samedi 20 septembre 2014

"No et moi" du livre de Delphine de Vigan au film de Zabou Breitman








L'attention que ce beau  film a engendrée ce matin en classe

(I D ESABAC) m'a plu,  que de silence et de participation ...   

de la part aussi de   Mme Soresina, qui a été obligée de nous 

quitter pour changer  de classe à 10 h.

On dit de Lou qu'elle est une enfant précoce...

mais,  aujourd'hui,  mes élèves aussi avaient tout à coup grandi

face aux péripéties de notre héroïne qui, sous le visage de la pâleur

innocente de  Nina Rodriguez,  nous a donné quelques frissons

inoubliables... MERCI!... J'attends maintenant vos exposés.





L’ORIGINE DU LIVRE “Au tout début, c’est une image qui me heurte, presque chaque matin, et qui finit par me hanter: ces silhouettes perdues, ici ou là, sur le boulevard Richard-Lenoir, dans la morsure de l’hiver; des jeunes femmes aussi, parfois seules avec leur chien, parfois entourées d’hommes. Ainsi naît l’envie d’écrire autour de ça, d’approcher par l’écriture quelque chose qui me heurte et que je ne connais pas. Je n’ai pas écrit ce livre pour délivrer un quelconque message. Mais je me dis que l’écriture peut rendre compte, par la fiction, d’une image qui me blesse. C’est une manière d’être au monde, sans doute, de lui tendre un miroir, peut-être de l’apprivoiser.” LA CRÉATION DES PERSONNAGES “Il y a d’abord eu No, puis Lou, puis sans doute ses parents. Lucas est venu plus tard. Au départ, je pensais que Lou ne serait qu’une voix qui rendrait compte d’une situation. Une médiatrice entre No, plus abrupte, et le lecteur...





  










    No et moi de Delphine de Vigan









    Un conte de solitude urbaine porté par une  voix de jeune fille,
    absorbée  par  cet esprit de malaise, de difficultés, avec cette
    sensation d'incompréhension,  sans rhétorique,  assez typique
    des  adolescents un peu hors norme (La solitudine dei numeri
    primi de Giordano Paolo) auxquels  les adultes  ne savent 
    répondre qu' avec leurs doutes …


    Avant de rencontrer No, je croyais que la violence était dans les cris, les coups , la guerre et le sang. Maintenant je sais que la violence  est aussi dans le silence , qu’elle est parfois invisible à l’œil nu. La violence est ce temps qui recouvre les blessures, l’enchaînement irréductible des jours, cet impossible retour en arrière. La violence est ce qui nous échappe, elle se tait, ne se montre pas, la violence est ce qui ne trouve pas d’explication, ce qui à jamais restera opaque (ED. Le livre de poche p. 228)


    Tandis que Lou pénètre dans le monde des adultes, son récit s’assombrit, l’anecdotique devient universel. Un bel ouvrage qui naît dans un coin sombre de notre société pour s’élever au-dessus de nos petites destinées.
    Mélanie Carpentier



    Avancer vers l’âge adulte implique une prise de conscience, parfois, amère 
    de l’autre et  des beaux jours dont on a toujours rêvés…
    Un beau roman qui nous touche en tant que père / mère / prof ...
    Je me suis un peu senti dans la peau de Monsieur Marin (p 248/9) …
    Je trouve que Delphine de Vigan  termine son joli conte avec  les mots
    les meilleurs de ce prof qui part  à la retraite et  qui rappelle
    à Mademoiselle Bertignac ( Lou) :

    « Ne renoncez pas. »

    moi, pour ma part, je ne peux que continuer de le  répéter ...







    Résumé
    Lou, treize ans, intellectuellement précoce, est une élève brillante et isolée. Fille unique délaissée par une mère tombée en  dépression après la mort d'un bébé et incomprise d'un père aimant mais prisonnier de son impuissance...





      

        

    Delphine de Vigan  est une romancière française née le


    Elle est l'auteur de six romans dont l'avant-dernier en 

    2007 a été couronné par le Prix des libraires.


          





    En italien

    Gli effetti secondari dei sogni Ed. Mondadori










    "Un amour de Swann" de Marcel Proust : Swann et la jalousie, "l'ombre de son amour"





      "L'amour, dans l'anxiété douloureuse comme dans le désir heureux,
      est l'exigence d'un tout.
    Il ne naît, il ne subsiste que si une partie reste à conquérir.
    On n'aime que ce qu'on ne possède pas tout entier."


