samedi 6 septembre 2014

Raymond Devos "Où courent-ils" ... Histoire de fous




   

ATTENTION AUX FOUS!!! ....

ET AUX FAUX FOUS!!!


Je lui dis : - "Mais si vous n'êtes pas fou, pourquoi
restez-vous dans une ville où tout le monde l'est ?"

Il me dit :
 - "Parce que j'y gagne un argent fou !...
C'est moi le banquier !!!




















Excusez-moi, je suis un peu essouflé ! Je viens de traverser une ville où tout
le monde courait...Je ne peux pas vous dire laquelle... je l'ai traversée en courant.
Lorsque j'y suis entré, je marchais normalement, mais quand j'ai vu que tout le monde
courait... je me suis mis à courir comme tout le monde sans raison !
A un moment je courais au coude à coude avec un monsieur...
Je lui dis : - "Dites-moi... Pourquoi tous ces gens-là courent-ils comme des fous ?"
Il me dit :
 - "Parce qu'ils le sont !";
Il me dit :
 - "Vous êtes dans une ville de fous ici... Vous n'êtes pas au courant ?" 
Je lui dis : - "Si, si, des bruits ont couru !"
Il me dit :
 - "Ils courent toujours !" 
Je lui dis : - "Qu'est-ce qui fait courir tous ces fous ?"
Il me dit :
 - "Tout ! Tout ! Il y en a qui courent au plus pressé. D'autres qui courent
après les honneurs... Celui-ci court pour la gloire... Celui-là court à sa perte !" 
Je lui dis : - "Mais pourquoi courent-ils si vite ?"
Il me dit :
 - " Pour gagner du temps ! Comme le temps, c'est de l'argent, plus
ils courent vite, plus ils en gagnent !" 
Je lui dis : - "Mais où courent-ils ?"
Il me dit :
 - "À la banque ! Le temps de déposer l'argent qu'ils ont gagné sur un compte
courant... et ils repartent toujours courant, en gagner d'autre !" 
Je lui dis : - "Et le reste du temps ?"
Il me dit :
 - "Ils courent faire leurs courses... au marché !" 
Je lui dis : - "Pourquoi font-ils leurs courses en courant ?"
Il me dit :
 - "Je vous l'ai dit... parce qu'ils sont fous !" 
Je lui dis : - "Ils pourraient tout aussi bien faire leur marché en marchant...
tout en restant fous !"
Il me dit :
 - "On voit bien que vous ne les connaissez pas ! D'abord le fou
n'aime pas la marche..." 
Je lui dis : - "Pourquoi ?"
Il me dit :
 - "Parce qu'il la rate !" 
Je lui dis : - "Pourtant, j'en vois un qui marche !?"
Il me dit :
 - "Oui, c'est un contestataire ! Il en avait assez de courir comme un fou.
Alors il a organisé une marche de protestation !" 
Je lui dis : - "Il n'a pas l'air d'être suivi ?"
Il me dit :
 - "Si, mais comme tous ceux qui le suivent courent, il est dépassé !" 
Je lui dis : - "Et vous, peut-on savoir ce que vous faites dans cette ville ?"
Il me dit :
 - "Oui ! Moi j'expédie les affaires courantes. Parce que même ici,
les affaires ne marchent pas !" 
Je lui dis : - "Et où courez-vous là ?"
Il me dit :
 - "Je cours à la banque !" 
Je lui dis : - "Ah !... Pour y déposer votre argent ?"
Il me dit :
 - "Non ! Pour le retirer ! Moi je ne suis pas fou !" 
Je lui dis : - "Mais si vous n'êtes pas fou, pourquoi restez-vous dans une ville où
tout le monde l'est ?"
Il me dit :
 - "Parce que j'y gagne un argent fou !... C'est moi le banquier !!!

(c) Raymond Devos





Raymond Devos "Le Mille-feuille"









Raymond Devos "Sens dessus dessous"














