujourd'hui au menu
Et les pieds nus mais la tête dans les nuages,
le cœur
au chaud et je faisais semblant
Mais y avait pas de quoi en faire un fromage
au pays
du Mont-Blanc
Sans bruit, sandwichs, sans rire et sans dîner
Sans faute, sans doute et même sans idée
Qu'on n'est jamais invité quand on est
Sans thune, sandales ou même sans papiers
Je suis venu mais je suis pas venu, tu penses,
pour le
soleil ou le bord de mer
Parce que bronzé, je l'étais de naissance,
je ne
connaissais pas l'hiver
J'avais les pieds nus, la tête dans les nuages,
le cœur
au chaud et je faisais semblant
D'être celui qui était de passage
au Pays du
Mont-Blanc
Refrain
je suis venu et j'ai caressé les vignes et
comment
dire? j'attendais le raisins
Mais de ces fruits, je n'ai vu que les lignes
paraît
qu'ici on ne boit que du vin
Je suis venu mais je ne savais pas encore
qu'on avait
peur de ses voisins
Et de maisons, moi, je n'ai vu que des stores
qui ne
m'ont jamais dit: "Allez viens"
Je suis venu, c'était pas "Au clair de la
lune "
m'entendre dire "Va chercher ton or"
Non, je ne suis pas venu pour faire fortune
habillé en
peau de castor
Refrain

mercredi 22 août 2018
Charles Baudelaire : Le rêve d'un curieux - Les Fleurs du mal (1861) - Serge Reggiani : Monsieur Baudelaire
Le rêve d'un curieux
Connais-tu, comme moi, la douleur savoureuse,
Et de toi fais-tu dire : " Oh ! l'homme singulier
! "
- J'allais mourir. C'était dans mon âme amoureuse,
Désir mêlé d'horreur, un mal particulier ;
Angoisse et vif espoir, sans humeur factieuse.
Plus allait se vidant le fatal sablier,
Plus ma torture était âpre et délicieuse ;
Tout mon coeur s'arrachait au monde familier.
J'étais comme l'enfant avide du spectacle,
Haïssant le rideau comme on hait un obstacle...
Enfin la vérité froide se révéla :
J'étais mort sans surprise, et la terrible aurore
M'enveloppait. - Eh quoi ! n'est-ce donc que cela ?
Serge Reggiani : Monsieur Baudelaire ...
Il y a dans cette France
Quelque chose de rouillé
Comme des larmes d'enfance
Où jouent des écoliers
Et nous vivons ensemble
Uniformes déguisés
Nos sentiments ressemblent
À des nuages usés
S'il vous plaît, Monsieur Baudelaire
Encore un verre d'opium
Pour la route, le dernier
S'il vous plaît, Monsieur Baudelaire
Une page de delirium
Sous les yeux des douaniers
Il y a dans cette France
Trop d'idées poétiques
Trop de roseaux qui penchent
Trop de mots sans musique
C'est pas ma voix qui tremble
C'est moi qui suis lassé
De ces hommes qui me semblent
Intouchables et glacés
S'il vous plaît, Monsieur Baudelaire
Un peu de Fleurs du mal
Quelque chose à fumer
S'il vous plaît, Monsieur Baudelaire
Ça peut pas faire de mal
C'est du rêve imprimé
Il y a dans les cerveaux
Des cellules en vacances
C'est à croire que les veaux
Ont pris deux tours d'avance
Moi qui reste sur place
Je me plais à penser
Que quelque chose se passe
Avant qu'on soit passé
S'il vous plaît, Monsieur Baudelaire
Une petite poésie
Pour deux mots, pour la frime
S'il vous plaît, Monsieur Baudelaire
Un peu de fantaisie
Entre nous, pour la rime
lundi 13 août 2018
Primo Levi : Si c'est un homme - Nouvelle édition Robert Laffont 2017
Je vous invite à relire
ce chef-d'oeuvre de la littérature mondiale, ce
livre qui est sans conteste l'un des témoignages les plus bouleversants sur
l'expérience indicible des camps d'extermination, en italien bien sûr ou dans cette nouvelle édition avec une préface de Philippe Claudel
"Sur sa tombe son
nom et ses dates de naissance et de mort, Primo Levi a tenu à ce que soit gravé
son numéro de déporté : 174517. On raconte que lorsqu'il était en mission en
Allemagne après-guerrre pour son travail de chimiste, il portait le plus
souvent des chemises à manches courtes qui laissant voir à ses interlocuteurs
le numéro tatoué. Comme une double identité qui recouvre une vie fendue en deux
à la hache, le nom et le numéro témoignent qu'il a été un homme, avant et après que d'autres ont voulu qu'il
ne le soit plus.
Aujourd'hui son livre est là.
Toujours.
Comme un caillou perpétuel et nécessaire
glissé dans le soulier de l'humanité"
traduction
de Martine Schruoffeneger
et des Annexes très intéressants
Préface
à Commandant à Auschwitz
Interview
de Primo Levi par Philip Roth
Le
trou noir d’Auschwitz

« Si la géographie des
bourreaux a permis l’extermination de millions d’êtres humains, il ne reste
d’elle que ruines et musées. À l’opposé, la géographie du texte de Si c’est un
homme ne cesse de vivre et de vivre encore, à mesure que des mains de lecteurs
se saisissent du livre, et le lisent, s’en saisiront dans le futur et le
liront, géographie donc ô combien vivante, innervée, nourrie, palpitante,
humaine.
