- Regrettera qui veut le bon vieux temps,
- Et l’âge d’or, et le règne d’Astrée,
- Et les beaux jours de Saturne et de Rhée,
- Et le jardin de nos premiers parents ;à
- Moi, je rends grâce à la nature sage
- Qui, pour mon bien, m’a fait naître en cet âge
- Tant décrié par nos tristes frondeurs :
- Ce temps profane est tout fait pour mes mœurs.
- J’aime le luxe, et même la mollesse,
- Tous les plaisirs, les arts de toute espèce,
- La propreté, le goût, les ornements :
- Tout honnête homme a de tels sentiments.
- Il est bien doux pour mon cœur très immonde
- De voir ici l’abondance à la ronde,
- Mère des arts et des heureux travaux,
- Nous apporter, de sa source féconde,
- Et des besoins et des plaisirs nouveaux.
- L’or de la terre et les trésors de l’onde,
- Leurs habitants et les peuples de l’air,
- Tout sert au luxe, aux plaisirs de ce monde.
- le bon temps que ce siècle de fer !
- Le superflu, chose très nécessaire,
- A réuni l’un et l’autre hémisphère.
- Voyez-vous pas ces agiles vaisseaux
- Qui, du Texel, de Londres, de Bordeaux,
- S’en vont chercher, par un heureux échange,
- De nouveaux biens, nés aux sources du Gange,
- Tandis qu’au loin, vainqueurs des musulmans,
- Nos vins de France enivrent les sultans ?
- Quand la nature était dans son enfance,
- Nos bons aïeux vivaient dans l’ignorance,
- Ne connaissant ni le tien ni le mien.
- Qu’auraient-ils pu connaître ? ils n’avaient rien,
- Ils étaient nus ; et c’est chose très claire
- Que qui n’a rien n’a nul partage à faire.
- Sobres étaient. Ah ! je le crois encor :
- Martialo n’est point du siècle d’or.
- D’un bon vin frais ou la mousse ou la sève
- Ne gratta point le triste gosier d’Ève ;
- La soie et l’or ne brillaient point chez eux,
- Admirez-vous pour cela nos aïeux ?
- Il leur manquait l’industrie et l’aisance :
- Est-ce vertu ? c’était pure ignorance.
- Quel idiot, s’il avait eu pour lors
- Quelque bon lit, aurait couché dehors ?
- Mon cher Adam, mon gourmand, mon bon père,
- Que faisais-tu dans les jardins d’Éden ?
- Travaillais-tu pour ce sot genre humain ?
- Caressais-tu madame Ève, ma mère ?
- Avouez-moi que vous aviez tous deux
- Les ongles longs, un peu noirs et crasseux,
- La chevelure un peu mal ordonnée,
- Le teint bruni, la peau bise et tannée.
- Sans propreté l’amour le plus heureux
- N’est plus amour, c’est un besoin honteux.
- Bientôt lassés de leur belle aventure,
- Dessous un chêne ils soupent galamment
- Avec de l’eau, du millet, et du gland ;
- Le repas fait, ils dorment sur la dure :
- Voilà l’état de la pure nature.
- Or maintenant voulez-vous, mes amis,
- Savoir un peu, dans nos jours tant maudits,
- Soit à Paris, soit dans Londres, ou dans Rome,
- Quel est le train des jours d’un honnête homme ?
- Entrez chez lui : la foule des beaux-arts,
- Enfants du goût, se montre à vos regards.
- De mille mains l’éclatante industrie
- De ces dehors orna la symétrie.
- L’heureux pinceau, le superbe dessin
- Du doux Corrège et du savant Poussin
- Sont encadrés dans l’or d’une bordure ;
- C’est Bouchardon qui fit cette figure,
- Et cet argent fut poli par Germain.
- Des Gobelins l’aiguille et la teinture
- Dans ces tapis surpassent la peinture.
- Tous ces objets sont vingt fois répétés
- Dans des trumeaux tout brillants de clartés.
- De ce salon je vois par la fenêtre,
- Dans des jardins, des myrtes en berceaux ;
- Je vois jaillir les bondissantes eaux.
- Mais du logis j’entends sortir le maître :
- Un char commode, avec grâces orné,
- Par deux chevaux rapidement traîné,
- Paraît aux yeux une maison roulante,
- Moitié dorée, et moitié transparente :
- Nonchalamment je l’y vois promené ;
- De deux ressorts la liante souplesse
- Sur le pavé le porte avec mollesse.
