mardi 3 mars 2015
Beatrice Rizzi, II D ESABAC :Essai Bref: “Cigales et foumis de toutes les époques: de cigale à fourmi ou de fourmi à cigale”
Essai Bref: “Cigales et foumis de toutes les
époques:
de cigale à fourmi ou de fourmi à cigale”
« Sapientia :
un peu de sagesse et le plus de saveur possible », Charles de Montesquieu.
Est-ce qu’on peut
dire que la fourmi est plus sage que la cigale ou le contraire ? Est-ce
qu’on devrait être plus comme la cigale ou plus comme la fourmi ?
Pour Esope et
pour J. De La Fontaine, la sagesse serait travailler tout le temps en prévision
de changements futurs, comme la fourmi qui l’exprime avec une morale dans le 1er
récit : « Quiconque en période d’abondance ne pourvoit pas au
lendemain connaît un dénuement extrême » et avec une provocation dans le 2ème
« Vous chantiez ? Dansez maintenant ».
Cependant,
l’extrait 3 présente une opposition : la cigale provoque la fourmi en
disant « Vous stockiez ? Soldiez maintentant ». Pour Segan la
sagesse est la capacité de faire alterner les moments de joie et de travail.
Mais est-ce qu’on
peut dire que la sagesse est accuser les autres et ne pas les aider ?
On peut trouver une
réponse dans les vers de Rodari : « Io sto dalla parte della
cicala, che il più bel canto non vende, regala ».
La vraie sagesse
est savoir donner en cadeau les résultats de son propre travail : le chant
de la cigale paraît inutile, mais en réalité il soulage la souffrance de la
fourmi. Faire un cadeau à quelqu’un qui nous accuse est le travail le plus
difficile. On peut donc dire que la sagesse est peut-être savoir donner de
l’amour sans prétendre une rétribution.
Le document le
plus significatif pour cet essai « de cigale à fourmi ou de fourmi à
cigale » pourrait bien être le tableau de Rogniat. La fourmi semble aller
chercher la cigale avant son arrivée, pendant qu’elle est en train de chercher
de l’aide. L’une a besoin de l’autre : la fourmi a besoin de l’amour de la
cigale, la cigale du travail de la fourmi.
Il ne faudrait
pas, peut-être, changer « de cigale à fourmi ou de fourmi à cigale », mais il
faudrait posséder dans sa propre âme un peu de cigale et un peu de fourmi.
Voilà la
Sapientia : un peu de sagesse (le dur travail de la fourmi) et le plus de
saveur possible (l’amour et le chant de la cigale).
BAC BLANC : Analyse : "Le chêne et le roseau" - Essai bref: "Cigales et fourmis de toutes les époques : De cigale à fourmi ou de fourmi à cigale."
BAC
BLANC
Prova di: LINGUA E LETTERATURA FRANCESE
Svolga il candidato una delle
seguenti prove a scelta tra:
a)
analisi di un testo
b)
saggio breve
a)
analisi di un testo
Dopo avere letto il testo rispondete alle
domande e elaborate una riflessione personale sul tema proposto.
Le chêne et le roseau
Le Chêne un jour dit au roseau :
Vous avez bien sujet (1)d'accuser la Nature ;
Un Roitelet (2) pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent qui d'aventure (3)
Fait rider la face de l'eau, 5
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d'arrêter les rayons du soleil,
Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est aquilon (4) ; tout me semble zéphir . 10
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n'auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l'orage ;
Mais vous naissez le plus souvent 15
Sur les humides bords des Royaumes du vent. (5)
La Nature envers vous me semble bien injuste.
Votre compassion, lui répondit l'Arbuste, (6)
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables. 20
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,
Du bout de l'horizon accourt avec furie 25
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs.
L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine 30
Vous avez bien sujet (1)d'accuser la Nature ;
Un Roitelet (2) pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent qui d'aventure (3)
Fait rider la face de l'eau, 5
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d'arrêter les rayons du soleil,
Brave l'effort de la tempête.
Tout vous est aquilon (4) ; tout me semble zéphir . 10
Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n'auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l'orage ;
Mais vous naissez le plus souvent 15
Sur les humides bords des Royaumes du vent. (5)
La Nature envers vous me semble bien injuste.
Votre compassion, lui répondit l'Arbuste, (6)
Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables. 20
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots,
Du bout de l'horizon accourt avec furie 25
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs.