Humaine parce que jamais
le texte ne parle d’autre chose, même en creux, que d’humanité. C’est
l’humanité qui s’enfuit. C’est l’humanité que l’on malmène. C’est l’humanité
que l’on broie comme un grain dans un mortier. C’est l’humanité que l’on nie.
C’est l’humanité que l’on tente d’effacer, mais c’est l’humanité qui demeure.
Elle demeure dans la voix de Primo Levi qui ne cède que rarement à la colère et
qui fait le choix d’une description posée des faits, des actes, des lieux, des
états et des sentiments.
Exempt de hargne, vide de
rage et d’esprit de vengeance, le récit accueille les ombres, les silhouettes,
les visages, les souffrances de ceux dont “la vie est courte mais le nombre
infini”. »
Philippe Claudel
jeudi 9 août 2018
Yann Moix : Dehors - Lettre ouverte au Président de la République, Grasset
L'affaire Benalla et tout dernièrement l'affaire Kohler ont, peut-être, estompé les événements de Calais, mais la voix de Yann Moix et la force de
son écriture lucide nous rappellent le
drame des migrants à travers un essai qui s'adresse non seulement au Président
Macron mais à tous les gouvernements
européens et à nous tous.
DEHORS est une lettre ouverte au président de la République ;
il s’agit d’un appel, d’un SOS : dire à quel point les jeunes exilés, à Calais
et ailleurs, font les frais d’une politique absurde. Une politique « migratoire
» qui les empêche de sortir de notre territoire, alors que, tous ou presque,
veulent rallier l’Angleterre. Ces « migrants » sont des exilés : ils sont
partis de chez eux parce qu’ils ne pouvaient y rester. La migration est une
procédure, l’exil est une aventure. La
migration est un déplacement, l’exil est un bannissement. Cette lettre ouverte
veut dire une chose : l’honneur de la France serait d’aider ces enfants
courageux, qui n’ont plus rien d’autre à sauver que leur vie. L’histoire nous
regarde. Ne lui faisons pas honte.
Grasset
Deux citations mises en exergue nous anticipent et nous
éclairent le titre Dehors et ses thèmes
: La première est de Raymond
Queneau Ils n'avaient pas quitté le monde, le monde les avaient quittés et,
selon moi, définit la situation des migrants, la seconde est de André Welter Je
ne sais plus jusqu'où je sombre. Un autre parle à ma place qui m'exaspère, qui
me trahit et il est évident qu'elle s'adresse, comme le sous-titre l'indique
clairement au Président de la République.
Dehors est un texte engagé, un essai politique mais surtout un texte humaniste.
Son auteur ressuscite la figure de l'intellectuel engagé et engageant qui
interroge de façon acérée ce qui s'est passé à Calais pour inviter à
une réflexion
Celui qui est mis dehors n'est pas chassé: il est pourchassé.
Celui qui est mis dehors n'est pas un migrant : il est un exilé. La migration
... est une expédition; l'exil est une dépossession. La migration est une
inclusion; l'exil, une exclusion.
L'exil est une aventure, c'est Énée ...
Cette Europe qui souffle aujourd'hui ses vents
contraires contre les Énées nouveaux.
Cette Europe qui s'insulte elle-même en oubliant qu'elle est l'oeuvre de
fuyards éberlués devenus maître de leur
destin. La migration a donné des formulaiure, l'exil a donné Virgile (p. 13-14)
Quand on lit Dehors, on est dans un texte littéraire. Et non
seulement un texte littéraire, mais un texte important de la littérature
contemporaine. Pourtant, Dehors est un texte, aussi, d’urgence : la réponse
parfaitement circonstanciée, rédigée en un mois et demi, à la mise en cause
personnelle de l’auteur par le Président de la République. Et le constat de la
situation particulière de Calais, le lieu des «migrants». Dehors «raconte» la
France de 2018, et l’Europe du XXIème siècle.
La règle du jeu
Lettre ouverte, Dehors répond aux règles du pamphlet – excès
de langage, mais élégance de la langue, accusations, mais virtuosité de
l’écriture. Enervé, déçu, frôlant l’injure, Yann Moix ne propose pas de
solutions : il est écrivain, pas
politique. Son livre ne peut convaincre que les convaincus et fera sourire ceux
qu’il agace, son rôle de chien méchant dans On n’est pas couché n’ayant rien
arrangé à sa réputation d’intellectuel donneur de leçons. On peut, en effet, ne
pas être d’accord avec lui sur la dignité et la grandeur d’un pays qui ouvre
ses frontières. On peut tout lui reprocher, sauf une chose : il sait écrire.
L'Express a pu visionner en avant-première l'intégralité du
film, programmé le 9 juin sur Arte (1). Si les images diffusées en janvier
figurent dans Re-Calais, là n'est pas le coeur du propos de son réalisateur.
Caméra au poing, il donne la parole aux exilés, aux Calaisiens et aux policiers
avec le style qui lui est propre : fougueux, clivant et moralisateur. Grâce à
la notoriété de leur auteur, ces images ont le mérite de porter à la
connaissance du grand public la réalité dépeinte depuis des années par des
associations et des journalistes.
Yann Moix :
"L'exilé est devenu le bouc émissaire de tous
ces pays
européens qui ne supportent plus la présence de l’autre"
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