Les Caractères ou Les Moeurs du siècle (1688) Jean de La Bruyère
La Bruyère dans Les Caractères explique à travers ce mémorable
texte la place fodamentale que Corneille et Racine tiennent dans
le Panthéon des lettres.
"Si ... il est permis de faire entre eux quelque comparaison, et les marquer l'un et l'autre par ce qu'ils ont eu de plus propre et par ce qui éclate le plus ordinairement dans leurs ouvrages, peut-être qu'on pourrait parler ainsi : "Corneille nous assujettit à ses caractères et à ses idées, Racine se conforme aux nôtres ; celui-là peint les hommes comme ils devraient être, celui-ci les peint tels qu'ils sont. Il y a plus dans le premier de ce que l'on admire, et de ce que l'on doit même imiter ; il y a plus dans le second de ce que l'on reconnaît dans les autres, ou de ce que l'on éprouve dans soi-même. L'un élève, étonne, maîtrise, instruit ; l'autre plaît, remue, touche, pénètre. Ce qu'il y a de plus beau, de plus noble et de plus impérieux dans la raison, est manié par le premier ; et par l'autre, ce qu'il y a de plus flatteur et de plus délicat dans la passion. Ce sont dans celui-là des maximes, des règles, des préceptes ; et dans celui-ci, du goût et des sentiments. L'on est plus occupé aux pièces de Corneille ; l'on est plus ébranlé et plus attendri à celles de Racine. Corneille est plus moral, Racine plus naturel. Il semble que l'un imite SOPHOCLE, et que l'autre doit plus à EURIPIDE"
Il est un air pour qui je donnerais Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber, Un air très vieux, languissant et funèbre, Qui pour moi seul a des charmes secrets.
Puis un châteaude brique à coins de pierre, Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs, Ceint de grands parcs, avec une rivière, Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;
C'est un coin d'herbes folles, de bleuets, de chiendent, Blotti entre la jungle infernale des grands Et le petit jardin tranquille de l'Enfance, C'est une île inconnue de vos cartes adultes, Un lagon épargné, une prairie inculte, Une lande battue où les korrigans dansent, L'Adolescence...
C'est l'échelle de soie, c'est Juliette entrevue, Debout dans le miroir c'est la cousine nue Qui s'émerveille et crie au fond de mon silence, C'est un baiser volé à la barbe du Temps, C'est deux enfants qui s'aiment à l'ombre d'un cadran Où sous chaque seconde l'Immortalité danse, L'Adolescence...
C'est "Toujours", c'est "Jamais", c'est éternellement Le coeur au bord des lèvres, le spleen à fleur de dents Et au ventre volcan l'Amour incandescence, C'est "Je t'aime : on se tient !" c'est "Je t'aime : on se tue !" C'est la Vallée de la Mort de l'autre côté de la rue, Vers les noirs pâturages la haute transhumance, L'Adolescence...
C'est les poings dans les poches fermés à double tour, C'est "Familles, je vous hais !", c'est René à Combourg, Ophélie qui se noie, c'est Lucile qui s'avance, C'est notre Diable au corps, c'est le Grand Meaulnes en route, C'est ce vieux Bateau Ivre qui reviendra sans doute Les flancs chargés d'oiseaux, de fleurs et d'innocence, L'Adolescence...
Depuis plus de vingt ans que j'y ai jeté l'ancre Dans ce pays de fous, de chiens tièdes et de cancres, Depuis plus de vingt ans j'y passe mes vacances, Et comme ce vieillard de quatre-vingts printemps Qui s'endort, un beau soir, et qu'on couche dedans Son petit, tout petit coin de terre de Provence, Couchez-moi, je vous prie, quand viendra le moment, Dans ma terre, mon pays, couchez-moi doucement En Adolescence, en Adolescence !
L'Amour et l'Amitié
Entre l'amour et l'amitié Il n'y a qu'un lit de différence, Un simple "pageot", un "pucier" Où deux animaux se dépensent, Et quand s'installe la tendresse Entre nos corps qui s'apprivoisent, Que platoniquement je caresse De mes yeux ta bouche framboise, Alors l'amour et l'amitié N'est-ce pas la même romance ? Entre l'amour et l'amitié Dites-moi donc la différence...
Je t'aime, mon amour, mon petit, Je t'aime, mon amour, mon amie...
Entre l'amour et l'amitié ils ont barbelé des frontières, Nos sentiments étiquetés, Et si on aime trop sa mère Ou bien son pote ou bien son chien, Il paraît qu'on est en eau trouble, Qu'on est cliniquement freudien Ou inverti ou agent double, Alors que l'amour et l'amitié Ont la même gueule d'innocence, Entre l'amour et l'amitié Dites-moi donc la différence...
Je t'aime, mon amour, mon petit, Je t'aime, mon amour, mon amie...