- Il court au bain : les parfums les plus doux
- Rendent sa peau plus fraîche et plus polie.
- Le plaisir presse ; il vole au rendez-vous
- Chez Camargo, chez Gaussin, chez Julie ;
- Il est comblé d’amour et de faveurs.
- Il faut se rendre à ce palais magique
- Où les beaux vers, la danse, la musique,
- L’art de tromper les yeux par les couleurs,
- L’art plus heureux de séduire les cœurs,
- De cent plaisirs font un plaisir unique.
- Il va siffler quelque opéra nouveau,
- Ou, malgré lui, court admirer Rameau.
- Allons souper. Que ces brillants services,
- Que ces ragoûts ont pour moi de délices !
- Qu’un cuisinier est un mortel divin !
- Chloris, Églé, me versent de leur main
- D’un vin d’Aï dont la mousse pressée,
- De la bouteille avec force élancée,
- Comme un éclair fait voler le bouchon ;
- Il part, on rit ; il frappe le plafond.
- De ce vin frais l’écume pétillante
- De nos Français est l’image brillante.
- Le lendemain donne d’autres désirs,
- D’autres soupers, et de nouveaux plaisirs.
- Or maintenant, monsieur du Télémaque,
- Vantez-nous bien votre petite Ithaque,
- Votre Salente, et vos murs malheureux,
- Où vos Crétois, tristement vertueux,
- Pauvres d’effet, et riches d’abstinence,
- Manquent de tout pour avoir l’abondance :
- J’admire fort votre style flatteur,
- Et votre prose, encor qu’un peu traînante ;
- Mais, mon ami, je consens de grand cœur
- D’être fessé dans vos murs de Salente,
- Si je vais là pour chercher mon bonheur.
- Et vous, jardin de ce premier bonhomme,
- Jardin fameux par le diable et la pomme,
- C’est bien en vain que, par l’orgueil séduits,
- Huet, Calmet, dans leur savante audace,
- Du paradis ont recherché la place :
- Le paradis terrestre est où je suis
mardi 10 avril 2018
Voltaire "Le paradis terrestre est où je suis" Le mondain (1736)
dimanche 8 avril 2018
Joachim Du Bellay : "Maintenant je pardonne à la douce fureur "
Wai O Tapu
La poésie comme "scorpion utile"
LICEO CLASSICO
“E. CAIROLI” VARESE
SEZIONE ESABAC
BAC BLANC
Prova di:
LINGUA E LETTERATURA FRANCESE
Commentaire
dirigé
Maintenant je pardonne à la douce fureur (1)
Qui m'a fait consumer le meilleur de mon âge,
Sans tirer autre fruit de mon ingrat ouvrage
Que le vain passe-temps d'une si longue erreur.
Maintenant je pardonne à ce plaisant labeur, 5
Puisque seul il endort le souci qui m'outrage (2),
Et puisque seul il fait qu'au milieu de l'orage,
Ainsi qu'auparavant, je ne tremble de peur.
Si les vers ont été l'abus (3) de ma jeunesse,
Les vers seront aussi l'appui (4) de ma vieillesse, 10
S'ils furent ma folie, ils seront ma raison,
S'ils furent ma blessure, ils seront mon Achille,
S'ils furent mon venin, le scorpion utile
Qui sera de mon mal la seule guérison.
1)passion violente 2)me fait souffrir 3)excès, démesure,
débordement
4)soutien, secours, support
4)soutien, secours, support
Sonnet
XIII, du Bellay, Les Regrets
Commentaires
COMPREHENSION
1)Montrez
comment ce sonnet est d’une construction parfaitement conforme aux règles du
genre.
2)Se
sonnet présente des rimes dans les
quatrains qui s’opposent (dysphoriques) à celles des tercets. Précisez en les
citant pourquoi.
INTERPRETATION
1)Quel
reproche du Bellay faisait-il naguère à son art ? Qu’attend-il
désormais de lui ?
2)Relisez
les tercets, quelles images et quelles
figures de style traduisent le plus clairement ce revirement (renversement du
procès en promesse) ?