L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu'il déracine 30
Celui de qui la tête au ciel était voisine,(7)
Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.(8)
Et dont les pieds touchaient à l'empire des morts.(8)
La Fontaine Fables (Fable 22 du livre 1)
COMPREHENSION
- Séparez le texte en trois parties en
notant les numéros de vers et indiquez ce qui différencie chacune d’elles.
- Identifiez les différents éléments qui composent la réplique du
Roseau : est-il frustré, content, intimidé, arrogant… ?
INTERPRETATION
- Le Chêne et le Roseau ne voient pas la
nature d’un même œil. Expliquez.
- Que symbolisent le Chêne et le Roseau
dans cette fable ? Essayez de trouver une explication psychologique
et une explication sociale.
REFLEXION PERSONNELLE
« La raison du plus fort n'est pas
toujours la meilleure »
Développez ce thème en vous appuyant aussi sur
d’autres œuvres que vous avez lues
(150 mots environ).
b)
saggio breve
Dopo avere analizzato l’insieme dei documenti,
formulate un saggio breve in riferimento al tema posto (circa 400 parole).
Cigales et
fourmis de toutes les époques :
De cigale à fourmi ou de fourmi à cigale.
Extrait 1 : La fourmi et le hanneton (ESOPE)
Par un jour d'été, une
fourmi errant dans la campagne glanait (1) du blé et de l'orge qu'elle mettait
de côté pour s'en nourrir à la mauvaise saison. La voyant faire, un hanneton
s'étonna de la trouver si dure à la tâche, elle qui travaillait à l'époque même
où les autres animaux oublient leurs labeurs pour jouir de la vie. Sur le
moment, la fourmi ne dit rien. Mais plus tard, l'hiver venu, quand la pluie eut
détrempé les bouses (2), le hanneton affamé vint la trouver pour lui quémander
(3) quelques vivres : " O hanneton ! ", lui répondit alors
la fourmi, " si tu avais travaillé au temps où je trimais (4) et où
tu me le reprochais, tu ne manquerais pas de provisions aujourd'hui. De même,
quiconque en période d'abondance ne pourvoit (5) pas au lendemain
connaît un dénuement (6) extrême lorsque les temps viennent à changer.
1 -
Glaner : ramasser dans les champs les produits du sol abandonnés par le
propriétaire. 2- Excrément
des bovins. 3 - Quémander : demander humblement et avec
insistance. 4 – peiner, travailler , fatiguer 5- ourvoir : faire des
provisions. 6 - Dénuement : manque du nécessaire.
Extrait 2 : La cigale et la fourmi , (Jean de La Fontaine)
La cigale , ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau 5
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.
Pas un seul petit morceau 5
De mouche ou de vermisseau
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister 10
Jusqu'à la saison nouvelle
«Je vous paierai, lui dit-elle,
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister 10
Jusqu'à la saison nouvelle
«Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l’août, foi d'animal,
Intérêt et principal.»
La fourmi n'est pas prêteuse ; 15
C'est là son moindre défaut.
«Que faisiez-vous au temps chaud ? »
Dit-elle à cette emprunteuse.
« Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise. » 20
« - Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien : dansez maintenant.»
Intérêt et principal.»
La fourmi n'est pas prêteuse ; 15
C'est là son moindre défaut.
«Que faisiez-vous au temps chaud ? »
Dit-elle à cette emprunteuse.
« Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise. » 20
« - Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien : dansez maintenant.»
Extrait 3 : La fourmi et la cigale (Françoise Sagan)
La Fourmi,
ayant stocké
Tout l'hiver
Se trouva fort
encombrée
Quand le soleil
fut venu :
Qui lui
prendrait ces morceaux
5
De mouches ou
de vermisseaux ?
Elle tenta de
démarcher
Chez la Cigale
sa voisine,
La poussant à
s'acheter
Quelque grain
pour subsister
10
Jusqu'à la
saison prochaine.
" Vous
me paierez, lui dit-elle,
Après l'août,
foi d'animal,
Intérêt et
principal. "
La Cigale n'est
pas gourmande :
15
C'est là son
moindre défaut.
" Que
faisiez-vous au temps froid ?
Dit-elle à
cette amasseuse.
- Nuit et jour
à tout venant
Je stockais, ne
vous déplaise.
