vendredi 15 février 2019

Ils sont fous, ces Italiens! Macronix contre Dimayox, de Stefano Benni.





J'ai pigé sur le site 


ce conte de Stefano Benni traduit en français,  je sais qu'on  ne doit pas copier , mais j'ai trouvé ce récit tellement intéressant pour mes élèves que la pédagie  pourra , j'espère, excuser 
mon larcin !

Merci à Mon Collègue Carlo Perelli qui me l'a suggéré !





Nous sommes en Armorique, en 50 av. J.-C. Un village gaulois au bord d’une rivière. Les poubelles de tri sélectif et les chevaux garés en double file témoignent d’une démocratie millénaire.
Un petit homme coiffé d’un drôle de chapeau fume des Paléogitanes. De l’autre bout du village arrive à grands pas un géant torse nu, portant d’énormes braies en tissu fastueux, rose fuchsia.
—Merde, s’exclame-t-il, très énervé, ils sont fous, ces Italiens! Je vais leur donner une bonne leçon.
—Du calme, du calme, répond Astérix. Mais qu’est-ce que tu as fait de tes pantalons à rayures bleues et blanches ?
—Désormais je préfère ceux-ci, c’est un modèle de chez Gucci, dit Obélix en caressant une de ses tresse avec affectation. Tu sais, nous, les Français, on a acheté toutes les marques de luxe italiennes : Gucci, Bulgari, Fendi, etc…
—Je t’aimais mieux avant. Mais pourquoi es-tu tellement en colère ?
—Les Italiens n’arrêtent pas de s’en prendre à nous. Sans parler des Romains de César. D’où ils sortent, ceux-là ?
—Je ne les connais pas très bien, dit Astérix. Je sais qu’un de leurs chefs s’appelle Dimayox, il change d’avis toutes les dix minutes et cause sans arrêt. Il m’a demandé pardon pour son mauvais français, puis il est passé à l’italien et c’était encore pire. Je n’ai rien compris.
—Et ensuite ?
—Ensuite, il y a le Président du Conseil qui s’appelle Contepourdubeurix ; enfant, il est tombé dans la marmite de l’oubli et donc, quand il parle, personne ne l’écoute.
—Et le type moustachu ?
—C’est Salvinix, le ministre de l’Internet, il est extrêmement susceptible et n’admet pas les critiques, il est connecté en permanence pour répondre à ceux qui ne sont pas de son avis. Il adore se déguiser en centurion, en Viking ou en CRS, et surtout, il ne supporte pas les migrants.
—Si ce n’est que ça, nous non plus.
—Oui, mais nous, on est plus malins : les Italiens les arrêtent en pleine mer, nous dans la neige, comme ça personne ne le sait.
—Mais grâce aux migrants, on a remporté les championnats du monde de ballon rond…
—Alors que les Italiens ont été éliminés, et ça leur est resté en travers du gosier.
—Et qu’est-ce qu’il y a encore ?
—Il y a encore Berluscodonosor !
—Celui qui est venu avec la délégation égyptienne des embaumeurs ? Ce n’est pas possible…
—C’est possible, il est en grande forme et attend la prochaine occasion.
—Et la gauche italique ?
—La gauche prépare la reconquête et présentera bientôt une liste fortement unitaire.
—Bientôt… ça veut dire quand ?
—Disons, dans deuxmillesoixantequinze ans.
—Et ils ont quelqu’un de comparable à notre Marinelepénix ?
—Non, le gouvernement est presque à 100% masculin. Mais assez de questions, je te dis qu’on ne doit pas détester les Italiens. On est toujours en compétition mais nos cultures se sont souvent rencontrées et estimées.
