mercredi 22 août 2018

Charles Baudelaire : Le rêve d'un curieux - Les Fleurs du mal (1861) - Serge Reggiani : Monsieur Baudelaire



Castagnola, L'Atelier de l'Artiste Franco Zerba




Le rêve d'un curieux

Connais-tu, comme moi, la douleur savoureuse,
Et de toi fais-tu dire : " Oh ! l'homme singulier ! "
- J'allais mourir. C'était dans mon âme amoureuse,
Désir mêlé d'horreur, un mal particulier ;

Angoisse et vif espoir, sans humeur factieuse.
Plus allait se vidant le fatal sablier,
Plus ma torture était âpre et délicieuse ;
Tout mon coeur s'arrachait au monde familier.

J'étais comme l'enfant avide du spectacle,
Haïssant le rideau comme on hait un obstacle...
Enfin la vérité froide se révéla :

J'étais mort sans surprise, et la terrible aurore
M'enveloppait. - Eh quoi ! n'est-ce donc que cela ?
La toile était levée et j'attendais encore.

Lettre à Auguste Poulet- Malassis  Paris, 13 mars 1860 





















Serge Reggiani : Monsieur Baudelaire ...



Il y a dans cette France
Quelque chose de rouillé
Comme des larmes d'enfance
Où jouent des écoliers
Et nous vivons ensemble
Uniformes déguisés
Nos sentiments ressemblent
À des nuages usés

S'il vous plaît, Monsieur Baudelaire
Encore un verre d'opium
Pour la route, le dernier
S'il vous plaît, Monsieur Baudelaire
Une page de delirium
Sous les yeux des douaniers

Il y a dans cette France
Trop d'idées poétiques
Trop de roseaux qui penchent
Trop de mots sans musique


C'est pas ma voix qui tremble
C'est moi qui suis lassé
De ces hommes qui me semblent
Intouchables et glacés

S'il vous plaît, Monsieur Baudelaire
Un peu de Fleurs du mal
Quelque chose à fumer
S'il vous plaît, Monsieur Baudelaire
Ça peut pas faire de mal
C'est du rêve imprimé

Il y a dans les cerveaux
Des cellules en vacances
C'est à croire que les veaux
Ont pris deux tours d'avance
Moi qui reste sur place
Je me plais à penser
Que quelque chose se passe
Avant qu'on soit passé

S'il vous plaît, Monsieur Baudelaire
Une petite poésie
Pour deux mots, pour la frime
S'il vous plaît, Monsieur Baudelaire
Un peu de fantaisie
Entre nous, pour la rime

S'il vous plaît, s'il vous plaît, Monsieur Baudelaire...



lundi 13 août 2018

Primo Levi : Si c'est un homme - Nouvelle édition Robert Laffont 2017


Je vous invite à relire ce chef-d'oeuvre de la littérature mondiale, ce livre qui est sans conteste l'un des témoignages les plus bouleversants sur l'expérience indicible des camps d'extermination,   en italien bien sûr ou dans cette nouvelle édition avec une préface de Philippe Claudel

"Sur sa tombe son nom et ses dates de naissance et de mort, Primo Levi a tenu à ce que soit gravé son numéro de déporté : 174517. On raconte que lorsqu'il était en mission en Allemagne après-guerrre pour son travail de chimiste, il portait le plus souvent des chemises à manches courtes qui laissant voir à ses interlocuteurs le numéro tatoué. Comme une double identité qui recouvre une vie fendue en deux à la hache, le nom et le numéro témoignent qu'il a été un homme,  avant et après que d'autres ont voulu qu'il ne le soit plus.
   Aujourd'hui son livre est là.
   Toujours.
   Comme un caillou perpétuel et nécessaire glissé dans le soulier de l'humanité"




traduction de Martine Schruoffeneger



et des Annexes très intéressants

Préface à Commandant à Auschwitz
Interview de Primo Levi par Philip Roth
Le trou noir d’Auschwitz 