20
- Vous stockiez
? j'en suis fort aise ;
Eh bien ! soldez maintenant. "
Extrait 4 : Alla Formica (Gianni Rodari)
Chiedo scusa alla favola antica
se non mi piace l'avara formica.
Io sto dalla parte della cicala
che il più bel canto non vende, regala.
lundi 2 mars 2015
dimanche 1 mars 2015
ALICE PRESTINT I D ESABAC : commentaire "Chanson de trouvère"
CHANSON DE TROUVÈRE
Le
poème en question est une chanson, forme de composition très utilisée dans le
Moyen Âge français, surtout dans les XII et XIII siècles. Cette chanson a été
composée par un trouvère, terme qui provient du verbe "trouver", qui
dans le contexte du Moyen Âge désignait une recherche poétique et qui, par
conséquent, signifiait "composer un poème". Les trouvères chantaient
leurs chansons, composées en langue D'OIL, dans le Nord de la France, alors que
dans le Sud, en particulier au sud de la Loire, il y avait les troubadours, qui
composaient leurs œuvres en langue D'OC.
Les
chansons s'adressaient souvent à une dame, celle aimée par l'auteur et, à côté
du sujet amoureux, il y avait un trait religieux: la "tornada", une
invocation à Jésus ou à Dieu, qui occupait presque toujours une demie-strophe
finale.
Au
niveau de la structure, assez flexible, les chansons étaient souvent composées
de sept ou huit strophes de cinq ou six vers chacune.
On
peut enfin remarquer la forte présence de l'auteur, surtout dans la première
strophe, où il se présente et explique le sujet de sa composition.
On
peut bien retrouver dans ce poème presque tous ces éléments caractérisants les
chansons du Moyen Âge.
D'abord,
dans les premiers deux vers, il y a le verbe "chanter" et le mot
"chant", donc c'est l'auteur même qui nous présente son poème comme
une chanson.
Il
y a beaucoup de mots qui appartiennent tous à un même champ sémantique: celui
du printemps. En effet, dans ce poème, il y a une sorte d'allégorie entre la
dame aimée et le printemps, la saison de l'amour, riche de fleurs, d'arbres,
d'animaux et de parfums. La dame, comme le printemps qui, après l'hiver,
apporte une nouvelle beauté, apporte l'amour et aussi de la fraîcheur juvénile,
en excitant ainsi les esprits des chevaliers, qui, tout de suite, tombent
amoureux. Cette forme de chanson, qui parle du printemps et d'amour, est
appelée "reverdie".
La
présence de l'auteur est ici remarquable surtout dans la première strophe. En
effet, le trouvère se présente à nous comme l'auteur de ce poème plutôt
orgueilleusement, en soulignant la classe sociale à laquelle il appartient
("Vilain ne le fit mie/mais le fit un chevalier"). Mais l'auteur
n'est pas le seul à faire partie de l'aristocratie. En effet, les personnages
qui sont mis en scène dans cette chanson appartiennent tous à une sorte
d'élite. La dame à laquelle s'adresse le poème est noble ("De France suis
la louée,/du plus haut parage").
À
la fin du poème, comme d'habitude, il y a l'invocation à Dieu ("Plût à
Dieu notre père/que vous me fussiez donnée/a femme épousée!").
Mais
ce qui l'auteur nous a voulu réellement dire est assez subtil et est caché
parmi les vers. En effet, on peut remarquer que l'auteur de cette chanson a un
peu de mépris envers ceux qui ne font pas partie de sa classe sociale: les
vilains. En effet, il y a une sorte d'identification de la noblesse avec la
beauté du corps et du cœur (les chevaliers sont caractérisés comme des gens
très bien habillées et belles, mais aussi capables d'éprouver des sentiments
aussi nobles qu'eux). Au contraire, les paysans sont pauvres de conditions,
mais aussi de sentiments (le mot "vilain", utilisé par l'auteur, peut
signifier "paysan", mais aussi "méprisable").
Donc,
pour conclure, seulement les nobles sont capables d'aimer et d'éprouver de
vrais sentiments.
ALICE PRESTINT I D ESABAC
samedi 28 février 2015
Alexandre Poulin : "Souffler sur les braises"
Aujourd'hui je souhaite dédier une chanson
à mes élèves
à mes élèves
aux âme sensibles ...
à ceux qui croient être les seuls à fatiguer ...