Entre l'amour et l'amitié La pudeur a forgé sa chaîne, A la barbe du Monde entier Et de ses gros rires gras de haine, Bon an, mal an, les deux compagnes Se dédoublent ou bien s'entremêlent, Comme sur la haute montagne Le ciel et la neige éternelle, Entre l'amour et l'amitié Se cache un petit bout d'enfance, Entre l'amour et l'amitié Il n'y a qu'un lit de différence...
Je t'aime, mon amour, mon petit, Je t'aime, mon amour, mon amie!
Le grand méchant loup
Le loup, depuis toujours, a eu le mauvais rôle.
Sous son grand manteau noir, il ricane, le drôle.
C'est le vilain Apache, le sanguinair'e Sioux,
C'est l'esquinteur d'enfants, c'est le grand méchant loup.
pour moi la porte bleu ciel et les persiennes vert prairie.
Quatre murs et un toit
Un terrain vague, de vagues clôtures, un ________ divague sur la maison future. On s'_____________ pour trente ans, ce pavillon sera le nôtre, et celui de nos enfants corrige la femme _____________. Les travaux sont finis, du moins le gros ____________, ça sent le plâtre et l'enduit et la poussière toute neuve.
Le plâtre et l'enduit et la poussière toute neuve.
Des ampoules à nu pendent des _______, du plafond, le bébé est né, il __________ dans le salon. On ajoute à l'___________ une chambre de plus, un petit frère est prévu pour l'automne. Dans le jardin les arbres aussi _____________, on pourra y faire un jour une cabane.
On pourra y faire un jour une cabane.
Les enfants ont poussé, ils sont trois maintenant, on ___________ sans se douter le ______________ doucement. Le grand habite le garage pour être indépendant, la cabane, c'est dommage, est à l'__________. Monsieur rêverait de ___________ une cave à vins, Madame préfèrerait une deuxième salle de bain.
Ça sera une deuxième salle de bain.
Les enfants vont et viennent __________ de linge sale, ça devient un hôtel la maison familiale. On a fait un _____________ dans la petite pièce d'en haut, et des chambres d'amis, les enfants sont _________. Ils ont quitté le nid sans le savoir vraiment, petit à petit, et vêtement par vêtement.
Petit à petit, et vêtement par vêtement.
Ils habitent à Paris des __________ sans espace, alors qu'ici il y' a trop de place. On va poser tu sais des ___________ électriques, c'est un peu laid c'est vrai, mais c'est plus pratique. La maison somnole comme un chat fatigué, dans son ventre ____________ la machine à laver.
Dans son ventre ________________ la machine à laver.
Les petits enfants espérés apparaissent, dans le ________, on remet des glaces. La cabane du jardin trouve une deuxième _________, c'est le consulat que rouvrent les ________. Le __________ sans bataille livre ses trésors, ses panoplies de cow-boys aux petits ambassadeurs, qui colonisent pour la dernière fois la modeste terre promise, quatre murs et un toit. Cette maison est en vente comme vous le savez, je suis, je me présente, agent ______________. Je dois vous prévenir si vous voulez l'acheter, je préfère vous le dire cette maison est hantée. Ne souriez pas Monsieur, n'ayez crainte Madame, c'est hanté c'est vrai mais de gentils ______________. De monstres et de dragons que les gamins savent voir, de pleurs et de ___________, et de copieux quatre-heures, “finis tes devoirs", “il est trop lourd mon cartable", “laisse tranquille ton frère", “les enfants : à table !"
Écoutez la musique, est-ce que vous l'entendez ?
Quatre murs et un toit
Un terrain vague, de vagues clôtures, un couple divague sur la maison future. On s'endette pour trente ans, ce pavillon sera le nôtre, et celui de nos enfants corrige la femme enceinte. Les travaux sont finis, du moins le gros œuvre, ça sent le plâtre et l'enduit et la poussière toute neuve.
Le plâtre et l'enduit et la poussière toute neuve.
Des ampoules à nu pendent des murs, du plafond, le bébé est né, il joue dans le salon. On ajoute à l'étage une chambre de plus, un petit frère est prévu pour l'automne. Dans le jardin les arbres aussi grandissent, on pourra y faire un jour une cabane.
On pourra y faire un jour une cabane.
Les enfants ont poussé, ils sont trois maintenant, on remplit sans se douter le grenier doucement. Le grand habite le garage pour être indépendant, la cabane, c'est dommage, est à l'abandon. Monsieur rêverait de creuser une cave à vins, Madame préfèrerait une deuxième salle de bain.
Ça sera une deuxième salle de bain.
Les enfants vont et viennent chargés de linge sale, ça devient un hôtel la maison familiale. On a fait un bureau dans la p'tite pièce d'en haut, et des chambres d'amis, les enfants sont partis. Ils ont quitté le nid sans le savoir vraiment, petit à petit, et vêtement par vêtement.
Petit à petit, et vêtement par vêtement.
Ils habitent à Paris des apparts sans espace, alors qu'ici il y' a trop de place. On va poser tu sais des stores électriques, c'est un peu laid c'est vrai, mais c'est plus pratique. La maison somnole comme un chat fatigué, dans son ventre ronronne la machine à laver.