    Marcel Proust
     








    Voici l'extrait et des  liens pour étudier

    avec Mme Claudie Bertuletti








    "Swann et la jalousie"














      


    Quand il sortit le lendemain du banquet, il pleuvait à verse, il n’avait à
    sa disposition que sa victoria ; un ami lui proposa de le reconduire chez
    lui en coupé, et comme Odette, par le fait qu’elle lui avait demandé de
    venir, lui avait donné la certitude qu’elle n’attendait personne, c’est
    l’esprit tranquille et le coeur content que, plutôt que de partir ainsi dans
    la pluie, il serait rentré chez lui se coucher. Mais peut-être, si elle voyait
    qu’il n’avait pas l’air de tenir à passer toujours avec elle, sans aucune exception,
    la fin de la soirée, négligerait-elle de la lui réserver, justement
    une fois où il l’aurait particulièrement désiré.
    Il arriva chez elle après onze heures, et, comme il s’excusait de n’avoir
    pu venir plus tôt, elle se plaignit que ce fût en effet bien tard, l’orage
    l’avait rendue souffrante, elle se sentait mal à la tête et le prévint qu’elle
    ne le garderait pas plus d’une demi-heure, qu’à minuit, elle le renverrait
    ; et, peu après, elle se sentit fatiguée et désira s’endormir.
    – Alors, pas de catleyas ce soir ? lui dit-il, moi qui espérais un bon petit
    catleya.
    Et d’un air un peu boudeur et nerveux, elle lui répondit :
    – Mais non, mon petit, pas de catleyas ce soir, tu vois bien que je suis
    souffrante !
    – Cela t’aurait peut-être fait du bien, mais enfin je n’insiste pas.
    Elle le pria d’éteindre la lumière avant de s’en aller, il referma luimême
    les rideaux du lit et partit. Mais quand il fut rentré chez lui, l’idée
    lui vint brusquement que peut-être Odette attendait quelqu’un ce soir,
    qu’elle avait seulement simulé la fatigue et qu’elle ne lui avait demandé
    d’éteindre que pour qu’il crût qu’elle allait s’endormir, qu’aussitôt qu’il
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    avait été parti, elle l’avait rallumée, et fait rentrer celui qui devait passer
    la nuit auprès d’elle. Il regarda l’heure. Il y avait à peu près une heure et
    demie qu’il l’avait quittée, il ressortit, prit un fiacre et se fit arrêter tout
    près de chez elle, dans une petite rue perpendiculaire à celle sur laquelle
    donnait derrière son hôtel et où il allait quelquefois frapper à la fenêtre
    de sa chambre à coucher pour qu’elle vînt lui ouvrir ; il descendit de voiture,
    tout était désert et noir dans ce quartier, il n’eut que quelques pas à
    faire à pied et déboucha presque devant chez elle. Parmi l’obscurité de
    toutes les fenêtres éteintes depuis longtemps dans la rue, il en vit une
    seule d’où débordait – entre les volets qui en pressaient la pulpe mystérieuse
    et dorée – la lumière qui remplissait la chambre et qui, tant
    d’autres soirs, du plus loin qu’il l’apercevait, en arrivant dans la rue, le
    réjouissait et lui annonçait : « elle est là qui t’attend » et qui maintenant,
    le torturait en lui disant : « elle est là avec celui qu’elle attendait ». Il voulait
    savoir qui ; il se glissa le long du mur jusqu’à la fenêtre, mais entre
    les lames obliques des volets il ne pouvait rien voir ; il entendait seulement
    dans le silence de la nuit le murmure d’une conversation. Certes, il
    souffrait de voir cette lumière dans l’atmosphère d’or de laquelle se
    mouvait derrière le châssis le couple invisible et détesté, d’entendre ce
    murmure qui révélait la présence de celui qui était venu après son départ,
    la fausseté d’Odette, le bonheur qu’elle était en train de goûter avec
    lui.
    Et pourtant il était content d’être venu : le tourment qui l’avait forcé de
    sortir de chez lui avait perdu de son acuité en perdant de son vague,
    maintenant que l’autre vie d’Odette, dont il avait eu, à ce moment-là, le
    brusque et impuissant soupçon, il la tenait là, éclairée en plein par la
    lampe, prisonnière sans le savoir dans cette chambre où, quand il le voudrait,
    il entrerait la surprendre et la capturer ; ou plutôt il allait frapper
    aux volets comme il faisait souvent quand il venait très tard ; ainsi du
    moins, Odette apprendrait qu’il avait su, qu’il avait vu la lumière et entendu
    la causerie, et lui, qui tout à l’heure, se la représentait comme se
    riant avec l’autre de ses illusions, maintenant, c’était eux qu’il voyait,
    confiants dans leur erreur, trompés en somme par lui qu’ils croyaient
    bien loin d’ici et qui, lui, savait déjà qu’il allait frapper aux volets. Et
    peut-être, ce qu’il ressentait en ce moment de presque agréable, c’était
    autre chose aussi que l’apaisement d’un doute et d’une douleur : un plaisir