—Non, je veux leur foutre une rouste, rugit Obélix, j’irai à cheval jusqu’à Lyon et je franchirai le trou dans la montagne jusqu’à Taurinum…
—Tu ne peux pas… de leur côté, c’est fermé, tu t’écrabouillerais contre le rocher.
—Et ça ouvrira quand ?
—Même le druide Panoramix ne le sait pas…
Ils restèrent silencieux. Le soir tombait, dans le village, une délicieuse odeur de soupe se répandait. Quelques Normands buvaient du calva. Au loin, on entendait fredonner Les feuilles mortes.
—Eux, ils n’ont personne de comparable à Yves Montand, ricana Obélix.
—Il s’appelait Ivo Livi et c’était un immigré italien, comme les parents d’un de tes créateurs, Albert Uderzo. Allons, Obélix, calme-toi. Nos deux pays ont les mêmes problèmes. Nous, on a les gilets jaunes, eux, une économie flageolante. Eux, ils ont la mafia, nous on en parle un peu moins mais on l’a aussi. Les grandes banques et les agences de notation nous surveillent de la même façon.
—Mais par mille sangliers, je…
—Assez de jérémiades… et puis, on est deux des plus beaux pays du monde. Nous, on a Paris et Marseille, eux, Rome et Venise. Eux, la mer de Sardaigne, nous, la Camargue. Nous, Orsay, eux, les Offices. Nous, Monet, eux, Piero della Francesca.
—Nous, la Joconde.
—Non, celle-là, on la leur a piquée.
—D’accord. Alors, nous, on a le champagne, le roquefort, la madeleine et le franc CFA.
—Eux le barolo et le gorgonzola, et le Nutella.
—C’est vrai, nous avons plein de choses merveilleuses, dit Obélix avec un soupir. Les châteaux de la Loire, le Tour de France, la youtubeuse Marion Seclin…
—Justement. Cher Obélix, nos pays, qui sont limitrophes, ont une multitude de problèmes à résoudre. Au lieu de ça, nous sommes toujours en campagne électorale, et tous les prétextes sont bons pour nous faire des vacheries et nous débiner mutuellement. Et on se balance à la figure des tonnes de clichés. Même une démocratie millénaire finit par vieillir. Regarde Macronix : quand il a gagné, il ressemblait à un jeune Jedi ; à présent, il ressemble à Yoda.
—D’accord, je renonce à la vengeance, mon ami… Il faut toujours être en bons termes avec les Italiens…
—Pas toujours, on se disputera et on se moquera encore les uns des autres, mais il faut respecter leur grande Histoire et la nôtre. Regarde : nous, par exemple, en 1789… Mais arrêtons d’imaginer le futur, va manger ton sanglierburger. Et change de pantalons, ceux-ci ne te vont pas du tout.
—Je peux mettre un short en cuir de chez Fendi ?
—Non, remets tes vieilles braies. Et enlève à Idéfix ce petit manteau en lamé.
—Entendu, marmonna Obélix. Bon, j’y vais, j’ai des trucs à faire…
—Où vas-tu ?
—En ce moment économique difficile, je vais stimuler les échanges commerciaux entre les pays européens.
—C’est-à-dire ?
—Je cherche un légionnaire romain et je le cogne jusqu’à ce qu’il me donne tout son fric.
—Tu es incorrigible, soupira Astérix.
Et il regarda Obélix s’éloigner dans la lumière du crépuscule des Gaules, beaucoup plus beau, d’après les Français, que son homologue italien.

