vendredi 28 novembre 2014

Gérard de Nerval "Fantaisie"



 
La musique permet d'accéder à un monde perdu que
 recrée l'imagination au sens premier de faculté de créer
des images. C'est un facteur déclenchant qui agit
par associations d'images. Bien-sûr, on n'ignore pas
la croyance de Nerval en la métempsycose mais
la vie antérieure, quand bien même est-elle ici datée
de « deux cents ans » peut se lire comme symbole
d'un passé ressenti comme extrêmement lointain,
celui de l'enfance et plus largement d'un« ailleurs »
cher aux romantiques, paradis perdu que l'on peut revivre
grâce à la magie du verbe et à la Fantaisie du poète.

 






Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l'entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C'est sous Louis treize ; et je crois voir s'étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un châteaude brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière,
Baignant ses pieds,
qui coule entre des fleurs ;
 
Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que, dans
une autre existence peut-être,
J'ai déjà vue... -
et dont je me souviens !



Gérard de Nerval – Odelettes

 


 
 
 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

mercredi 26 novembre 2014

Henri Tachan : " L'Adolescence", "L'Amour et l'Amitié", "Le Grand Méchant Loup"












Je remercie mon amie et collègue

Christine Lemoigne

qui m'a invité à écouter ce chanteur .....



EXTRA !!!







L' Adolescence



C'est un coin d'herbes folles, de bleuets, de chiendent,
Blotti entre la jungle infernale des grands
Et le petit jardin tranquille de l'Enfance,
C'est une île inconnue de vos cartes adultes,
Un lagon épargné, une prairie inculte,
Une lande battue où les korrigans dansent,
L'Adolescence...

C'est l'échelle de soie, c'est Juliette entrevue,
Debout dans le miroir c'est la cousine nue
Qui s'émerveille et crie au fond de mon silence,
C'est un baiser volé à la barbe du Temps,
C'est deux enfants qui s'aiment à l'ombre d'un cadran
Où sous chaque seconde l'Immortalité danse,
L'Adolescence...

C'est "Toujours", c'est "Jamais", c'est éternellement
Le coeur au bord des lèvres, le spleen à fleur de dents
Et au ventre volcan l'Amour incandescence,
C'est "Je t'aime : on se tient !" c'est "Je t'aime : on se tue !"
C'est la Vallée de la Mort de l'autre côté de la rue,
Vers les noirs pâturages la haute transhumance,
L'Adolescence...

C'est les poings dans les poches fermés à double tour,
C'est "Familles, je vous hais !", c'est René à Combourg,
Ophélie qui se noie, c'est Lucile qui s'avance,
C'est notre Diable au corps, c'est le Grand Meaulnes en route,
C'est ce vieux Bateau Ivre qui reviendra sans doute
Les flancs chargés d'oiseaux, de fleurs et d'innocence,
L'Adolescence...

Depuis plus de vingt ans que j'y ai jeté l'ancre
Dans ce pays de fous, de chiens tièdes et de cancres,
Depuis plus de vingt ans j'y passe mes vacances,
Et comme ce vieillard de quatre-vingts printemps
Qui s'endort, un beau soir, et qu'on couche dedans
Son petit, tout petit coin de terre de Provence,
Couchez-moi, je vous prie, quand viendra le moment,
Dans ma terre, mon pays, couchez-moi doucement
En Adolescence, en Adolescence !






L'Amour et l'Amitié



Entre l'amour et l'amitié
Il n'y a qu'un lit de différence,
Un simple "pageot", un "pucier"
Où deux animaux se dépensent,
Et quand s'installe la tendresse
Entre nos corps qui s'apprivoisent,
Que platoniquement je caresse
De mes yeux ta bouche framboise,
Alors l'amour et l'amitié
N'est-ce pas la même romance ?
Entre l'amour et l'amitié
Dites-moi donc la différence...

Je t'aime, mon amour, mon petit,
Je t'aime, mon amour, mon amie...

Entre l'amour et l'amitié ils ont barbelé des frontières,
Nos sentiments étiquetés,
Et si on aime trop sa mère
Ou bien son pote ou bien son chien,
Il paraît qu'on est en eau trouble,
Qu'on est cliniquement freudien
Ou inverti ou agent double,
Alors que l'amour et l'amitié
Ont la même gueule d'innocence,
Entre l'amour et l'amitié
Dites-moi donc la différence...