Actuellement,
mon immeuble est sens dessus dessous.
Tous les locataires de dessous
voudraient habiter au-dessus  !
Tout cela parce que le locataire
qui est au-dessus
est allé raconter par en dessous
que l'air que l'on respirait à l'étage au-dessus
 était meilleur que celui que l'on respirait
à l'étage au-dessous !
Alors,  le locataire qui est en dessous
 a tendance à envier celui qui est au-dessus
et à mépriser celui qui est en dessous.
Moi je suis au-dessus de ça !
Si je méprise celui qui est en dessous,
ce n'est parce qu'il est en dessous,
c'est parce qu'il convoite l'appartement
qui est au-dessus, le mien !
Remarquez, moi je lui céderai bien
mon appartement à celui du dessous
à condition d'obtenir celui du dessus !
Mais je ne compte pas trop dessus.
D'abord parce que je n'ai pas de sous !
Ensuite, au-dessus de celui qui est dessus,
 il n'y a plus d'appartement !
Alors, le locataire du dessous
 qui monterait au-dessus
obligerait celui du dessus
à redescendre en dessous.
Or, je sais que celui de dessus n'y tient pas.
D'autant que, comme la femme de dessous
est tombée amoureuse de celui du dessus,
celui du dessus n'a aucun intérêt à ce que
 le mari de la femme de dessous monte au-dessus !
Alors là-dessus...
quelqu'un est-il allé raconter à celui du dessous
qu'il avait vu sa femme bras dessus
bras dessous avec celui du dessus ?
Toujours est-il que celui du dessous
l'a su !
Et un jour que la femme du dessous
était allée rejoindre celui du dessus,
comme elle retirait ses dessous...
et lui, ses dessus ...
soi-disant parce qu'il avait trop chaud en dessous...
je l'ai su parce que d'en dessous,
on entend tout ce qui se passe au-dessus...
Bref ! Celui du dessous leur est tombé dessus !
Comme ils étaient tous les deux saouls,
ils se sont tapés dessus !
Finalement, c'est celui du dessous qui a eu le dessus.

















Isabeau de R : L'école de 1975 à 2012 ça change ... avec une chanson de Georges Brassens "La maîtresse"
















Merci à Mario Pasquariello pour cette vidéo que,



 je n’en doute pas,



 mes élèves l' aimeront bien.








   

A l'école où nous avons appris l' A B C
La maîtresse avait des méthodes avancées.
Comme il fut doux le temps, bien éphémère, hélas !
Où cette bonne fée régna sur notre classe,
Régna sur notre classe.

Avant elle, nous étions tous des paresseux,
Des lève nez, des cancres, des crétins crasseux.
En travaillant exclusivement que pour nous,
Les marchands de bonnets d'âne étaient sur les genoux,
Etaient sur les genoux.

La maîtresse avait des méthodes avancées
Au premier de la classe elle promit un baiser,
Un baiser pour de bon, un baiser libertin,
Un baiser sur la bouche, enfin bref, un patin,
Enfin bref, un patin.

Aux pupitres alors, quelque chose changea,
L'école buissonnière eut plus jamais un chat.
Et les pauvres marchands de bonnets d'âne, crac !
Connurent tout à coup la faillite, le krack,
La faillite, le krack.

Lorsque le proviseur, à la fin de l'année,
Nous lut les résultats, il fut bien étonné.
La maîtresse, elle, rougit comme un coquelicot,
Car nous étions tous prix d'excellence ex-aequo,
D'excellence ex-aequo.

A la récréation, la bonne fée se mit
En devoir de tenir ce qu'elle avait promis.
Et comme elle embrassa quarante lauréats,
Jusqu'à une heure indue la séance dura,
La séance dura.

Ce système bien sûr ne fut jamais admis
Par l'imbécile alors recteur d'académie.
De l'école, en dépit de son beau palmarès,
On chassa pour toujours notre chère maîtresse,
Notre chère maîtresse.

Le cancre fit alors sa réapparition,
Le fort en thème est redevenu l'exception.
A la fin de l'année suivante, quel fiasco !
Nous étions tous derniers de la classe ex-aequo,
De la classe ex-aequo !

A l'école où nous avons appris l' A B C
La maîtresse avait des méthodes avancées.
Comme il fut doux le temps bien éphémère, hélas !
Où cette bonne fée régna sur notre classe,
Régna sur notre classe.









Yves Bonnefoy "L'heure présente et autres textes"
















Ce nouveau livre d'Yves Bonnefoy en Poésie/Gallimard regroupe ses trois derniers écrits poétiques qui mêlent poèmes, proses et réflexions critiques, la poésie étant ainsi toujours escortée par la poétique qui l'explicite et la légitime.




A' l'écoute de l'un des plus grands poètes contemporains


Interview avec Yves Bonnefoy


Heure présente, ne renonce pas,
Reprends tes mots des mains errantes de la foudre,
Écoute-les faire du rien parole,
Risque-toi
Dans même la confiance que rien ne prouve,

Lègue-nous de ne pas mourir désespérés.




 ----



J'ai ramassé le fruit, j'ouvre l'amande.
Dans la parole
La dérive rapide de la nuée.
Illusion,
L'âtre qui brûlait clair le soir, te souviens-tu,
Dans la maison que nous avons aimée.
Ce petit bois,
Ces boules de papier froissé, ce pique-feu,
Cette flamme soudaine, presque un éclair,
Un rêve, comme nous ?