à ceux qui tombent malades
à la première vérification orale ou écrite ...
rappelez-vous que
"les jours que"
vous gaspillez
"ne reviendront pas"
soyez heureux, prenez
"la vie en direct ... et
soufflez sur les braises !"
Entre les têtes en gigue
et les coeurs à la Java
les jours que je gaspille
ils ne reviendront pas
entre le bonheur des autres
et pis les nuages dans ma cour
j'veux pas savoir à qui la faute
j'veux juste que ce soit mon tour
je veux de la vie en direct
pas juste derrière mes paupières
j'veux de la lumière de comète
pour me réchauffer l'hiver
je veux rire à en pleurer
et puis pleurer de rire
me croire arrivé
pour encore repartir
je veux des yeux étincelles
de la musique sur la langue
je veux décorer le réel
pour qu'enfin il me ressemble
Puisque la vie nous tue
chaque jour à petites doses
non c'est clair, je ne veux plus
d'un présent monochrome
Refrain
alors je souffle sur les braises
pour que le noir se consume
que la lumière me bouscule
et qu'elle éclaire tous ceux qui s'allument
j'embrasse l'ivresse
sans gêne sur la bouche
et puis je mords le temps qui reste
puisqu'il est à mes trousses
non je n'ai plus peur
des histoires qu'on raconte
s'il existe, le vrai malheur
qu'il vienne, nous ferons nos comptes
je veux de la peine en dormance
et des souvenirs en continu
je veux marcher comme d'autres dansent
me retrouver à corps perdu
la pénombre dans ma tête
ne demande qu'à éclater
je lui promet des jours de fête
et du bonheur à emporter
refrain
j'ai la tête en gigue
et le coeur à la java
mes sourires se distillent
sur les visages devant moi
entre maintenant et demain
ya tant d'éternité
Je tiens le bonheur par la main
et je ne vais plus l'échapper
demain a mon réveil
je serai rendu vieux
en attendant le jour se lève
et brille à m'allumer les yeux
et les coeurs à la Java
les jours que je gaspille
ils ne reviendront pas
entre le bonheur des autres
et pis les nuages dans ma cour
j'veux pas savoir à qui la faute
j'veux juste que ce soit mon tour
je veux de la vie en direct
pas juste derrière mes paupières
j'veux de la lumière de comète
pour me réchauffer l'hiver
je veux rire à en pleurer
et puis pleurer de rire
me croire arrivé
pour encore repartir
je veux des yeux étincelles
de la musique sur la langue
je veux décorer le réel
pour qu'enfin il me ressemble
Puisque la vie nous tue
chaque jour à petites doses
non c'est clair, je ne veux plus
d'un présent monochrome
Refrain
alors je souffle sur les braises
pour que le noir se consume
que la lumière me bouscule
et qu'elle éclaire tous ceux qui s'allument
j'embrasse l'ivresse
sans gêne sur la bouche
et puis je mords le temps qui reste
puisqu'il est à mes trousses
non je n'ai plus peur
des histoires qu'on raconte
s'il existe, le vrai malheur
qu'il vienne, nous ferons nos comptes
je veux de la peine en dormance
et des souvenirs en continu
je veux marcher comme d'autres dansent
me retrouver à corps perdu
la pénombre dans ma tête
ne demande qu'à éclater
je lui promet des jours de fête
et du bonheur à emporter
refrain
j'ai la tête en gigue
et le coeur à la java
mes sourires se distillent
sur les visages devant moi
entre maintenant et demain
ya tant d'éternité
Je tiens le bonheur par la main
et je ne vais plus l'échapper
demain a mon réveil
je serai rendu vieux
en attendant le jour se lève
et brille à m'allumer les yeux
vendredi 27 février 2015
VALENTINA VITALE II D ESABAC : CHARLOTTE SALOMON d'après "Charlotte" de David Foenkinos
CHARLOTTE SALOMON
En 1935-1936 elle est la seule étudiante juive à être acceptée à l’Ecole Nationale d’Académie des Beaux-Arts à Berlin. Elle y apprend les techniques artistiques officielles, mais ses travaux de l’époque paraissent plutôt influencés par les ouvrages d’art moderne sauvegardés dans la bibliothèque de l’Académie. Au moment de la Nuit de Cristal - le 8 novembre 1938 - elle n’est plus à l’Académie. Un prix qui lui était destiné a été attribué à un autre étudiant, par peur d’attirer l’attention sur son origine juive. La situation devient intenable pour elle. On l’envoie au début du 1939 chez ses grands-parents émigrés sur la Côte d’Azur.