« Si la géographie des bourreaux a permis l’extermination de millions d’êtres humains, il ne reste d’elle que ruines et musées. À l’opposé, la géographie du texte de Si c’est un homme ne cesse de vivre et de vivre encore, à mesure que des mains de lecteurs se saisissent du livre, et le lisent, s’en saisiront dans le futur et le liront, géographie donc ô combien vivante, innervée, nourrie, palpitante, humaine.
Humaine parce que jamais le texte ne parle d’autre chose, même en creux, que d’humanité. C’est l’humanité qui s’enfuit. C’est l’humanité que l’on malmène. C’est l’humanité que l’on broie comme un grain dans un mortier. C’est l’humanité que l’on nie. C’est l’humanité que l’on tente d’effacer, mais c’est l’humanité qui demeure. Elle demeure dans la voix de Primo Levi qui ne cède que rarement à la colère et qui fait le choix d’une description posée des faits, des actes, des lieux, des états et des sentiments.
Exempt de hargne, vide de rage et d’esprit de vengeance, le récit accueille les ombres, les silhouettes, les visages, les souffrances de ceux dont “la vie est courte mais le nombre infini”. »

Philippe Claudel











jeudi 9 août 2018

Yann Moix : Dehors - Lettre ouverte au Président de la République, Grasset


L'affaire Benalla et tout dernièrement l'affaire Kohler  ont, peut-être, estompé  les événements de Calais,  mais la voix de Yann Moix et la force de son  écriture lucide nous rappellent le drame des migrants à travers un essai qui s'adresse non seulement au Président Macron mais à tous les gouvernements  européens et à nous tous.  


Résultat de recherche d'images pour "yann moix dehors"


DEHORS est une lettre ouverte au président de la République ; il s’agit d’un appel, d’un SOS : dire à quel point les jeunes exilés, à Calais et ailleurs, font les frais d’une politique absurde. Une politique « migratoire » qui les empêche de sortir de notre territoire, alors que, tous ou presque, veulent rallier l’Angleterre. Ces « migrants » sont des exilés : ils sont partis de chez eux parce qu’ils ne pouvaient y rester. La migration est une procédure, l’exil   est une aventure. La migration est un déplacement, l’exil est un bannissement. Cette lettre ouverte veut dire une chose : l’honneur de la France serait d’aider ces enfants courageux, qui n’ont plus rien d’autre à sauver que leur vie. L’histoire nous regarde. Ne lui faisons pas honte.

Grasset 


Deux citations mises en exergue nous anticipent et nous éclairent le titre Dehors et ses thèmes  :  La première est de Raymond Queneau Ils n'avaient pas quitté le monde, le monde les avaient quittés et, selon moi, définit la situation des migrants, la seconde est de André Welter Je ne sais plus jusqu'où je sombre. Un autre parle à ma place qui m'exaspère, qui me trahit et il est évident qu'elle s'adresse, comme le sous-titre l'indique clairement au Président de la République.

Dehors est un texte engagé, un essai  politique mais surtout un texte humaniste. Son auteur ressuscite la figure de l'intellectuel engagé et engageant qui interroge  de façon acérée  ce qui s'est passé à Calais pour inviter à une réflexion

Celui qui est mis dehors n'est pas chassé: il est pourchassé. Celui qui est mis dehors n'est pas un migrant : il est un exilé. La migration ... est une expédition; l'exil est une dépossession. La migration est une inclusion; l'exil, une exclusion.
L'exil est une aventure, c'est Énée ...

Cette Europe qui souffle aujourd'hui ses vents contraires  contre les Énées nouveaux. Cette Europe qui s'insulte elle-même en oubliant qu'elle est l'oeuvre de fuyards éberlués  devenus maître de leur destin. La migration a donné des formulaiure, l'exil a donné Virgile (p. 13-14)

Libération








"Dehors", de Yann Moix : satire à boulets rouges

Quand on lit Dehors, on est dans un texte littéraire. Et non seulement un texte littéraire, mais un texte important de la littérature contemporaine. Pourtant, Dehors est un texte, aussi, d’urgence : la réponse parfaitement circonstanciée, rédigée en un mois et demi, à la mise en cause personnelle de l’auteur par le Président de la République. Et le constat de la situation particulière de Calais, le lieu des «migrants». Dehors «raconte» la France de 2018, et l’Europe du XXIème siècle.