Je t'aime, mon amour, mon petit,
Je t'aime, mon amour, mon amie...

Entre l'amour et l'amitié
La pudeur a forgé sa chaîne,
A la barbe du Monde entier
Et de ses gros rires gras de haine,
Bon an, mal an, les deux compagnes
Se dédoublent ou bien s'entremêlent,
Comme sur la haute montagne
Le ciel et la neige éternelle,
Entre l'amour et l'amitié
Se cache un petit bout d'enfance,
Entre l'amour et l'amitié
Il n'y a qu'un lit de différence...

Je t'aime, mon amour, mon petit,
Je t'aime, mon amour, mon amie!

  


Le grand méchant loup


  
Le loup, depuis toujours, a eu le mauvais rôle.
Sous son grand manteau noir, il ricane, le drôle.
C'est le vilain Apache, le sanguinair'e Sioux,
C'est l'esquinteur d'enfants, c'est le grand méchant loup.

Pauvres hommes, pauvres pommes, pauvres Américains,
Combien de visages pâles et combien d'Indiens ?

Les trois petits cochons, tout au fond de leur planque,
Entassaient leurs millions (y avait pas encor'e d'banque)
Lorsque surgit, vengeur, le drapeau noir en main,
Notre Arsène Lupus, notre Arsène Loupin.

Pauvres hommes, pauvres pommes, pauvres marchands de grains,
Combien d'Oncle Picsou et combien de Mandrin ?

L'agnelet dodu buvait dans l'onde pure,
Cachant dessous sa laine une tendre nourriture.
Le loup, en salivant, lui dit : « Mon pauvre agneau :
Même Jean de la Fontaine raffolait du gigot. »

Pauvres hommes, pauvres pommes, pauvres suceurs de sang,
Combien de cannibales, combien de non-violents ?

Le Petit Chaperon rouge, déjà fieffée salope,
Avec son p'tit pot d'beurre et sa petite culotte,
A dit à l'animal : « Tu viens chez moi, mon loup ? »
A une pareille invite, qui refuse, qui de vous ?

Pauvres hommes, pauvres pommes, pauvre triste tapin,
Combien reste-t-il d'anges et combien de putains ?

Le loup, sur son chemin de jeûne et de misère,
Explique à un beau chien, bien luisant, bien prospère,
A la vue de la chaîne accrochée à son cou :
« A toi la vie de chien, à moi la mort du loup. »

Pauvres hommes, pauvres pommes, pauvres caniches nains,
Combien y a-t-il d'esclaves et combien de mutins ?

Ne mêlez plus le loup à vos sales histoires.
Vos contes, vos dictons, c'est de la merde à boire
Et si la faim, elle fait sortir le loup du bois,
Vos guerres vous font sortir de partout à la fois.

Pauvres mecs, pauv' blancs-becs, pauvres tristes filous,
Combien reste-t-il d'hommes, dites-moi, et de loups ?
   
  
















lundi 24 novembre 2014

BENABAR "Quatre murs et un toit"








La maison de Palma (Castagnola, cz)





Voilà la maison de Palma...

je ne sais pas pourquoi, mais elle a toujours eu

pour moi la porte bleu ciel et les persiennes vert prairie.






Quatre murs et un toit

Un terrain vague, de vagues clôtures, un ________ divague sur la maison future. On s'_____________ pour trente ans, ce pavillon sera le nôtre, et celui de nos enfants corrige la femme _____________. Les travaux sont finis, du moins le gros ____________, ça sent le plâtre et l'enduit et la poussière toute neuve.

Le plâtre et l'enduit et la poussière toute neuve.

Des ampoules à nu pendent des _______, du plafond, le bébé est né, il __________ dans le salon. On ajoute à l'___________ une chambre de plus, un petit frère est prévu pour l'automne. Dans le jardin les arbres aussi _____________, on pourra y faire un jour une cabane.

On pourra y faire un jour une cabane.

Les enfants ont poussé, ils sont trois maintenant, on ___________ sans se douter le ______________ doucement. Le grand habite le garage pour être indépendant, la cabane, c'est dommage, est à l'__________. Monsieur rêverait de ___________ une cave à vins, Madame préfèrerait une deuxième salle de bain.

Ça sera une deuxième salle de bain.

Les enfants vont et viennent __________ de linge sale, ça devient un hôtel la maison familiale. On a fait un _____________ dans la petite pièce d'en haut, et des chambres d'amis, les enfants sont _________. Ils ont quitté le nid sans le savoir vraiment, petit à petit, et vêtement par vêtement.