La connaissance de plusieurs suicides dans sa famille
sont une révélation qui la plonge dans une grave crise existentielle et qui
donne lieu à un geste artistique: pour contrer le désespoir elle entreprend le
raconte de son histoire.
De 1940 à 1942, elle se met à peindre plus de 1300
gouaches, et ce travail lui conserve l’équilibre mental.
«
Vie ? ou Théâtre ? » est le titre de son un ouvrage pour lequel Charlotte a
sélectionné 769 gouaches. C'est une œuvre complexe qui s'accompagne aussi de
textes et de musique. Les textes sont simples avec des citations de la
littérature allemande que Charlotte Salomon intègre dans ses tableaux, un peu
comme dans une bande dessinée. Il est divisé en trois parties. La première
montre des scènes admirablement détaillées de l’enfance de Charlotte à Berlin.
La
deuxième partie, qui est la partie principale, est dédiée à Alfred Wolfsohn, le
professeur de chant de sa belle-mère et probablement le premier amour de
Charlotte.
La
dernière partie est consacré à sa vie sur la Côte d’Azur, à Nice.
Elle peint sa vie
mais aussi celle de la Grande Histoire, par exemple une gouache
représente la prise du pouvoir par les nazis en 1933 et dans les peintures
apparaissent l'étoile juive, les croix gammées, les affiches
antisémites... Charlotte peint
tout, on voit une multitude de personnages, des musiciens, des chanteuses, la
nature, la lumière, le sombre, beaucoup de fenêtres, beaucoup de suicides
cachés ou vécus (de la tante, de la mère, puis de sa grand mère),les
appartements, les voyages, les discussions, les théories, les naissances, les
mariages... Ces tableaux montrent sa famille et ses amis, mettent en scène son
enfance et sa jeunesse. Charlotte devient un metteur en scène qui représente sa
vie. Donc on comprend très bien le titre qu’elle a choisi “Vie? ou Théâtre?”.
Les
gouaches sont réalisées à partir des trois seules couleurs primaires: rouge,
bleu et jaune sur papier et calques mais le style varie considérablement. Les
premières peintures sont extrêmement colorées et montre une extraordinaire
mémoire des lieux de son enfance. Puis la peinture devient de plus en plus
abstraite, alors que les sujets passent des souvenirs matériels à des
impressions plus complexes.
La majeure partie de son œuvre
traite de la conscience féminine : de celle de sa mère, dont elle a dû
complètement ré-imaginer la vie (parce que elle ne savait pas qu’elle s’était
suicidé,),de celle de sa grand-mère (qu’elle a essayé de conserver après son
suicide). Elle juxtapose des souvenirs de sa propre enfance avec le fardeau de
sa mère, avec la douleur de sa grand-mère qui a perdu ses deux filles, et avec
son appréhension du monde. Selon les autorités de l’époque, le suicide était
attribué à la folie, et la folie à une faiblesse. Ce que Charlotte rejetait.
Pour elle, sa gand-mère était un esprit qui manquait d’amour. Dans ses
peintures, Charlotte cherche à sauver sa grand-mère par l’art et la beauté, lui
vantant l’amour du soleil et des fleurs, afin de cultiver en elle l’envie de
vivre, mais elle réalise avec une étonnante perspicacité la cruauté du monde
envers les femmes.
La
première image de la série représente le suicide de sa tante en 1913, dont elle
porte le prénom, et la dernière la représente elle-même face à la mer, le titre
de son ouvrage écrit sur son dos.
De
retour en France, la propriétaire de la maison à Nice, amie de Charlotte,
récupère les gouaches et les donne au père de Charlotte qui ignorait
complètement l'existence de ces dessins. Il décide de les donner au Musée juif
d’Amsterdam où ils sont aujourd'hui.
Cette oeuvre est tragique,
mélancolique mais plein de rêves. Un travail artistique intime et personnel, la
transcription d’une vie intérieure mais il ne s’agit pas d’une simple histoire
de je. Il est aussi un témoignage historique sur cette période noire. On voit
toute une époque.
Elle a été capable de transformer une autobiographie
en art.
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