Stefano Benni

(publié avec l’aimable autorisation de l’auteur, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli)

Cet article a été mystérieusement déprogrammé par le journal Libération.





mercredi 13 février 2019

Marie-Astrid Roy : Le petit journal de Milan : Module communication / journalisme





lepetitjournal/milan



Madame Marie-Astrid Roy


Module communication/journalisme 

(presse écrite)


Première rencontre vendredi le 15 février 2019

1) Les différentes formes d’articles 


Reportage, article de fond, brève, interview,  éditorial  
Observation de cas pratiques dans la 

presse quotidienne et magazine 

Exercice  pratique : l’interview 
(à réaliser par groupe de deux, entre élèves )



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mardi 12 février 2019

Blanche-Neige et les 7 nains




Il m'est difficile de dire pourquoi 
ou peut-être ... 
Il vaut mieux le garder pour moi

mais le souvenir m'apparaît évident

 Blanche-Neige
































MERCI à 

jlsigrist.com/nains



lundi 4 février 2019

Journée ESABAC 8 février 2019



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LICEO CLASSICO “E. CAIROLI” VARESE

FILIÈRE ESABAC


JOURNÉE ESABAC : le 8  février 2019


Sala Montanari Varese


Avec la participation de

Madame Ileana Guzman

Attachée de coopération pour le français
Lombardie, Ligurie, Piémont, Val d'Aoste
Institut français d'Italie / Ambassade de France en Italie





9h Irene Besozzi
Les  hérésies au Moyen Âge

9h 15 Matilde Condello, Chiara Cortellezzi
Basilique de S. Vittore Martire à Arsago Seprio

9h 30 Filippo Manzoni :
Les persécutions des aborigènes en Australie

9h 45 Alessandra Tosi
Poésies bilingues

10h  Anna Crotta, Ludovica Montana
Prix Goncourt des lycéens 2018

10h 15 Gaia Pertusi:
TRANSALP une expérience unique pour la formation ESABAC 

10h 30 Mario Gervasini :
Hiroshima mon amour: Histoire, Littérature et Science d’une catastrophe

10h 45  pause 


11h  Giulia Devicienti, Imen  Dziri, Mariam Errakbi:
Le mythe  de Vénus et Adonis 

11h 15 Chiara Jacazzi, Michel Litt
 L’amas ardent de Yamen Menaï

11h 35 Michele Cova :
Trilogie de l’homme devant la guerre de Philippe Claudel

12h Isa Tonussi :
Le mythe de Sysiphe d’Albert Camus


12h 20 Morgana Capasso
Las douleur d’Emmanuel Finkiel

12h 40 Caterina Corti, Arianna Daverio, Camilla Gussoni,  Margherita Spertini
L’art au temps de la  guerre froide 







dimanche 3 février 2019

Coeur de pirate : Pour une infidèle - Sommanbule -







À 2000 m. 
sous la neige
au Pralongià
tout est flou
d’un beauté liquide et palpable
comme les plus beaux songes

 Tout vit !
Tout est plein d’âmes.







Tes lèvres en tremblent encore
et l’homme que ton cœur porte
semble moins fort
Et si le combat prend fin
C’est sûrement
parce qu’on t’a pris
par la main
Et tout bas tu me murmures
que tout ce j’aime
tu me l’assures
Et dans tes défaites
tu me promets
qu’un nouveau jour est pour demain

Doucement tu me fais voir
les plus douces de tes histoires
Et plus notre idylle avance
d’autres filles entrent dans la danse

Ses lèvres en tremblent encore
et sous mon poids 
son cœur vibre
plus fort 
Et les craintes
qu’elle a s’amplifient
Elle sait qu’une autre fut
dans mon lit
Tout bas je lui murmure
De calmer toutes ses inquiétudes
Et dans mes mensonges
 je lui rappelle 
Qu’à mes yeux
il n’y a plus qu’elle

Doucement tu me fais voir
les plus douces de tes histoires
Et plus notre idylle avance
d’autres filles entrent dans la danse













Les jours fondent en instants
De brèves et de moments
Je ne me connais plus
Tous mes repères perdus
Je croyais voir le monde
Pour ce qu'il était vraiment
Mais son arrivée me tourmente
Et pourtant
Je me croyais plus forte
Usée par notre époque
Mes plaies s'ouvrent pour lui
Ne faut-il pas que je m'emporte?
Le vent souffle vers l'est
De rires et de caresses
Je tangue autrement

Et je suis somnambule
Mon rêve devient silence
Et j'erre sans lui
Les doutes d'une incrédule
Se perdent dans la nuit
Et tout s'est décidé
Je ne vis que d'idéaux
De mots cassés
Je tente d'être complétée
D'amour et d'inconnu

