mercredi 9 mai 2018

Dadju : Reine ... avec ces magnifiques images siciliennes



Je suis devant mon ordinateur ...
Mes élèves  de V D sont partis ... sans moi (sic) 
avec ma collègue Cinzia et Dora en Sicile 
Aujourd'hui ils ont débuté la visite de cette  perle italienne


L'ancienne ville d'Akragas et  la vallée des Temples



Et moi devant ma télé (sic)... je me console
en suivant l'une de mes émissions préférées 
C dans l'air
Voilà comment j'ai découvert Dadju
et cette très belle  chanson ... on comprend pourquoi 
il a un vaste public féminin d'adolescentes






Oh oh ah, Seysey
Aujourd'hui je suis fatigué, je t'ai regardé dormir
Et si ma voix peut t'apaiser
Je chanterai pour toi toute la nuit
Je t'entends dire à tes pines-co (1):
"Dadju, j'peux plus m'passer de lui"
Hey, tout va glisser sur ta peau
C'est comme si je te passais de l'huile
Et s'ils ne sont pas nous, c'est tant pis pour eux
Et s'ils sont jaloux, c'est tant pis pour eux
Fais le moi savoir quand c'est douloureux
Je suis là s'il faut encaisser pour nous deux




Et je le sais, je te fais confiance
Quand tu me souris, tu fais pas semblant
J'ai pas besoin d'attendre plus longtemps
Je sais qu'il est temps d'partager mon sang
Et t'élever au rang de reine
Au rang de reine, au rang de reine
J'vais t'élever au rang de reine
Au rang de reine, au rang de reine
Oh oh ah




Je sais que l'amour c'est compliqué
Mais avec toi, c'est plus facile
Continue de rester toi-même et je ne regrette pas de t'avoir choisi
Je l'ai promis à ton papa, je vais prendre soin de sa fille
Tu fais partie de ma famille et Dieu sait combien j'aime ma famille
Et s'ils te demandent, c'est qu'ils sont curieux
S'ils te redemandent, c'est qu'ils sont envieux
Ferme la porte à ceux qui font de leur mieux
Pour nous empêcher d'être deux quand on sera vieux




Et je le sais, je te fais confiance
Quand tu me souris, tu fais pas semblant
J'ai pas besoin d'attendre plus longtemps
Je sais qu'il est temps d'partager mon sang
Et t'élever au rang de reine
Au rang de reine, au rang de reine
J'vais t'élever au rang de reine
Au rang de reine, au rang de reine
Oh oh ah





Assez parlé, au bout d'un moment y'a plus les mots
Ça y est, j'ai délaissé mon cœur dans ta paume
J'te laisserai pas t'en aller, c'est mort
J'ai mis du temps à te trouver mi amor
Celui qui dit qu'on s'est trompé a tort
On se battra même contre les coups du sort
Assez parlé, au bout d'un moment y'a plus les mots
Ça y est, j'ai délaissé mon cœur dans ta paume
J'te laisserai pas t'en aller, c'est mort
J'ai mis du temps à te trouver mi amor
Celui qui dit qu'on s'est trompé a tort
On se battra même contre les coups du sort





Et je le sais, je te fais confiance
Quand tu me souris, tu fais pas semblant
J'ai pas besoin d'attendre plus longtemps
Je sais qu'il est temps d'partager mon sang
Et t'élever au rang de reine
Au rang de reine, au rang de reine
J'vais t'élever au rang de reine
Au rang de reine, au rang de reine
Oh oh ah
Au rang de, au rang de
Je vais t'élever au rang de reine
Au rang de, au rang de
Laisse-moi t'élever au rang de reine
Mmh hé

1) copines (verlan)







mercredi 2 mai 2018

Jean Ferrat "Les poètes" , d'après Aragon











Je ne sais ce qui me possède
Et me pousse à dire à voix haute
Ni pour la pitié ni pour l'aide
Ni comme on avouerait ses fautes
Ce qui m'habite et qui m'obsède

Celui qui chante se torture
Quels cris en moi quel animal
Je tue ou quelle créature
Au nom du bien au nom du mal
Seuls le savent ceux qui se turent