    de l’intelligence. Si, depuis qu’il était amoureux, les choses avaient repris
    pour lui un peu de l’intérêt délicieux qu’il leur trouvait autrefois,
    mais seulement là où elles étaient éclairées par le souvenir d’Odette,
    maintenant, c’était une autre faculté de sa studieuse jeunesse que sa
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    jalousie ranimait, la passion de la vérité, mais d’une vérité, elle aussi, interposée
    entre lui et sa maîtresse, ne recevant sa lumière que d’elle, vérité
    tout individuelle qui avait pour objet unique, d’un prix infini et presque
    d’une beauté désintéressée, les actions d’Odette, ses relations, ses projets,
    son passé. À toute autre époque de sa vie, les petits faits et gestes quotidiens
    d’une personne avaient toujours paru sans valeur à Swann : si on
    lui en faisait le commérage, il le trouvait insignifiant, et, tandis qu’il
    l’écoutait, ce n’était que sa plus vulgaire attention qui y était intéressée ;
    c’était pour lui un des moments où il se sentait le plus médiocre. Mais
    dans cette étrange période de l’amour, l’individuel prend quelque chose
    de si profond, que cette curiosité qu’il sentait s’éveiller en lui à l’égard
    des moindres occupations d’une femme, c’était celle qu’il avait eue autrefois
    pour l’Histoire. Et tout ce dont il aurait eu honte jusqu’ici, espionner
    devant une fenêtre, qui sait ? demain peut-être, faire parler habilement
    les indifférents, soudoyer les domestiques, écouter aux portes, ne
    lui semblait plus, aussi bien que le déchiffrement des textes, la comparaison
    des témoignages et l’interprétation des monuments, que des méthodes
    d’investigation scientifique d’une véritable valeur intellectuelle et
    appropriées à la recherche de la vérité.
    Sur le point de frapper contre les volets, il eut un moment de honte en
    pensant qu’Odette allait savoir qu’il avait eu des soupçons, qu’il était revenu,
    qu’il s’était posté dans la rue. Elle lui avait dit souvent l’horreur
    qu’elle avait des jaloux, des amants qui espionnent. Ce qu’il allait faire
    était bien maladroit, et elle allait le détester désormais, tandis qu’en ce
    moment encore, tant qu’il n’avait pas frappé, peut-être, même en le
    trompant, l’aimait-elle. Que de bonheurs possibles dont on sacrifie ainsi
    la réalisation à l’impatience d’un plaisir immédiat ! Mais le désir de
    connaître la vérité était plus fort et lui sembla plus noble. Il savait que la
    réalité de circonstances, qu’il eût donné sa vie pour restituer exactement,
    était lisible derrière cette fenêtre striée de lumière, comme sous la couverture
    enluminée d’or d’un de ces manuscrits précieux à la richesse
    artistique elle-même desquels le savant qui les consulte ne peut rester indifférent.
    Il éprouvait une volupté à connaître la vérité qui le passionnait
    dans cet exemplaire unique, éphémère et précieux, d’une matière translucide,
    si chaude et si belle. Et puis l’avantage qu’il se sentait – qu’il avait
    tant besoin de se sentir – sur eux, était peut-être moins de savoir, que de
    pouvoir leur montrer qu’il savait. Il se haussa sur la pointe des pieds. Il
    frappa. On n’avait pas entendu, il refrappa plus fort, la conversation
    s’arrêta. Une voix d’homme dont il chercha à distinguer auquel de ceux
    des amis d’Odette qu’il connaissait elle pouvait appartenir, demanda :
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    – Qui est là ?
    Il n’était pas sûr de la reconnaître. Il frappa encore une fois. On ouvrit
    la fenêtre, puis les volets. Maintenant, il n’y avait plus moyen de reculer
    et, puisqu’elle allait tout savoir, pour ne pas avoir l’air trop malheureux,
    trop jaloux et curieux, il se contenta de crier d’un air négligent et gai :
    – Ne vous dérangez pas, je passais par là, j’ai vu de la lumière, j’ai voulu
    savoir si vous n’étiez plus souffrante.
    Il regarda. Devant lui, deux vieux messieurs étaient à la fenêtre, l’un
    tenant une lampe, et alors, il vit la chambre, une chambre inconnue.
    Ayant l’habitude, quand il venait chez Odette très tard, de reconnaître sa
    fenêtre à ce que c’était la seule éclairée entre les fenêtres toutes pareilles,
    il s’était trompé et avait frappé à la fenêtre suivante qui appartenait à la
    maison voisine. Il s’éloigna en s’excusant et rentra chez lui, heureux que
    la satisfaction de sa curiosité eût laissé leur amour intact et qu’après
    avoir simulé depuis si longtemps vis-à-vis d’Odette une sorte
    d’indifférence, il ne lui eût pas donné, par sa jalousie, cette preuve qu’il
    l’aimait trop, qui, entre deux amants, dispense, à tout jamais, d’aimer assez,
    celui qui la reçoit. Il ne lui parla pas de cette mésaventure, lui-même
    n’y songeait plus.