Et quand il m'enlace
Je ne me sens plus lâche
Les défis d'autrefois paraissent loin
Et pourtant
Je sais que cette épreuve
Peut détruire à jamais
Les espoirs d'une vie parsemée de regrets
Et quand il me regarde
Je sens mon cœur débattre
Être sans lui c'est une mort
Qui s'annonce lentement
Le vent souffle vers l'est
L'océan me berce
Je tangue tendrement

Et je suis somnambule
Mon rêve devient silence
Et j'erre sans lui
Les doutes d'une incrédule
Se perdent dans la nuit
Et tout s'est décidé
Je ne vis que d'idéaux
De mots cassés
Je tente d'être complétée
D'amour et d'inconnu

D'amour et d'inconnu
D'amour et d'inconnu...











On s'est rencontrés, j'étais plutôt fragile
Les étoiles s'enlisaient dans la forme de nos yeux
J'étais bien usée, de mensonges fabuleux
Et tu m'as enlevée des profondeurs, des creux

Mais je t'ai averti, des monstres se cachent
Au fond de mon cœur, qui se mue en moi
Mais libre d'esprit
En secret, je prie
Que mon double enfin ne se libère pas

Et laisse donc tomber le soir
Celui qui me fait rentrer toujours plus tard
Et quand sauras-tu t'arrêter
Tu ne peux me changer, un être cassé
Mais comprends enfin, je suis combustible
Je ne peux arrêter, je ne suis pas docile
Mais laisse-moi tomber enfin et noyer ma peine
On se quittera demain

Et quand minuit approche
Je sens que je me transforme
La soif d'avantages définit mon contrôle
Affamée d'amour, avide de remords
Je recherche le confort dans mes alentours

Mais je t'ai averti, des monstres se cachent
Au fond de mon cœur, qui se mue en moi
Mais libre d'esprit
En secret, je prie
Que mon double enfin ne se libère pas

Et laisse donc tomber le soir
Celui qui me fait rentrer toujours plus tard
Et quand sauras-tu t'arrêter
Tu ne peux me changer, un être cassé
Mais comprends enfin, je suis combustible
Je ne peux arrêter, je ne suis pas docile
Mais laisse-moi tomber enfin et noyer ma peine
On se quittera demain

Et laisse donc tomber le soir
Celui qui me fait rentrer toujours plus tard
Et quand sauras-tu t'arrêter
Tu ne peux me changer, un être cassé
Mais comprends enfin, je suis combustible
Je ne peux arrêter, je ne suis pas docile
Mais laisse-moi tomber enfin et noyer ma peine
On se quittera demain







dimanche 27 janvier 2019

Robert Antelme, L'espèce humaine, 1947



Auschwitz  27 janvier 1945 - 27 janvier 2019

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers,
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés,
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants,
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent

(Jean Ferrat  ils étaient vingt et cent)



En 1944, Robert Antelme, membre de la résistance, est arrêté et envoyé en déportation. Il va rester quelques mois à Gandersheim, un kommando proche de Buchenwald où il fera différents travaux extérieurs avant de travailler dans une usine dans des conditions très éprouvantes. Alors que les alliés approchent du camp, il est transféré vers Dachau où il sera libéré le 29 avril 1945. Il raconte dans ce livre ce qu’il a vécu dans les camps.


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« À nous-mêmes ce que nous avions à dire commençait alors à nous paraître inimaginable», écrit Robert Antelme pour montrer la difficulté de parler au retour de la déportation. Et pourtant, L’Espèce humaine tente de mettre en mots une tentative bien réelle de la déshumanisation.