Machado dort à Collioure
Trois pas suffirent hors d'Espagne
Que le ciel pour lui se fît lourd
Il s'assit dans cette campagne
Et ferma les yeux pour toujours

Au-dessus des eaux et des plaines
Au-dessus des toits des collines
Un plain-chant monte à gorge pleine
Est-ce vers l'étoile Hölderlin
Est-ce vers l'étoile Verlaine

Marlowe il te faut la taverne
Non pour Faust mais pour y mourir
Entre les tueurs qui te cernent
De leurs poignards et de leurs rires
A la lueur d'une lanterne

Etoiles poussières de flammes
En août qui tombez sur le sol
Tout le ciel cette nuit proclame
L'hécatombe des rossignols
Mais que sait l'univers du drame

La souffrance enfante les songes
Comme une ruche ses abeilles
L'homme crie où son fer le ronge
Et sa plaie engendre un soleil
Plus beau que les anciens mensonges
















mardi 1 mai 2018

Marc-Antoine Girard de Saint-Amant : Le paresseux


L'année va se terminer  ... 

Résultat de recherche d'images pour "MUGUET"

j'attends un frisson d'enthousiasme 

Résultat de recherche d'images pour "MUGUET"

de la part des PARESSEUX !!!




Rouen : Saint Maclou 


Accablé de paresse et de mélancolie,
Je rêve dans un lit où je suis fagoté,(1)
Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,
Ou comme un Don Quichotte en sa morne (2) folie.

Là, sans me soucier des guerres d’Italie, (3)
Du comte Palatin (4), ni de sa royauté,
Je consacre un bel hymne à cette oisiveté (5)
Où mon âme en langueur (6) est comme ensevelie.

Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,
Que je crois que les biens me viendront en dormant,
Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine, (7)

Et hais tant le travail, que, les yeux entrouverts,
Une main hors des draps, cher Baudoin (8), à peine
Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers."

1)empaqueté 2) triste 3)Guerres d'Italie : allusion aux campagnes d'Italie de 1629 à 1630 que mène  le roi Louis XIII * 4)Le comte Palatin : Frédéric V roi de Bohême, qui a perdu son trône en 1620 5)inaction, farniente, paresse, loisir 6)mélancolie, indolence, épuisement 7)ventre 8)Jean Baudoin :poète connu pour sa grande capacité de travail




bacfrancais






Rouen - Cathédrale Notre-Dame



*Traversant les Alpes à la tête de l’armée du siège de La Rochelle (mars 1629.), le roi de France vint au secours de Charles de Nevers. L’armée royale fut rapidement confrontée aux troupes du duc de Savoie, et parvint à mettre l’ennemi en déroute (les Français poursuivirent les Savoyards jusqu’à Suze.).
Charles Emmanuel I°, conscient de son infériorité, fut alors contraint de négocier. Signant le traité de Suze (avril 1629.), il reconnut Charles de Nevers comme légitime duc de Mantoue et Montferrat. En outre, il s’engageait à prendre place dans une ligue regroupant la France, Venise, Mantoue et la papauté contre l’Espagne.
Toutefois, en octobre 1629, Ferdinand II décida d’intervenir dans la guerre de succession de Mantoue, se jugeant lésé car ni Louis XIII, ni Charles Emmanuel I° ne l’avaient consulté afin de régler la succession.
Ainsi, ayant occupé les passages alpins, l’armée impériale assiégea Mantoue, alors que les Espagnols s’attaquèrent à Montferrat, coinçant les Français dans la forteresse de Casal.
En mars 1630, les Français parvinrent toutefois à s’emparer de la forteresse de Pignerol, et décidèrent de s’attaquer au duché de Savoie, jugeant que Charles Emmanuel I° jouait un double jeu.






lundi 30 avril 2018

Jacques Brel : On n'oublie rien








On n'oublie rien de rien
On n'oublie rien du tout
On n'oublie rien de rien
On s'habitue c'est tout


Ni ces départs ni ces navires
Ni ces voyages qui nous chavirent
De paysages en paysages
Et de visages en visages
Ni tous ces ports ni tous ces bars
Ni tous ces attrape-cafard
Où l'on attend le matin gris
Au cinéma de son whisky