La règle du jeu



Lettre ouverte, Dehors répond aux règles du pamphlet – excès de langage, mais élégance de la langue, accusations, mais virtuosité de l’écriture. Enervé, déçu, frôlant l’injure, Yann Moix ne propose pas de solutions  : il est écrivain, pas politique. Son livre ne peut convaincre que les convaincus et fera sourire ceux qu’il agace, son rôle de chien méchant dans On n’est pas couché n’ayant rien arrangé à sa réputation d’intellectuel donneur de leçons. On peut, en effet, ne pas être d’accord avec lui sur la dignité et la grandeur d’un pays qui ouvre ses frontières. On peut tout lui reprocher, sauf une chose  : il sait écrire.


L'Express a pu visionner en avant-première l'intégralité du film, programmé le 9 juin sur Arte (1). Si les images diffusées en janvier figurent dans Re-Calais, là n'est pas le coeur du propos de son réalisateur. Caméra au poing, il donne la parole aux exilés, aux Calaisiens et aux policiers avec le style qui lui est propre : fougueux, clivant et moralisateur. Grâce à la notoriété de leur auteur, ces images ont le mérite de porter à la connaissance du grand public la réalité dépeinte depuis des années par des associations et des journalistes.



Yann Moix :

 "L'exilé est devenu le bouc émissaire de tous ces pays 

européens qui ne supportent plus la présence de l’autre"




lundi 23 juillet 2018

BEN E. KING : Stand By Me




Coucher de Soleil sur le lac de Varese



Résultat de recherche d'images pour "BEN E KING"







Stand By Me
(Reste Contre Moi)

When the night has come
Quand la nuit est venue
And the land is dark
Et que la terre est sombre
And the moon is the only light we see
Et que la lune est la seule lumière que nous voyons
No, I won't be afraid
Non, je n'aurai pas peur
Oh, I won't be afraid
Oh, je n'aurai pas peur
Just as long as you stand
Tant que tu restes
Stand by me
Tu restes contre moi

(Chorus:)
So darling, darling
Alors chérie, chérie
Stand by me
Reste contre moi
Oh, stand by me
Oh, reste contre moi
Oh stand, stand by me, stand by me
Oh, reste, reste contre moi, reste contre moi

If the sky that we look upon
Si le ciel que nous contemplons
Should tumble and fall
Devait dégringoler et tomber
Or the mountains should crumble in the sea
Ou si les montagnes devaient s'écrouler dans la mer
I won't cry, I won't cry
Je ne pleurerai pas, je ne pleurerai pas
No, I won't shed a tear
Non, je ne verserai pas une larme
Just as long as you stand
Tant que tu restes
Stand by me
Tu restes contre moi

(Chorus) (x2)

Whenever you're in trouble
A chaque fois que tu es malheureuse
Won't you stand by me, oh stand by me
Pourquoi ne resterai-tu pas contre moi, oh reste contre moi









samedi 14 juillet 2018

ESABAC EPREUVES 2018 LITTERAIRE (SUPPLETIVA) - Louis Aragon : Aurélien




Villa Toeplitz Varese


ESAMI DI STATO DI ISTRUZIONE SECONDARIA 

SUPERIORE

SEZIONI ESABAC

Prova di: LINGUA E LETTERATURA FRANCESE


Svolga il candidato una delle seguenti prove a scelta tra:
a) analisi di un testo;
b) saggio breve.

a) analisi di un testo

Dopo avere letto il testo rispondete alle domande e elaborate una riflessione personale sul tema proposto.

Voici les premières lignes de ce roman, qui raconte l'histoire d'amour passionnée et douloureuse entre un jeune parisien de retour de la 1e guerre mondiale, Aurélien, et une jeune femme provinciale et mariée, Bérénice.