Dehors, la vallée est noire. Aucun bruit n'en arrive. Les chiens dor­ment d'un sommeil sain et repu. Les arbres respirent calmement. Les insectes nocturnes se nourrissent dans les prés. Les feuilles transpirent, et l'air se gorge d'eau. Les prés se couvrent de rosée et brilleront tout à l'heure au soleil. Ils sont là, tout près, on doit pouvoir les toucher, caresser cet immense pelage. Qu'est-ce qui se caresse et comment caresse-t-on ? Qu'est-ce qui est doux aux doigts, qu'est-ce qui est seulement à être caressé ?
Jamais on n'aura été aussi sensible à la santé de la nature. Jamais on n'aura été aussi près de confondre avec la toute-puissance de l'arbre qui sera sûrement encore vivant demain. On a oublié tout ce qui meurt et qui pourrit dans cette nuit forte, et les bêtes malades et seules. La mort a été chassée par nous des choses de la nature, parce que l'on n'y voit aucun génie qui s'exerce contre elles et les poursuive. Nous nous sentons comme ayant pompé tout pourrissement possible. Ce qui est dans cette salle apparaît comme la maladie extraordinaire, et notre mort ici comme la seule véritable. Si ressemblants aux bêtes, toute bête nous est devenue somptueuse ; si semblables à toute plante pourrissante, le destin de cette plante nous paraît aussi luxueux que celui qui s'achève par la mort dans le lit. Nous sommes au point de ressembler à tout ce qui ne se bat que pour manger et meurt de ne pas manger, au point de nous nive­ler sur une autre espèce, qui ne sera jamais nôtre et vers laquelle on tend ; mais celle-ci qui vit du moins selon sa loi authentique - les bêtes ne peuvent pas devenir plus bêtes - apparaît aussi somptueuse que la nôtre « véritable» dont la loi peut être aussi de nous conduire ici. Mais il n'y a pas d'ambi­guïté, nous restons des hommes, nous ne finirons qu'en hommes. La distance qui nous sépare d'une autre espèce reste intacte, elle n'est pas historique. C'est un rêve SS de croire que nous avons pour mission historique de changer d'espèce, et comme cette mutation se fait trop lentement, ils tuent. Non, cette maladie extraordinaire n'est autre chose qu'un moment culminant de l'histoire des hommes. Et cela peut signifier deux choses : d'abord que l'on fait l'épreuve de la solidité de cette espèce, de sa fixité. Ensuite, que la variété des rapports entre les hommes, leur couleur, leurs coutumes, leur formation en classes masquent une vérité qui apparaît ici éclatante, au bord de la nature, à l'approche de nos limites : il n'y a pas des espèces humaines, il y a une espèce humaine. C'est parce que nous sommes des hommes comme eux que les SS seront en définitive impuissants devant nous. C'est parce qu'ils auront tenté de mettre en cause l'unité de l'espèce qu'ils seront fina­lement écrasés. Mais leur comportement et notre situation ne sont que le grossissement, la caricature extrême - où personne ne veut, ni ne peut sans doute se reconnaître - de comportements, de situations qui sont dans le monde et qui sont même cet « ancien monde véritable» auquel nous rêvons. Tout se passe effectivement là-bas comme s'il y avait des espèces - ou plus exactement comme si l'appartenance à l'espèce n'était pas sûre, comme si l'on pouvait y entrer et en sortir, n'y être qu'à demi ou y parvenir pleinement, ou n'y jamais parvenir même au prix de générations -, la division en races ou en classes étant le canon de l'espèce (1) et entretenant l'axiome (2) toujours prêt, la ligne ultime de défense : « Ce ne sont pas des gens comme nous. »
Eh bien, ici, la bête est luxueuse, l'arbre est la divinité et nous ne pou­vons devenir ni la bête ni l'arbre. Nous ne pouvons pas et les SS ne peuvent pas nous y faire aboutir. Et c'est au moment où le masque a emprunté la figure la plus hideuse, au moment où il va devenir notre figure, qu'il tombe. Et si nous pensons alors cette chose qui, d'ici, est certainement la chose la plus considérable que l'on puisse penser: « Les SS ne sont que des hommes comme nous» [...] nous sommes obligés de dire qu'il n'y a qu'une espèce humaine.

  Robert Antelme, L'espèce humaine, 1947




[1] Canon de l’espèce : le moyen d’évaluation, le critère de reconnaissance et de mesure de l’espèce.
[2] Principe, fondement d’un système.