REFLEXION
PERSONNELLE
En vous appuyant aussi sur vos lectures, précisez comment la poésie peut devenir un scorpion utile (15
lignes – 150 mots).
jeudi 5 avril 2018
De Picasso à Le Corbusier : Les avant-gardes au XXe siècle
CURIOSITÉ:Lorsqu’en
1940 les Allemands occupèrent la France, l’atelier de Picasso à Paris fut
perquisitionné. En trouvant quelques reproductions de Guernica, un officier
demanda au peintre : « C’est vous qui l’avez fait? » et Picasso du tac au tac :« Non, c’est vous ! ».

Voltaire: Candide ou l'optimisme (1759) "Il faut cultiver notre jardin"
L'histoire
Les personnages
Candide, en retournant
dans sa métairie, fit de profondes réflexions sur le discours du Turc. Il dit à
Pangloss et à Martin : « Ce bon vieillard me paraît s’être fait un sort bien
préférable à celui des six rois avec qui nous avons eu l’honneur de souper. -
Les grandeurs, dit Pangloss, sont fort dangereuses, selon le rapport de tous
les philosophes : car enfin Églon, roi des Moabites, fut assassiné par Aod ;
Absalon fut pendu par les cheveux et percé de trois dards ; le roi Nadab, fils
de Jéroboam, fut tué par Baaza ; le roi Éla, par Zambri ; Ochosias, par Jéhu ;
Athalia, par Joïada ; les rois Joachim, Jéchonias, Sédécias, furent esclaves.
Vous savez comment périrent Crésus, Astyage, Darius, Denys de Syracuse,
Pyrrhus, Persée, Annibal, Jugurtha, Arioviste, César, Pompée, Néron, Othon,
Vitellius, Domitien, Richard II d’Angleterre, Édouard II, Henri VI, Richard
III, Marie Stuart, Charles Ier, les trois Henri de France, l’empereur Henri IV
? Vous savez... - Je sais aussi, dit Candide, qu’il faut cultiver notre jardin.
- Vous avez raison, dit Pangloss : car, quand l’homme fut mis dans le jardin
d’Éden, il y fut mis ut operaretur eum,
pour qu’il travaillât, ce qui prouve que l’homme n’est pas né pour le repos. -
Travaillons sans raisonner, dit Martin ; c’est le seul moyen de rendre la vie
supportable. »
Toute la petite société
entra dans ce louable dessein ; chacun se mit à exercer ses talents. La petite
terre rapporta beaucoup. Cunégonde était à la vérité bien laide ; mais elle
devint une excellente pâtissière ; Paquette broda ; la vieille eut soin du
linge. Il n’y eut pas jusqu’à frère Giroflée qui ne rendît service ; il fut un
très bon menuisier, et même devint honnête homme ; et Pangloss disait
quelquefois à Candide : « Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur
des mondes possibles ; car enfin, si vous n’aviez pas été chassé d’un beau
château à grands coups de pied dans le derrière pour l’amour de Mlle Cunégonde,
si vous n’aviez pas été mis à l’Inquisition, si vous n’aviez pas couru
l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup d’épée au baron, si
vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado, vous ne
mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches. - Cela est bien dit,
répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin. »
mercredi 4 avril 2018
BEAUBOURG : CENTRE POMPIDOU

André Derain 1904-1914. La décennie radicale
Du 4 octobre 2017 au 29 janvier 2018
Du 4 octobre 2017 au 29 janvier 2018
Souvent moteur, théoricien
et intellectuel dans l’éclosion du fauvisme, du cubisme et d’un retour précoce
au réalisme, l’œuvre d’avant-guerre d’André Derain fascine par sa très grande
inventivité, sa richesse, sa radicalité et son audace.

mardi 3 avril 2018
Focales - Festival du court métrage de Clermont Ferrand
Voici un site incontournable pour mes élèves
prêts à partir (13 - 18 mai) pour le
Festival de Cannes 8 - 19 mai 2018
Il y a plein de critiques, d'affiches, d'analyses
pour mener à bien leur travail
Festival du court métrage de
Clermont-Ferrand


Pôle régional de l'éducation à l'image
lundi 2 avril 2018
Ines Serpe : Essai bref " Solitude: l'enfer tout entier est dans ce mot?"
Solitude: l'enfer tout entier est dans ce mot?
“I'm so lonely, but
that's okay” chante Kurt Cobain dans la deuxième strophe de “Lithium”. La solitude, donc, n'est pas une
condition infernale pour lui, au contraire il la supporte sans difficultés.
Mais est-ce que la solitude est vraiment “okay”? Et surtout, est-elle “okay”
pour tous?