La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer (1) de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient (2) sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation. Il se demanda même pourquoi. C'était disproportionné. Plutôt petite, pâle, je crois... Qu'elle se fut appelée Jeanne ou Marie, il n'y aurait pas repensé, après coup. Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voilà̀ bien ce qui l'irritait. Il y avait un vers de Racine que ça lui remettait dans la tête, un vers qui l'avait hanté pendant la guerre, dans les tranchées, et plus tard démobilisé. Un vers qu'il ne trouvait même pas un beau vers, ou enfin dont la beauté lui semblait douteuse, inexplicable, mais qui l'avait  bsédé,  qui l'obsédait encore:
Je demeurai longtemps errant dans Césarée...
En général, les vers, lui... Mais celui-ci lui revenait et revenait. Pourquoi ? C'est ce qu'il ne s'expliquait pas. Tout à fait indépendamment de l'histoire de Bérénice...l'autre, la vraie... D'ailleurs il ne se rappelait que dans ses grandes lignes cette romance, cette scie (3) . Brune alors, la Bérénice de la tragédie. Césarée, c'est du côté d'Antioche, de Beyrouth.

1) Présager. 2) princesse juive que Titus emmena à Rome après la prise de Jérusalem en 70 et dont l’histoire a inspiré en 1870 à Racine une tragédie du même nom et à Corneille une autre tragédie : Tite et Bérénice. 3) terme populaire pour désigner un thème obsédant.

Louis Aragon, Aurélien, 1944


Compréhension

1. Relevez dans ce texte le champ lexical de la laideur.

2. En quoi la première phrase est-elle paradoxale par rapport à la suite du récit ?

3. Quels sentiments Aurélien éprouve-t-il pour Bérénice ? Justifiez votre réponse.

Interprétation

1. Comment le narrateur rapproche-t-il Bérénice à la Bérénice de la tragédie de Racine ?

2. Quelles sont les caractéristiques d'Aurélien que le lecteur peut déduire du texte ?

Réflexion personnelle

Louis Aragon décrit d’une manière originale la naissance d’une passion amoureuse. Développez ce thème en vous appuyant aussi sur d’autres œuvres littéraires que vous connaissez 



b) saggio breve
Dopo aver analizzato l’insieme dei documenti, formulate un saggio breve in riferimento al tema posto (circa 600 parole).

Poésie des choses, de l’objet au symbole

Document 1

Le poème est adressé à Amadis Jamyn (1540-1593), poète champenois, proche du cercle littéraire de la Pléiade, et ami de Pierre de Ronsard. Orthographe modernisée.

Lave ta main, qu’elle soit belle et nette,
Réveille-toi, apporte une serviette :
Une salade amassons, et faisons
Part à nos ans (1) des fruits de la saison.
D’un vague pied, d’une vue écartée
De ça, de là, en cent lieux rejetée
Sur une rive, et dessus un fossé,
Dessus un champ en paresse laissé (2)
Du laboureur, qui de lui-même apporte
Sans cultiver herbes de toute sorte,
Je m’en irai, solitaire, à l’écart.
Tu t’en iras, Jamyn, d’une autre part,
Chercher, soigneux, la boursette (3) touffue,
La pâquerette à la feuille menue,
La pimprenelle heureuse pour le sang
Et pour la rate, et pour le mal de flanc.
Je cueillerai, compagne de la mousse,
La responsette (3) à la racine douce
Et le bouton des nouveaux groseilliers
Qui le printemps annoncent les premiers.
Puis, en Usant l’ingénieux Ovide
En ces beaux vers où d’amour il est guide,
Regagnerons le logis pas à pas…
1) expression signifiant : partageons entre nous. 2) laissé non cultivé. 3) nom d’une variété de salade.

Pierre de Ronsard (1524-1585)

Document 2

Je suis la pipe d'un auteur ;
On voit, à contempler ma mine
D'Abyssinienne ou de Cafrine(1),
Que mon maître est un grand fumeur.

Quand il est comblé de douleur,
Je fume comme la chaumine
Où se prépare la cuisine
Pour le retour du laboureur.

J'enlace et je berce son âme
Dans le réseau mobile et bleu
Qui monte de ma bouche en feu,

Et je roule un puissant dictame (2)
Qui charme son cœur et guérit
De ses fatigues son esprit.
1) jeune et jolie femme de la Réunion. 2) plante médicinale originaire d'Amérique Centrale.