Robert Antelme, résistant français, (1917 -1990). Antelme et Marguerite Duras (son épouse à l’époque) étaient résistants pendant la guerre. Tombés dans un guet-apens, M. Duras parvient à s’enfuir tandis qu’ Antelme est arrêté et envoyé d’abord à Buchenwald puis à Bad Gandersheim, un petit kommando dépendant de Buchenwald et enfin, il est retrouvé en avril 1945 par Jacques Morland (nom de guerre de François Mitterrand), dans le camp de Dachau, épuisé et miné par des mois de détention et atteint du typhus.

Deux ans plus tard, il écrit L'Espèce humaine, (1947). Le livre est dédié à Marie Louise, sa sœur morte en déportation. Il l’écrit afin de témoigner contre l’oubli et tâcher de transmettre ce qui peut sembler intransmissible : l’expérience des camps. A son retour  il pesait 35 kilos et ne cessait de parler, jour et nuit.
« A peine commencions-nous à raconter », note Antelme dans son avant-propos à L’espèce humaine, « que nous suffoquions. A nous-mêmes, ce que nous avions à dire commençait alors à nous paraître inimaginable » (1947). Il résume ici la double difficulté à laquelle se heurte son discours de survivant : celle d’exprimer une expérience tellement chargée émotionnellement qu’elle lui coupe littéralement le souffle ; celle de transmettre au public qui n’a pas connu l’univers concentrationnaire quelque chose qui est tellement en-dehors de la norme, que sa plausibilité paraît problématique. La mise en mots doit permettre de faire comprendre et éprouver à l’autre une expérience qui enfreint scandaleusement les règles du vraisemblable.
Ce récit autobiographique relate donc la vie d’un groupe plus que d’un individu, et se rapproche donc du genre des mémoires. Il évoque la volonté des nazis de contester aux déportés l’appartenance à l’espècehumaine, et vient proclamer que, quoi qu’aient entrepris les nazis envers les détenus des camps, ils n’ont pu,comme ils le désiraient, leur ôter leur statut d’êtres humains : par le refus de s’humilier pour quémander, par le partage, la compassion entre détenus, s’affirme l’irréductible humanité.










dimanche 20 janvier 2019

"La Douleur" de Finkiel d'après le roman de Marguerite Duras




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Marguerite  Duras

filmstudio90

 La douleur 

dimanche  20 janvier  17h. 30 et  20 h. 

lundi 21 janvier  21 h. 





Emmanuel Finkiel adapte le livre de l'écrivain, qui évoquait l'absence de son mari arrêté par les Allemands.


Marguerite Duras commence à écrire ses Cahiers de la guerre alors que son mari, Robert Antelme, résistant, a été arrêté en juin 1944. Après le retour de déportation de ce dernier, en avril 1945, elle poursuit ce Journal qui relate « sa douleur » au moment de cette disparition. C'est à partir de ce Journal que, en 1980, Marguerite Duras, désormais célèbre, écrit La Douleur, publié en 1985 (Hachette-POL), se nourrissant de ses notes et des faits historiques qu'elle a vécus à la fin de l'Occupation et lors de la Libération de Paris.






Emmanuel Finkiel s’était signalé en 1995 par un court métrage bouleversant de finesse et de sensibilité, Madame Jacques sur la croisette. On y découvrait la façon de filmer très personnelle d’un jeune réalisateur qui fut l’assistant des plus grands, Kieslowski, Tavernier, Godard. Et sa prédilection pour les portraits de comédiens âgés, tels que Shulamit Adar et Nathan Cogan, qui sont également des protagonistes du film suivant, Voyages.