Selon l'homme inconnu, enterré au
Père Lachaise, la solitude est absolument positive. On pourrait aussi la
considérer comme une exigence de cet homme, qui peut l'apercevoir seulement
après la mort. C'est sa tombe qui le temoigne, avec l'épitaphe “Enfin seul!”.
Ces deux mots sont les mêmes
utilisés par Baudelaire comme ouverture pour “À une heure du matin”. L'écrivain
parisien, à différence de l'inconnu du Père Lachaise, arrive à trouver la
solitude avant la mort: la nuit lui offre “quelques heures” de silence et de
repos, dans lesquelles il peut “produire quelques beaux vers”.
La solitude est douce aussi pour
Georges Moustaki. Toutefois, elle est pour ce chanteur “fidèle comme une ombre”
qui l'accompagne partout, fidèle comme une amante. Elle sera donc sa “dernière
compagne”.
Au contraire, le seul être qui
manque à Lamartine et qui rend tout “dépeuplé” est exactement sa compagne,
Elvire. La solitude lui est insupportable parce qu'elle revouvelle sans cesse
la douleur de ce manque, mais elle est en même temps inévitable, parce
qu'Elvire ne reviendra jamais.
Quasimodo, comme Lamartine,
trouve cette condition atroce, mais sa solitude dépend seulement du fait qu'il
est un homme: “ognuno sta solo sul cuor della terra”. Cette souffrance
existentielle est exprimée avec le mot “trafitto”, qui communique toute la
douleur des hommes, qui sont, malgré tout, seuls.
Pour conclure, la solitude, que
quelques uns recherchent, dont d'autres fuient, peut être considérée positive
ou négative selon les idées et les expériences personnelles de chacun. Elle
peut être un supplice, comme pour Lamartine, ou une condition paradisiaque,
comme pour Baudelaire, mais elle est inséparable de la vie de tout homme.
Peut-être faudrait-it accepter cette condition pour vivre plus heureusement, ou
avec moins de souffrances. “I'm so lonely, but that's okay”: la solitude est une
condition humaine.
Ines Serpe
LICEO CLASSICO “E. CAIROLI”
VARESE
SEZIONE ESABAC
BAC BLANC
Prova di LINGUA E LETTERATURA FRANCESE
Saggio breve
Dopo avere analizzato l’insieme dei documenti, formulate un saggio breve in
riferimento al tema posto.
(circa 600 parole).
« Solitude :
L’enfer tout entier est dans ce mot ? »
Documento 1
À UNE HEURE DU
MATIN
Enfin ! seul
! On n'entend plus que le roulement de quelques fiacres attardés et éreintés.
Pendant quelques heures, nous posséderons le silence, sinon le repos. Enfin! la
tyrannie de la face humaine a disparu, et je ne souffrirai plus que par
moi-même. Enfin ! il m'est donc permis de me délasser dans un bain de ténèbres!
D'abord, un double tour à la serrure. Il me semble que ce tour de clef
augmentera ma solitude et fortifiera les barricades qui me séparent
actuellement du monde. Horrible vie ! Horrible ville ! Récapitulons la journée
: avoir vu plusieurs hommes de lettres, dont l'un m'a demandé si l'on pouvait
aller en Russie par voie de terre (il prenait sans doute la Russie pour une
île) ; avoir disputé généreusement contre le directeur d'une revue, qui à
chaque objection répondait : «C'est ici le parti des honnêtes gens», ce qui
implique que tous les autres joumaux sont rédigés par des coquins ; avoir salué
une vingtaine de personnes, dont quinze me sont inconnues ; avoir distribué des
poignées de main dans la même proportion, et cela sans avoir pris la précaution
d'acheter des gants ; être monté pour tuer le temps, pendant une averse, chez
une sauteuse qui m'a prié de lui dessiner un costume de Vénustre ; avoir fait
ma cour à un directeur de théâtre, qui m'a dit en me congédiant : « - Vous feriez
peut-être bien de vous adresser à Z... ; c'est le plus lourd, le plus sot et le
plus célèbre de tous mes auteurs, avec lui vous pourriez peut-être aboutir à
quelque chose. Voyez-le, et puis nous verrons » ; m'être vanté (pourquoi ?) de
plusieurs vilaines actions que je n'à jamais commises, et avoir lâchement nié
quelques autres méfaits que j'ai accomplis avec joie, délit de fanfaronnade,
crime de respect humain ; avoir refusé à un ami un service facile, et donné une
recommandation écrite à un parfait drôle ; ouf ! est-ce bien fini ?
Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me
racheter et m'enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit.
Ames de ceux que j'ai aimés, âmes de ceux que j'ai chantés, fortifiez-moi,
soutenez-moi, éloignez de moi le mensonge et les vapeurs corruptrices du monde,
et vous, Seigneur mon Dieu ! accordez-moi la grâce de produire quelques beaux
vers qui me prouvent à moi-même que je ne suis pas le dernier des hommes, que
je ne suis pas inférieur à ceux que je méprise !
Charles
Baudelaire Le Spleen de Paris (1869)
Documento 2
L’isolement
Souvent
sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m’assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.
Ici,
gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s’enfonce en un lointain obscur ;
Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l’étoile du soir se lève dans l’azur.
Au
sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon,
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l’horizon.
Cependant,
s’élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs,
Le voyageur s’arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.
Mais à
ces doux tableaux mon âme indifférente
N’éprouve devant eux ni charme ni transports,
Je contemple la terre ainsi qu’une ombre errante :
Le soleil des vivants n’échauffe plus les morts.
De
colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l’aquilon, de l’aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l’immense étendue,
Et je dis : « Nulle part le bonheur ne m’attend. »
Que me
font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.
Que le
tour du soleil ou commence ou s’achève,
D’un oeil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu’il se couche ou se lève,
Qu’importe le soleil ? je n’attends rien des jours.
Quand
je pourrais le suivre en sa vaste carrière,
Mes yeux verraient partout le vide et les déserts ;
Je ne désire rien de tout ce qu’il éclaire,
Je ne demande rien à l’immense univers.
Mais
peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d’autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j’ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !
Là, je
m’enivrerais à la source où j’aspire ;
Là, je retrouverais et l’espoir et l’amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n’a pas de nom au terrestre séjour !
Que ne
puis-je, porté sur le char de l’Aurore,
Vague objet de mes vœux, m’élancer jusqu’à toi !
Sur la terre d’exil pourquoi restè-je encore ?
Il n’est rien de commun entre la terre et moi.
Quand
la feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s’élève et l’arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !
Alphonse de Lamartine, Méditations poétiques (1820)
Documento 3
Georges
Moustaki — Ma Solitude
Pour avoir si souvent dormi avec ma
solitude,
Je m'en suis fait presque une amie, une douce habitude
Elle ne me quitte pas d'un pas, fidèle comme une ombre
Elle m'a suivi ca et la , aux quatre coins du monde
Non, je ne suis jamais seul avec ma solitude
Quand elle est au creux de mon lit, elle prend toute la place,
Et nous passons de longues nuits, tous les deux face a face
Je ne sais vraiment pas jusqu' oui ra cette complice,
Faudra-t-il que j' y prenne gout ou que je réagisse?
Non, je ne suis jamais seul avec ma solitude
Par elle, j'ai autant appris que j'ai verse de larmes
Si parfois je la répudie, jamais elle ne désarme
Et, si je préfère l'amour d'une autre courtisane,
Elle sera a mon dernier jour, ma dernière compagne
Non, je ne suis jamais seul avec ma solitude
Non, je ne suis jamais seul avec ma solitude
Documento 4
Ed è subito sera
Ognuno sta solo sul cuor della
terra
Trafitto da un raggio di sole:
ed è subito sera
Salvatore Quasimodo Acque e
Terra (1930)
cz
Cimetière Le père Lachaise ,
Paris
dimanche 1 avril 2018
Paul Valéry, La Crise de l’esprit (1919)
LICEO CLASSICO “E. CAIROLI”
VARESE
SEZIONE ESABAC
BAC BLANC
Prova di LINGUA E LETTERATURA FRANCESE
analisi di un testo
Dopo avere letto il testo
rispondete alle domande e elaborate una riflessione personale sul tema
proposto.
Ce texte est l’ouverture de la première des deux « lettres » que
Paul Valéry publie, d’abord en anglais, dans une revue de Londres, puis en
français dans La Nouvelle Revue française du 1er août 1919. La
Première Guerre mondiale à peine
achevée, l’écrivain s’interroge sur la fragilité des civilisations et de la
culture, lançant un thème de réflexion majeur de la littérature de
l’entre-deux-guerres.
Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes
mortelles.