Charles Baudelaire, « La Pipe », dans Les Fleurs du mal, 1857

Document 3

La surface du pain est merveilleuse d'abord à cause de cette impression quasi panoramique qu'elle donne : comme si l'on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la Cordillère des Andes.
Ainsi donc une masse amorphe en train d'éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s'est façonnée en vallées, crêtes, ondulations, crevasses... Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, - sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.
Ce lâche et froid sous-sol que l'on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable...
Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation.

Francis Ponge, « Le pain », dans Le parti pris des choses (1942)

Document 4

L'abbiamo rimpianto a lungo l'infilascarpe,
il cornetto di latta arrugginito ch'era
sempre con noi. Pareva un'indecenza portare
tra i similori e gli stucchi un tale orrore.
Dev'essere al Danieli che ho scordato
di riporlo in valigia o nel sacchetto.
Hedia la cameriera lo buttò certo
nel Canalazzo. E come avrei potuto
scrivere che cercassero quel pezzaccio di latta?
C'era un prestigio (il nostro) da salvare
e Hedia, la fedele, l'aveva fatto.

Eugenio Montale, “L'abbiamo rimpianto a lungo l'infilascarpe” dans Xenia, II, 3, 1966

Nous l’avons longtemps regretté, ce chausse-pied,
cette demi-corne rouillée en fer blanc qui nous
accompagnait partout. Il semblait déplacé d’apporter
Parmi les similors et les stucs cette horreur.
Au Danieli j’ai oublié sans doute
de le ranger dans la valise ou dans la trousse.
Hedia, la femme de chambre, l'a certainement jeté
dans le grand canal. Comment aurais-je osé
écrire pour réclamer ce bout de ferraille?
Puisqu’il fallait sauver notre prestige, ce fut l’œuvre de Hedia la fidèle.

Eugenio Montale, dans Poèmes choisis, traduction de Patrice Dyerval Angelini, NRF, coll. Poésie/Gallimard, Paris, éd. nouvelle de 1991



Ceci n'est pas une pomme © G. Héras

René Magritte, Ceci n’est pas une pomme, 1964 

Ce tableau fait partie d’une série de toiles dénommée « La trahison des images » ; elles traitent du rapport entre l’objet, son identification et sa représentation. 




mercredi 11 juillet 2018

Jérémie Kisling : Antimatière





Villa Toeplitz Varese






N'attendez rien de moi
Je ne sais pas quoi faire
Si je parle tout bas
C'est que je voudrais me taire
Mes mots ne marchent pas
Mes gestes ne touchent pas
Je souffle du vide dans l'air
Je suis de l'antimatière

Je suis hors de portée
La lune c'est ma terre
J'ai la nuit sous mes pieds
Mon cœur est un cratère
Je m'applique à moitié
Je n'sais pas m'exprimer
Je me complique l'univers
Je m'imprime à l'envers

J'ai ruiné tous mes vœux
En attendant d'y croire 
Si je baisse les yeux
C'est que je crains le miroir
Aide-moi si tu veux
Plonge dans mon regard
Repêche le coin de bleu
Qui se noie dans le noir

N'attendez rien de moi
Je ne sais pas quoi faire
Si je parle tout bas
C'est que je voudrais me taire
Mes mots ne marchent pas
Mes gestes ne touchent pas
Je souffle du vide dans l'air
Je suis de l'antimatière

N'attendez rien de moi
Je ne sais pas quoi faire
Si je parle tout bas
C'est que je voudrais me taire
Mes mots ne marchent pas
Mes gestes ne touchent pas
Je souffle du vide dans l'air
Je suis de l'antimatière





L'antimatière est une forme "miroir" de la matière. Elle a été prédite en 1931 par Paul Dirac à partir de l'équation qu'il a découverte presque par des considérations purement mathématiques et esthétiques en cherchant une forme relativiste pour l'équation de Schrödinger des électrons.
Il a ainsi associé à chaque particule élémentaire une jumelle quasiment identique si ce n'est une charge opposée et de légères différences dans certains taux de réactions entre particules à hautes énergies.