Ce film était consacré à ces vieillards étonnants qui peuplent encore les cafés de Tel Aviv, rescapés des camps, naufragés de la diaspora, orphelins de l’histoire. Le cinéaste y met en scène trois femmes en quête de souvenirs dans trois récits différents situés sur la route d’Auschwitz, à Paris et à Tel Aviv. Chacune d’elles essaie de reconstituer le puzzle d’une mémoire lacunaire. Chacune d’elles est liée aux deux autres.

ecoledeslettres




Marguerite Duras 




 Avril.
Face à la cheminée, le téléphone, il est à côté de moi. A droite, la porte du salon et le couloir. Au fond du couloir, la porte d'entrée. Il pourrait revenir directement, il sonnerait à la porte d'entrée : " Qui est là. - C'est moi. " Il pourrait également téléphoner dès son arrivée dans un centre de transit : " Je suis revenu, je suis à l'hôtel Lutetia pour les formalités." Il n'y aurait pas de signes avant-coureurs. Il téléphonerait. Il arriverait. Ce sont des choses qui sont possibles. Il en revient tout de même. Il n'est pas un cas particulier. Il n'y a pas de raison particulière pour qu'il ne revienne pas. Il n'y a pas de raison pour qu'il revienne. Il est possible qu'il revienne. Il sonnerait : " Qui est là. - C'est moi." Il y a bien d'autres choses qui arrivent dans ce même domaine. Ils ont fini par franchir le Rhin. La charnière d'Avranches a fini par sauter. Ils ont fini par reculer. J'ai fini par vivre jusqu'à la fin de la guerre. Il faut que je fasse attention : ça ne serait pas extraordinaire s'il revenait. Ce serait normal. Il faut prendre bien garde de ne pas en faire un événement qui relève de l'extraordinaire. L'extraordinaire est inattendu. Il faut que je sois raisonnable : j'attends Robert L. qui doit revenir. "



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L'œuvre de Duras est intimement liée à sa vie, à son histoire et à notre « Histoire » aussi, parfois. Certaines de ses œuvres constituent une réécriture de soi. Les trois romans qui témoignent le mieux de cela sont Un barrage contre le Pacifique, L'Amant et L'Amant de la Chine du Nord mais aussi La Douleur, un recueil de nouvelles paru pour la première fois en 1985 chez P.O.L. Ce recueil compte six nouvelles : « La douleur », « Monsieur X dit Pierre Rabier », « Albert des Capitales », « Ter le milicien », « L'ortie brisée » et « Aurélia Paris ».





Ce livre est un recueil de textes écrits pendant les années de la Deuxième Guerre Mondiale. Dans la deuxième partie de l'ouvrage, cinq récits que l'auteur présente, situe dans leur contexte d'écriture par rapport à leur publication tardive; dans la première partie, le journal, ce journal de La douleur.
Avril 1945, les nouvelles de fin de guerre affluent, l'avancée des armées américaines et russes, les villes allemandes prises, Berlin bombardé, les rumeurs d'armistice, les camps libérés, Paris qui s'installe dans la paix, dans l'avenir... Et Marguerite Duras attend le retour de son mari Robert Antelme, épousé en 1939, déporté. 

lundi 14 janvier 2019

Ratatouille



Rendez-vous  en salle PRINA 

jeudi le 17 janvier 

pour les élèves de IV et V D (biennio ESABAC)


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Une recette éprouvée, des personnages à croquer, des gags délicieux et une réflexion légèrement piquante font de ce plat du chef un mets raffiné.
L’argument : Rémy est un jeune rat qui rêve de devenir un grand chef français. Ni l’opposition de sa famille, ni le fait d’être un rongeur dans une profession qui les déteste ne le démotivent. Rémy est prêt à tout pour vivre sa passion de la cuisine... et le fait d’habiter dans les égouts du restaurant ultra coté de la star des fourneaux, Auguste Gusteau, va lui en donner l’occasion ! Malgré le danger et les pièges, la tentation est grande de s’aventurer dans cet univers interdit. Ecartelé entre son rêve et sa condition, Rémy va découvrir le vrai sens de l’aventure, de l’amitié, de la famille... et comprendre qu’il doit trouver le courage d’être ce qu’il est : un rat qui veut être un grand chef...