Dans son ventre ronronne la machine à laver.
Les petits enfants espérés apparaissent, dans le frigo, on remet des glaces. La cabane du jardin trouve une deuxième jeunesse, c'est le consulat que rouvrent les gosses. Le grenier sans bataille livre ses trésors, ses panoplies de cow-boys aux petits ambassadeurs, qui colonisent pour la dernière fois la modeste terre promise, quatre murs et un toit. Cette maison est en vente comme vous le savez, je suis, je me présente, agent immobilier. Je dois vous prévenir si vous voulez l'acheter, je préfère vous le dire cette maison est hantée. Ne souriez pas Monsieur, n'ayez crainte Madame, c'est hanté c'est vrai mais de gentils fantômes. De monstres et de dragons que les gamins savent voir, de pleurs et de bagarres, et de copieux quatre-heures, “finis tes devoirs", “il est trop lourd mon cartable", “laisse tranquille ton frère", “les enfants : à table !"
J'ai grandi pas loin d'ici Dans le 3ème arrondissement Où les rêves se font endormis Une fois debout on a plus le temps
Mon père gagnait sa vie A l'usine de Camaro Pareil comme son père avant lui Même que y posait le même morceau
Ma mère faisait des ménages Moi je rêvais d'être écrivain Et pis de pelleter des nuages Pour que le soleil brille enfin
Mais j'étais si mauvais à l'école Que je pensais pas que j'y arriverais J'étais pas de ceux qu'on traitait de bol Même quand je donnais tout ce que j'avais
Mais y avait monsieur Desilet Un prof fin et disponible Qui m'avait pris sous son aile Et croyait en mon talent subtile
Dommage ça n'allait rien changer Je coulerais le test du ministère Lundi j'enverrais mon CV A l'usine de mon père
Mais la veille de l'examen final Le bon monsieur Desilet M'a tendu un crayon banal Roulé dans un velours épais
Et puis tout en fixant ma main Il a dit "ce crayon-là, il est magique Prend le demain pour l'examen Il sait les réponses et les répliques"
Je suis pas du genre a croire tout ce qu'on me dit Mais mon prof inspirait confiance Et je voulais croire un peu aussi Que j'avais peut-être encore une chance
D'ailleurs à la seconde où je l'ai pris J'ai senti comme un changement J'vous jure que je vous conte pas de mentries (mensonges) Non, le crayon était vivant
Et contre toutes mes espérances Il écrivait pratiquement tout seul Sans blague c'avait presque pas de sens De le voir danser sur les feuilles
J'ai donc passer mon examen Comme un petit test de routine Avec quelque chose comme 80 Presque aussi haut que mon estime
Oh j'aurais du rendre le crayon J'étais quand même pas un voleur Mais pour une fois que je me trouvais bon Pis que l'avenir était en couleur
J'ai mis le stylo dans ma poche Pis je suis parti en courant La conscience aussi lourde qu'une roche Qu'on brise pour en faire du ciment
Et au fil des années Je suis devenu l'auteur que j'espérais J'ai même vendu dans le monde entier Tous mes bouquins et mes essais
Et avec le sentiment étrange Qu'au fond j'avais rien accompli Le crayon vainquait les pages blanches Moi je n'étais que son outil
Je me suis mis a boire plus qu'il ne faut Pour oublier que je n'étais rien Que je roulais dans une Camaro Sur laquelle mon père s'usait les mains
En plus j'avais toujours peur Qu'on me vole mon précieux crayon Ou que me dénonce mon professeur Là s'en serait vraiment fini pour de bon
Il m'a retrouvé hier soir A une séance de dédicace Tout autour de ses yeux noirs Le temps avait laissé sa trace
Je lui devais mon succès Et des excuses comme de raison J'ai dit "monsieur Desilet Vous venez chercher votre crayon"
Il m'a sourit tristement En disant "t'as toujours pas compris Il est dans ta tête ton grand talent Le stylo venait de chez uniprix"
"Laisse-moi te regarder maintenant Je suis si fier de toi Y a pas un seul de tes romans Que j'ai pas lu au moins 3 fois"
Moi je me suis levé d'un coup J'en croyais juste pas mes oreilles J'ai pris mon vieux prof par le cou La vérité me donnait des ailes
Tellement qu'en arrivant chez moi J'ai jeté le stylo par la fenêtre La lumière brillait sur les toits Et les mots dansaient dans ma tête
J'ai pas fermé l'oeil de la nuit Non, j'ai écrit sans m'arrêter Le nombre de feuilles que j'ai noircies Je pourrais même pas les compter
Ça raconte l'histoire d'un petit gars Qu'y avait tellement pas confiance en lui Qui trouve plus facile de croire Qu'un crayon peux faire de la magie
Car dans le 3ème arrondissement Les rêves volent pas très haut On les laisse traîner sur un banc Devant l'usine de Camaro
Et comme on entend la machinerie Crier jusque dans la cour d'école On comprend vite dès qu'on est petit Qu'y a juste les oiseaux qui s'envolent