Ni tout cela ni rien au monde
Ne sait pas nous faire oublier
Ne peut pas nous faire oublier
Qu'aussi vrai que la terre est ronde
On n'oublie rien de rien
On n'oublie rien du tout
On n'oublie rien de rien
On s'habitue c'est tout


Ni ces jamais ni ces toujours
Ni ces je t'aime ni ces amours
Que l'on poursuit à travers cœurs
De gris en gris de pleurs en pleurs
Ni ces bras blancs d'une seule nuit
Collier de femme pour notre ennui
Que l'on dénoue au petit jour
Par des promesses de retour



Ni tout cela ni rien au monde
Ne sait pas nous faire oublier
Ne peut pas nous faire oublier
Qu'aussi vrai que la terre est ronde
On n'oublie rien de rien
On n'oublie rien du tout
On n'oublie rien de rien
On s'habitue c'est tout


Ni même ce temps où j'aurais fait
Mille chansons de mes regrets
Ni même ce temps où mes souvenirs
Prendront mes rides pour un sourire
Ni ce grand lit où mes remords
Ont rendez-vous avec la mort
Ni ce grand lit que je souhaite
A certains jours comme une fête



Ni tout cela ni rien au monde
Ne sait pas nous faire oublier
Ne peut pas nous faire oublier
Qu'aussi vrai que la terre est ronde
On n'oublie rien de rien
On n'oublie rien du tout
On n'oublie rien de rien
On s'habitue c'est tout







dimanche 29 avril 2018

Théâtre de l'absurde - Ionesco : Rhinocéros acte III, scène finale (1959)





 Bérenger est désormais seul sur scène : il est le dernier personnage à ne pas avoir subi la métamorphose. La pièce se clôt donc sur un monologue final de Bérenger, dans sa chambre, où il semble reclus, cerné par les rhinocéros. Ce monologue a commencé un peu plus haut dans la pièce, après le départ de Daisy ; Bérenger compare alors les tableaux représentant des hommes et les têtes de rhinocéros présentes au fond de la scène. Comment, par ce monologue, se dénoue la farce tragique qu'est Rhinocéros?
Les habitants d'une petite ville, atteints de « rhinocérite », se sont tous transformés en rhinocéros ; seul Bérenger, incarnation symbolique du « résistant », refuse cette situation. En proie au doute, il se demande s'il ne va pas à son tour être gagné par l'inquiétant conformisme de la « rhinocérite ».

C’est moi, c’est moi. (Lorsqu’il accroche les tableaux, on s’aperçoit que ceux-ci représentent un vieillard, une grosse femme, un autre homme. La laideur de ces portraits contraste avec les têtes des rhinocéros qui sont devenues très belles. Bérenger s’écarte pour contempler les tableaux.) Je ne suis pas beau, je ne suis pas beau. (Il décroche les tableaux, les jette par terre avec fureur, il va vers la glace.) Ce sont eux qui sont beaux. J’ai eu tort ! Oh ! Comme je voudrais être comme eux. Je n’ai pas de corne, hélas ! Que c’est laid, un front plat. Il m’en faudrait une ou deux, pour rehausser mes traits tombants. Ça viendra peut-être, et je n’aurai plus honte, je pourrai aller tous les retrouver. Mais ça ne pousse pas ! (Il regarde les paumes de ses mains.) Mes mains sont moites. Deviendront-elles rugueuses ? (Il enlève son veston, défait sa chemise, contemple sa poitrine dans la glace.) J’ai la peau flasque. Ah, ce corps trop blanc, et poilu ! Comme je voudrais avoir une peau dure et cette magnifique couleur d’un vert sombre, d’une nudité décente, sans poils, comme la leur ! (Il écoute les barrissements.) Leurs chants ont du charme, un peu âpre, mais un charme certain ! Si je pouvais faire comme eux. (Il essaye de les imiter.) Ahh, ahh, brr ! Non, ça n’est pas ça ! Essayons encore, plus fort ! Ahh, ahh, brr ! Non, non, ce n’est pas ça, que c’est faible, comme cela manque de vigueur ! Je n’arrive pas à barrir. Je hurle seulement. Ahh, ahh, brr ! Les hurlements ne sont pas des barrissements ! Comme j’ai mauvaise conscience, j’aurais dû les suivre à temps. Trop tard maintenant ! Hélas, je suis un monstre, je suis un monstre. Hélas, jamais je ne deviendrai un rhinocéros, jamais, jamais ! Je ne peux plus changer, je voudrais bien, je voudrais tellement, mais je ne peux pas. Je ne peux plus me voir. J’ai trop honte ! (Il tourne le dos à la glace.) Comme je suis laid ! Malheur à celui qui veut conserver son originalité ! (Il a un brusque sursaut.) Eh bien, tant pis ! Je me défendrai contre tout le monde ! Ma carabine, ma carabine ! (Il se retourne face au mur du fond où sont fixées les têtes des rhinocéros, tout en criant :) Contre tout le monde, je me défendrai ! Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas !

RIDEAU

Eugène Ionesco, Rhinocéros, acte III, scène finale, 1959,
Éditions Gallimard.


RESUME. La soudaine apparition d’un rhinocéros provoque la stupeur et occupe quelque temps la conversation des passants : Bérenger, plumitif timide et velléitaire, son ami Jean, avec lequel il se dispute, et un chœur de personnages falots que domine un «logicien»; puis, malgré le passage d’un second animal, tout semble rentrer dans l’ordre (Acte I). Le lendemain, au bureau où travaillent Bérenger et Daisy, une jolie dactylo qui a également assisté à l’incident, employés (Dudard et Botard) et chef de service (M. Papillon) se montrent incrédules. Mais, bientôt, apparaît un nouveau pachyderme que Mme Bœuf reconnaît pour son époux, dont elle était venue excuser l’absence (Acte II, premier tableau). Dans sa chambre, Jean se métamorphose lui-même en rhinocéros sous les yeux de Bérenger (Acte II, deuxième tableau). Traumatisé par ce bouleversement, Bérenger, reclus dans sa propre chambre, découvre l’ampleur de l’épidémie de «rhinocérite» à laquelle, un moment, il aspire à succomber. Abandonné de tous, même de Daisy, pourtant éprise de lui, il vacille un instant puis, s’armant d’une carabine, décide de ne pas «capituler» (Acte III).











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samedi 28 avril 2018

Didier Barbelivien : Jean de France







Didier Barbelivien  rend hommage à Jean Ferrat 

Avec cette  belle chanson,

Au bon souvenir de l'immense  chanteur /poète,

 De son vrai nom Jean Tenenbaum, 

 Mort  le 13 mars 2010 à Aubenas 





J'aimais ton rire, j'aimais ta voix qui racontait nos différences
Moustache rapportée de Cuba, de Santiago, quelle importance ?
J'aimais tout ce qui était toi quand tu bousculais nos consciences
Jean Tanenbaum ou Jean Ferrat, tes mots déchiraient nos silences

Et je m'imaginais Créteil quand tu me fredonnais "Ma Môme"
Et ces deux enfants au soleil, Garcia Lorca en son royaume
Moi, j'écoutais "Nuit Et Brouillard", enfermé dans mon innocence
Je comprendrai beaucoup plus tard, nul ne guérit de son enfance

Jean de France, tu chantais pour les gens de France
De la Bretagne à la Provence avec la fierté, l'insolence
De dire ce qu'on ne disait pas, ah
Jean de France, humain jusqu'à la transparence
De ce regard qui fait confiance pour le secret des confidences
Quand tu croisais les yeux d'Elsa, ah

D'ailleurs, que serais-je sans toi ? Et voilà Aragon qui danse
Même Ferré n'en revient pas, de ces mélodies qui s'élancent
Ces Potemkine et Maria unis dans la même souffrance
Mourir au soleil, ça me va ! Mourir debout, quelle élégance !