Nous avions entendu parler de mondes disparus tout entiers, d'empires
coulés à pic avec tous leurs hommes et tous leurs engins; descendus au fond
inexplorable des siècles avec leurs dieux et leurs lois, leurs académies et
leurs sciences pures et appliquées, avec leurs grammaires, leurs dictionnaires,
leurs classiques, leurs romantiques et leurs symbolistes, leurs critiques et
les critiques de leurs critiques. Nous savions bien que toute la terre
apparente est faite de cendres, que la cendre signifie quelque chose. Nous
apercevions à travers l'épaisseur de l'histoire, les fantômes d'immenses
navires qui furent chargés de richesse et d'esprit. Nous ne pouvions pas les
compter. Mais ces naufrages, après tout, n'étaient pas notre affaire.
Élam, Ninive, Babylone (1) étaient de beaux noms
vagues, et la ruine totale de ces mondes avait aussi peu de signification pour
nous que leur existence même. Mais France, Angleterre, Russie... ce seraient aussi de beaux
noms. Lusitania (2)
aussi est un beau nom. Et nous voyons maintenant que l'abîme de l'histoire est
assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu'une civilisation a la même
fragilité qu'une vie. Les circonstances qui enverraient les ouvres de Keats et
celles de Baudelaire rejoindre les œuvres de Ménandre ne sont plus du tout
inconcevables : elles sont dans les journaux.
Ce n'est pas tout. La brûlante leçon est plus complète encore. Il n'a
pas suffi à notre génération d'apprendre par sa propre expérience comment les
plus belles choses et les plus antiques, et les plus formidables et les mieux
ordonnées sont périssables par accident; elle a vu, dans l'ordre de la pensée,
du sens commun, et du sentiment, se produire des phénomènes extraordinaires,
des réalisations brusques de paradoxes, des déceptions brutales de l'évidence.
Je n'en citerai qu'un exemple : les grandes vertus des peuples
allemands ont engendré plus de maux que l'oisiveté jamais n'a créé de vices.
Nous avons vu, de nos yeux vu, le travail consciencieux, l'instruction la plus
solide, la discipline et l'application les plus sérieuses, adaptés à
d'épouvantable s desseins.
Tant d'horreurs n'auraient pas été possibles sans tant de vertus. Il a
fallu, sans doute, beaucoup de science pour tuer tant d'hommes, dissiper tant
de biens, anéantir tant de villes en si peu de temps; mais il a fallu non moins
de qualités morales. Savoir et Devoir, vous êtes donc suspects?
1) Élam est un ancien pays
recouvrant une partie de l’Iran actuel, où s’épanouit une civilisation glorieuse
entre le IVe et le IIe millénaire av. J-C. ; Ninive capitale de l’ancien
empire d’Assyrie, connut son apogée au VIIe siècle av. J-C., puis fut détruite
en 612 av. J-C. Babylone est une ancienne ville de Mésopotamie, dont la gloire
est liée au règne de Nabuchodonosor II (VIe siècle av. J-C.), mais qui fut peu
à peu désertée et abandonnée vers 300 av. J-C.
2) Paquebot américain coulé par
les Allemands en 1915.
COMPREHENSION
1)Quels
éléments du texte font référence à la Première Guerre Mondiale ?
2)Relevez
dans les 2e et 3e paragraphes les expressions qui décrivent la fin des
civilisation : quelles métaphores l’auteur utilise-t-il ? Quelles
hyperboles donnent un ton apocalyptique au texte ?
INTERPRETATION
1)Quel
valeur le pronom personnel « nous » a-t-il dans le premier phrase et
dans le troisième paragraphe ? Quel effet provoque un tel glissement,
souligné par le « Je » du début du cinquième paragraphe ?
2)
Comment l’auteur souligne-t-il l’actualité de la question de la fin des
civilisations ?
REFLEXION PERSONNELLE
En
quoi « Savoir et Devoir » peuvent-ils être suspects de la
mort des civilisations ?
Développez
ce thème en vous appuyant aussi sur d’autres œuvres que vous avez lues (300 mots environ).
"Notre civilisation est-elle mortelle?
Florence Savetti blog.ac-versailles

villavoice
L’EUROPE DOIT-ELLE FERMER CES FRONTIERES ?
Florence Savetti blog.ac-versailles

villavoice
L’EUROPE DOIT-ELLE FERMER CES FRONTIERES ?
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