----

Personne

Dans le bruit du torrent. Personne
Dans la lumière. L’homme
Là-bas, à la cervelle d’or,
Qui titube sur le trottoir, ses doigts sanglants
Crispés sur des raclures de l’esprits,
Qu’offrait-il, quel bouquet ? Je veux ces fleurs,
Les dégager du papier qui les couvre,
Cette page rougie, car j’aperçois,
Dans le don qu’il faisait, déjà mourant,
Les abîmes du ciel et de la terre,
Les images que forment les nuées
Et des corolles, l’homme, la femme,
Dont la couleur me semble restée vive,
Mais tout cela, c’est dans le caniveau,
Il a jeté l’offrande refusée,
Ne vais-je ramasser que du flétri,
De l’incensé, une odeur âcre, fade ?
Roses, roses ? N’existent
Que roses déchirées, pas de rose en soi,
Pas de corolle à soutenir un monde.











Journée Française ESABAC: Extraits de l'oeuvre poétique de Yves Bonnefoy traduits par Fabio Scotto















La tomba di Leopardi
Yves Bonnefoy 

tradotto da Fabio Scotto


Nel nido di Fenice, quanti si sono
Bruciati le dita smuovendo ceneri!
Lui, è al consenso a tanta notte
Che dovette il ritrovamento di tanta luce.

E hanno innalzato, quelle parole fiduciose,
Non il qualsiasi onice verso un cielo nero
Ma la coppa formata dai suoi due palmi
Per un po’ d’acqua terrestre e il tuo riflesso,

O luna, sua amica. Ti offre quest’acqua,
E tu china su di essa, vuoi volentieri
Bere al suo desiderio, alla sua speranza.

Io ti vedo andargli accanto su queste colline
Deserte, il suo paese. Talora davanti
A lui, e volgendoti, ridente; talora la sua ombra.

Le tombeau de Giacomo Leopardi
di Yves Bonnefoy
Dans le nid de Phénix, combien se sont
Brûlé les doigts à remuer des cendres!
Lui, c’est de consentir à tant de nuit
Qu’il dût de retrouver tant de lumière.
Et ils ont élevé, ces mots confiants, 
Non le quelconque onyx vers un ciel noir
Mais la coupe formée par ses deux paumes
Pour un peu d’eau terrestre et ton reflet,
O lune, son amie. Il t’offre de cette eau,
Et toi penchée sur elle, tu veux bien
Boire de son désir, de son espérance.
Je te vois qui vas près de lui sur ces collines
Désertes, son pays. Parfois devant
Lui, et te retournant, riante; parfois son ombre.

 



POESIA La casa natale


  

Introduction à la lecture de Yves Bonnefoy



TRADURRE LA POESIA
DI YVES BONNEFOY: VERSO
UNA SINTASSI DELLA PRESENZA











Journée Française ESABAC : Extraits de L'Opera Poetica de Yves Bonnefoy, a cura e con un saggio introduttivo di Fabio Scotto - I MERIDIANI, A. Mondadori Editore,Milano 2010











VII

Je me souviens, c’était un matin, l’été,
La fenêtre était entrouverte, je m’approchais,
J’apercevais mon père au fond du jardin.
Il était immobile, il regardait
Où, quoi, je ne savais, au-dehors de tout,
Voûté comme il était déjà mais redressant
Son regard vers l’inaccompli ou l’impossible.
Il avait déposé la pioche, la bêche,
L’air était frais ce matin-là du monde,
Mais impénétrable est la fraîcheur même, et cruel
Le souvenir des matins de l’enfance.
Qui était-il, qui avait-il été dans la lumière,
Je ne le savais pas, je ne sais encore.

Mais je le vois aussi, sur le boulevard,
Avançant lentement, tant de fatigue
Alourdissant ses gestes d’autrefois,
Il repartait au travail, quant à moi
J’errais avec quelques-uns de ma classe
Au début de l’après-midi sans durée encore.
A ce passage-là, aperçu de loin,
Soient dédiés les mots qui ne savent dire.