Jean de France, tu chantais pour les gens de France
De la montagne aux plaines immenses, tu défendais tous ceux qui pensent
Que le malheur n'existe pas, ah

Tu mettais le vide hors-la-loi du simple fait de ta présence
Un jour futur, un jour viendra tou plutôt que l'indifférence
Et tes chansons de ce temps-là ont bercé mon adolescence
Un drapeau rouge au bout des bras, tous ces taureaux quand j'y repense











mercredi 25 avril 2018

Denis Diderot : "Autorité politique" L'Encyclopédie








Autorité Politique

   Aucun homme n'a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du Ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d'en jouir aussitôt qu'il jouit de la raison. Si la nature a établi quelque autorité, c'est la puissance paternelle : mais la puissance paternelle a ses bornes ; et dans l'état de nature, elle finirait aussitôt que les enfants seraient en état de se conduire. Toute autre autorité vient d'une autre origine que la nature. Qu'on examine bien et on la fera toujours remonter à l'une de ces deux sources : ou la force et la violence de celui qui s'en est emparé ; ou le consentement de ceux qui y sont soumis par un contrat fait ou supposé entre eux et celui à qui ils ont déféré l'autorité.
    La puissance qui s'acquiert par la violence n'est qu'une usurpation et ne dure qu'autant que la force de celui qui commande l'emporte sur celle de ceux qui obéissent ; en sorte que, si ces derniers deviennent à leur tour les plus forts, et qu'ils secouent le joug, ils le font avec autant de droit et de justice que l'autre qui le leur avait imposé. La même loi qui a fait l'autorité la défait alors : c'est la loi du plus fort.
    Quelque fois l'autorité qui s'établit par la violence change de nature ; c'est lorsqu'elle continue et se maintient du consentement exprès de ceux qu'on a soumis : mais elle rentre par là dans la seconde espèce dont je vais parler et celui qui se l'était arrogée devenant alors prince cesse d'être tyran.
    La puissance, qui vient du consentement des peuples, suppose nécessairement des conditions qui en rendent l'usage légitime, utile à la société, avantageux à la république, et qui la fixent et la restreignent entre des limites ; car l'homme ne doit ni ne peut se donner entièrement et sans réserve à un autre homme, parce qu'il a un maître supérieur au-dessus de tout, à qui seul il appartient tout entier. C'est Dieu, dont le pouvoir est, toujours immédiat sur la créature, maître aussi jaloux qu'absolu, qui ne perd jamais de ses droits et ne les communique point. Il permet pour le bien commun et pour le maintien de la société que les hommes établissent entre eux un ordre de subordination, qu'ils obéissent à l'un d'eux ; mais il veut que ce soit par raison et avec mesure, et non pas aveuglément et sans réserve, afin que la créature ne s'arroge pas les droits du Créateur. Tout autre soumission est le véritable crime de l'idolâtrie. Fléchir le genou devant un homme ou devant une image n'est qu'une cérémonie extérieure, dont le vrai Dieu qui demande le coeur et l'esprit ne se soucie guère et qu'il abandonne à l'institution des hommes pour en faire, comme il leur conviendra, des marques d'un culte civil et politique, ou d'un culte de religion. Ainsi ce ne sont point ces cérémonies en elles-mêmes, mais l'esprit de leur établissement, qui en rend la pratique innocente ou criminelle. Un Anglais n'a point de scrupule à servir le roi le genou en terre ; le cérémonial ne signifie que ce qu'on a voulu qu'il signifiât , mais livrer son coeur, son esprit et sa conduite sans aucune réserve à la volonté et au caprice d'une pure créature, en faire l'unique et le dernier motif de ses actions, c'est assurément un crime de lèse-majesté divine au premier chef. [...] 
Le prince tient de ses sujets mêmes l'autorité qu'il a sur eux ; et cette autorité est bornée par les lois de la nature et de l'état […]  Le prince ne peut donc pas disposer de son pouvoir et de ses sujets sans le consentement de la nation, et indépendamment du choix marqué dans le contrat de soumission […] Les conditions de ce pacte sont différentes dans les différents états. Mais partout, la nation est en droit de maintenir envers et contre tous le contrat qu'elle a fait ; aucune puissance ne peut le changer ; et quand il n'a plus lieu, elle rentre dans le droit et dans la pleine liberté d'en passer un nouveau avec qui, et comme il lui plait. C'est ce qui arriverait en France, si par le plus grand des malheurs la famille entière régnante venait à s'éteindre jusque dans ses moindres rejetons ; alors le sceptre et la couronne retourneraient à la nation

L'Encyclopédie - Denis Diderot











L'Encyclopédie