Petit à petit, et vêtement par vêtement.

Ils habitent à Paris des __________ sans espace, alors qu'ici il y' a trop de place. On va poser tu sais des ___________ électriques, c'est un peu laid c'est vrai, mais c'est plus pratique. La maison somnole comme un chat fatigué, dans son ventre ____________ la machine à laver.

Dans son ventre ________________ la machine à laver.

Les petits enfants espérés apparaissent, dans le ________, on remet des glaces. La cabane du jardin trouve une deuxième _________, c'est le consulat que rouvrent les ________. Le __________ sans bataille livre ses trésors, ses panoplies de cow-boys aux petits ambassadeurs, qui colonisent pour la dernière fois la modeste terre promise, quatre murs et un toit. Cette maison est en vente comme vous le savez, je suis, je me présente, agent ______________. Je dois vous prévenir si vous voulez l'acheter, je préfère vous le dire cette maison est hantée. Ne souriez pas Monsieur, n'ayez crainte Madame, c'est hanté c'est vrai mais de gentils ______________. De monstres et de dragons que les gamins savent voir, de pleurs et de ___________, et de copieux quatre-heures, “finis tes devoirs", “il est trop lourd mon cartable", “laisse tranquille ton frère", “les enfants : à table !"
Écoutez la musique, est-ce que vous l'entendez ?












Quatre murs et un toit
  

Un terrain vague, de vagues clôtures, un couple divague sur la maison future. On s'endette pour trente ans, ce pavillon sera le nôtre, et celui de nos enfants corrige la femme enceinte. Les travaux sont finis, du moins le gros œuvre, ça sent le plâtre et l'enduit et la poussière toute neuve.

Le plâtre et l'enduit et la poussière toute neuve.

Des ampoules à nu pendent des murs, du plafond, le bébé est né, il joue dans le salon. On ajoute à l'étage une chambre de plus, un petit frère est prévu pour l'automne. Dans le jardin les arbres aussi grandissent, on pourra y faire un jour une cabane.

On pourra y faire un jour une cabane.

Les enfants ont poussé, ils sont trois maintenant, on remplit sans se douter le grenier doucement. Le grand habite le garage pour être indépendant, la cabane, c'est dommage, est à l'abandon. Monsieur rêverait de creuser une cave à vins, Madame préfèrerait une deuxième salle de bain.

Ça sera une deuxième salle de bain.

Les enfants vont et viennent chargés de linge sale, ça devient un hôtel la maison familiale. On a fait un bureau dans la p'tite pièce d'en haut, et des chambres d'amis, les enfants sont partis. Ils ont quitté le nid sans le savoir vraiment, petit à petit, et vêtement par vêtement.

Petit à petit, et vêtement par vêtement.

Ils habitent à Paris des apparts sans espace, alors qu'ici il y' a trop de place. On va poser tu sais des stores électriques, c'est un peu laid c'est vrai, mais c'est plus pratique. La maison somnole comme un chat fatigué, dans son ventre ronronne la machine à laver.

Dans son ventre ronronne la machine à laver.

Les petits enfants espérés apparaissent, dans le frigo, on remet des glaces. La cabane du jardin trouve une deuxième jeunesse, c'est le consulat que rouvrent les gosses. Le grenier sans bataille livre ses trésors, ses panoplies de cow-boys aux petits ambassadeurs, qui colonisent pour la dernière fois la modeste terre promise, quatre murs et un toit. Cette maison est en vente comme vous le savez, je suis, je me présente, agent immobilier. Je dois vous prévenir si vous voulez l'acheter, je préfère vous le dire cette maison est hantée. Ne souriez pas Monsieur, n'ayez crainte Madame, c'est hanté c'est vrai mais de gentils fantômes. De monstres et de dragons que les gamins savent voir, de pleurs et de bagarres, et de copieux quatre-heures, “finis tes devoirs", “il est trop lourd mon cartable", “laisse tranquille ton frère", “les enfants : à table !"
Écoutez la musique, est-ce que vous l'entendez ?






jeudi 20 novembre 2014

L'écrivain d' Alexandre Poulin




Une histoire de confiance 

Et de crayons


  que j'offrirais volontiers à mes élèves


  et que je dédie à ma très chère prof










Une beau poème  de ce chanteur québécois ...