(Dans la salle à manger
De l’après-midi d’un dimanche, c’est en été,
Les volets sont fermés contre la chaleur,
La table débarrassée, il a proposé
Les cartes puisqu’il n’est pas d’autres images
Dans la maison natale pour recevoir
La demande du rêve, mais il sort
Et aussitôt l’enfant maladroit prend les cartes,
Il substitue à celles de l’autre jeu
Toutes les cartes gagnantes, puis il attend
Avec fièvre, que la partie reprenne, et que celui
Qui perdait gagne, et si glorieusement
Qu’il y voie comme un signe, et de quoi nourrir
Il ne sait, lui l’enfant, quelle espérance.
Après quoi deux voies se séparent, et l’une d’elles
Se perd, et presque tout de suite, et ce sera
Tout de même l’oubli, l’oubli avide.

J’aurai barré
Cent fois ces mots partout, en vers, en prose,
Mais je ne puis
Faire qu’ils ne remontent dans ma parole.)


Les planches courbes,  pp 778-781, in Yves Bonnefoy L’opera poetica,  a cura e con un saggio introduttivo di Fabio Scotto. Traduzioni poetiche di Diana Grange Fiori e Fabio Scotto, I MERIDIANI, A. Mondadori Editore, Milano (2010)


LE TOMBEAU DE GIACOMO LEOPARDI

Dans le nid de Phénix combien se sont
Brûlé les doigts à remuer des cendres !
Lui, c’est de consentir à tant de nuit
Qu’il dut de recueillir tant de lumières.


Et ils ont élevé, ses mots confiants,
Non le quelconque onyx vers un ciel noir
Mais la coupe formée par leurs deux paumes
Pour un peu d’eau terrestre et ton reflet,


Ô lune, son amie. Il t’offre de cette eau,
Et toi penchée, sur elle, tu veux bien
Boire de ton désir, de ton espérance.

Je te vois qui vas de lui sur ces collines
Désertes, son pays. Parfois devant
Lui, et te retournent, riante ; parfois son ombre.

La longue chaîne de l’ancre, pp 938-939, in Yves Bonnefoy L’opera poetica,  a cura e con un saggio introduttivo di Fabio Scotto. Traduzioni poetiche di Diana Grange Fiori e Fabio Scotto. I MERIDIANI, A. Mondadori Editore, Milano (2010)




Yves Bonnefoy "Grazie all'arte italiana ho scoperto una nuova poesia"
di Franco Marcoaldi, la Repubblica, 24/09/2010
















Journée Française ESABAC: L'Oeuvre poétique d'Yves Bonnefoy












Yves Bonnefoy est né en 1923 à Tours (Indre-et-Loire). Son père était employé aux chemins de fer et sa mère institutrice. Yves Bonnefoy a d’abord fait des études de mathématiques, puis a étudié l’histoire des sciences et la philosophie.
En 1953, il publie le recueil Du Mouvement et de l’immobilité de Douve puis, en 1958, Hier régnant désert, Pierre écrite en 1965 et Dans le leurre du seuil en 1975. Dès 1951, Bonnefoy traduit les textes de Shakespeare (La Tempête, Jules César, Antoine et Cléopâtre, etc.). 1987 est l’année de publication de Ce qui fut sans lumière, recueil suivi de Début et fin de la neige en 1991 etLa Vie errante en 1993. Il publie par ailleurs, en 1970, Rome 1630, un ouvrage sur la naissance de l’art baroque.
Yves Bonnefoy a été professeur d’université et il est élu en 1981 au Collège de France à la chaire d’études comparées de la fonction poétique.





Yves Bonnefoy
adpf association pour la diffusion de la pensée française •
Ministère des Affaires étrangères



Conférence
La parole poétique
Une réflexion sur la poésie, ce quelle est, ce qu'elle devrait être. Existe-t-il une unité de l'objet de cette réflexion, unité qu'il est nécessaire de rappeler d'indiquer ?  Il est certain que sous ce nom de « poésie » se présente, à nous qui les reconnaissons sans hésiter, des oeuvres ou des actions d'apparences souvent diverses ou contradictoires. Quelle ressemblance y a-t-il entre un poème de François Villon, où un coup de dé n'a jamais aboli le hasard, entre la majesté sereine du texte de l'Odyssée ou les cris d'Antonin Artaud. Beaucoup de façons donc d'être poète, beaucoup de pensées qui ne se raccordent pas. Si cela avait été Rimbaud qui se fut donné la tache devant ses contemporains de définir la poésie, il aurait pris appuie sur la révolte, sur la dénonciation des hypocrisies et des démissions de la société, il aurait défini le poème comme une transgression des valeurs et des habitudes qui emprisonnent et appauvrissent la vie des individus. Si cela avait été Mallarmé, qui forma ce même projet, et il s'y livra d'ailleurs, il aurait au contraire porté ses yeux aussi loin que possible de la personne particulière.






Etudes de poèmes



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