avec quelques difficultés  de vocabulaire







L'écrivain

J'ai grandi pas loin d'ici
Dans le 3ème arrondissement
Où les rêves se font endormis
Une fois debout on a plus le temps

Mon père gagnait sa vie
A l'usine de Camaro
Pareil comme son père avant lui
Même que y posait le même morceau

Ma mère faisait des ménages
Moi je rêvais d'être écrivain
Et pis de pelleter des nuages
Pour que le soleil brille enfin

Mais j'étais si mauvais à l'école
Que je pensais pas que j'y arriverais
J'étais pas de ceux qu'on traitait de bol
Même quand je donnais tout ce que j'avais

Mais y avait monsieur Desilet
Un prof fin et disponible
Qui m'avait pris sous son aile
Et croyait en mon talent subtile

Dommage ça n'allait rien changer
Je coulerais le test du ministère
Lundi j'enverrais mon CV
A l'usine de mon père

Mais la veille de l'examen final
Le bon monsieur Desilet
M'a tendu un crayon banal
Roulé dans un velours épais

Et puis tout en fixant ma main
Il  a dit "ce crayon-là, il est magique
Prend le demain pour l'examen
Il sait les réponses et les répliques"

Je suis pas du genre a croire tout ce qu'on me dit
Mais mon prof inspirait confiance
Et je voulais croire un peu aussi
Que j'avais  peut-être encore une chance

D'ailleurs à la seconde où je l'ai pris
J'ai senti comme un changement
J'vous jure que je vous conte pas de mentries (mensonges)
Non, le crayon était vivant

Et contre toutes mes espérances
Il écrivait pratiquement tout seul
Sans blague c'avait presque pas de sens
De le voir danser sur les feuilles

J'ai donc passer mon examen
Comme un petit test de routine
Avec quelque chose comme 80
Presque aussi haut que mon estime

Oh j'aurais du rendre le crayon
J'étais quand même pas un voleur
Mais pour une fois que je me trouvais bon
Pis que l'avenir était en couleur

J'ai mis le stylo dans ma poche
Pis je suis parti en courant
La conscience aussi lourde qu'une roche
Qu'on brise pour en faire du ciment

Et au fil des années
Je suis devenu l'auteur que j'espérais
J'ai même vendu dans le monde entier
Tous mes bouquins et mes essais

Et avec le sentiment étrange
Qu'au fond j'avais rien accompli
Le crayon vainquait les pages blanches
Moi je n'étais que son outil

Je me suis mis a boire plus qu'il ne faut
Pour oublier que je n'étais rien
Que je roulais dans une Camaro
Sur laquelle mon père s'usait les mains

En plus j'avais toujours peur
Qu'on me vole mon précieux crayon
Ou que me dénonce mon professeur
Là s'en serait vraiment fini pour de bon

Il m'a retrouvé hier soir
A une séance de dédicace
Tout autour de ses yeux noirs
Le temps avait laissé sa trace

Je lui devais mon succès
Et des excuses comme de raison
J'ai dit "monsieur Desilet
Vous venez chercher votre crayon"

Il m'a sourit tristement
En disant "t'as toujours pas compris
Il est dans ta tête ton grand talent
Le stylo venait de chez uniprix"

"Laisse-moi te regarder maintenant
Je suis si fier de toi
Y a pas un seul de tes romans
Que j'ai pas lu au moins 3 fois"

Moi je me suis levé d'un coup
J'en croyais juste pas mes oreilles
J'ai pris mon vieux prof par le cou
La vérité me donnait des ailes

Tellement qu'en arrivant chez moi
J'ai jeté le stylo par la fenêtre
La lumière brillait sur les toits
Et les mots dansaient dans ma tête

J'ai pas fermé l'oeil de la nuit
Non, j'ai écrit sans m'arrêter
Le nombre de feuilles que j'ai noircies
Je pourrais même pas les compter

Ça raconte l'histoire d'un petit gars
Qu'y avait tellement pas confiance en lui
Qui trouve plus facile de croire
Qu'un crayon peux faire de la magie

Car dans le 3ème arrondissement
Les rêves volent pas très haut
On les laisse traîner sur un banc
Devant l'usine de Camaro

Et comme on entend la machinerie
Crier jusque dans la cour d'école
On comprend vite dès qu'on est petit
Qu'y a juste les oiseaux qui s'envolent






mardi 18 novembre 2014

Grand Corps Malade (Fabien Marsaud) : "Les voyages en train", "Rencontres" avec "Patients", son premier livre




  




Grand Corps Malade, de son nom de scène, Fabien Marsaud, de son

vrai nom,  est un auteur et slameur français. Il est surtout connu pour

avoir popularisé  le style musical du slam. Fabien viens de sortir son

premier livre, où il nous fait  partager ses sentiments et son vécu

durant son année de convalescence, dans  un centre de rééducation

pour handicapés lourds.





J'crois que les histoires d'amour c'est comme les voyages en train,
Et quand je vois tous ces voyageurs parfois j'aimerais en être un,
Pourquoi tu crois que tant de gens attendent sur le quai de la gare,
Pourquoi tu crois qu'on flippe autant d'arriver en retard.

Les trains démarrent souvent au moment où l'on s'y attend le moins,
Et l'histoire d'amour t'emporte sous l'oeil impuissant des témoins,
Les témoins c'est tes potes qui te disent au revoir sur le quai,
Ils regardent le train s'éloigner avec un sourire inquiet,

Toi aussi tu leur fais signe et tu imagines leurs commentaires,
Certains pensent que tu te plantes et que t'as pas les pieds sur terre,
Chacun y va de son pronostic sur la durée du voyage,
Pour la plupart le train va dérailler dès le premier orage.

Le grand amour change forcément ton comportement,
Dès le premier jour faut bien choisir ton compartiment,
Siège couloir ou contre la vitre il faut trouver la bonne place,
Tu choisis quoi une love story de première ou de seconde classe.

Dans les premiers kilomètres tu n'as d'yeux que pour son visage,
Tu calcules pas derrière la fenêtre le défilé des paysages,
Tu te sens vivant tu te sens léger tu ne vois pas passer l'heure,
T'es tellement bien que t'as presque envie d'embrasser le contrôleur.

Mais la magie ne dure qu'un temps et ton histoire bât de l'aile,
Toi tu te dis que tu n'y est pour rien et que c'est sa faute à elle,
Le ronronnement du train te saoule et chaque virage t'écoeure,
Faut que tu te lèves que tu marches tu vas te dégourdir le coeur.

Et le train ralentit et c'est déjà la fin de ton histoire,
En plus t'es comme un con tes potes sont restés à l'autre gare,
Tu dis au revoir à celle que tu appelleras désormais ton ex,
Dans son agenda sur ton nom elle va passer un coup de tipex.

C'est vrai que les histoires d'amour c'est comme les voyages en train,
Et quand je vois tous ces voyageurs parfois j'aimerais en être un,
Pourquoi tu crois que tant de gens attendent sur le quai de la gare,
Pourquoi tu crois qu'on flippe autant d'arriver en retard.

Pour beaucoup la vie se résume à essayer de monter dans le train,
A connaître ce qu'est l'amour et se découvrir plein d'entrain,
Pour beaucoup l'objectif est d'arriver à la bonne heure,
Pour réussir son voyage et avoir accès au bonheur.

Il est facile de prendre un train encore faut il prendre le bon,
Moi je suis monté dans deux trois rames mais c'était pas le bon wagon,
Car les trains sont capricieux et certains sont inaccessibles,
Et je ne crois pas tout le temps qu'avec la SNCF c'est possible.

Il y a ceux pour qui les trains sont toujours en grèves,
Et leurs histoires d'amour n'existent que dans leurs rêves,
Et y'a ceux qui foncent dans le premier train sans faire attention,
Mais forcément ils descendront dessus à la prochaine station,


Y'a celles qui flippent de s'engager parce qu'elles sont trop émotives,
Pour elles c'est trop risqué de s'accrocher à la locomotive,
Et y'a les aventuriers qu'enchaînent voyages sur voyages,
Dès qu'une histoire est terminée ils attaquent une autre page.

Moi après mon seul vrai voyage j'ai souffert pendant des mois,
On s'est quitté d'un commun accord mais elle était plus d'accord que moi,
Depuis je traîne sur les quais je regarde les trains au départ,
Y'a des portes qui s'ouvrent mais dans une gare je me sent à part.

Il parait que les voyages en train finissent mal en général,
Si pour toi c'est le cas accroche toi et garde le moral,
Car une chose est certaine y'aura toujours un terminus,
Maintenant tu es prévenu la prochaine fois tu prendras le bus.