lundi 8 septembre 2014

Le Petit Nicolas : "Monsieur Bordenave n'aime pas le soleil" - "Je fréquente Agnan"







  


Le Petit Nicolas


M. Bordenave n’aime pas le soleil



Moi, je ne comprends pas monsieur Bordenave quand il dit qu’il n’aime pas le beau temps. C’est vrai ça, la pluie ce n’est pas chouette. Bien sûr, on peut s’amuser aussi quand il pleut. On peut mar­cher dans le ruisseau, on peut lever la tête et ouvrir la bouche pour avaler plein de gouttes d’eau et à la maison c’est bien, parce qu’il fait chaud et on joue avec le train électrique et maman fait du chocolat avec des gâteaux. Mais quand il pleut, on n’a pas de récré à l’école, parce qu’on ne nous laisse pas descendre dans la cour. C’est pour ça que je ne comprends pas monsieur Bordenave, puisque lui aussi il en profite du beau temps, c’est lui qui nous surveille à ta récré.
Aujourd’hui, par exemple, il a fait très beau, avec des tas de soleil et on a eu une récré terrible, d’au­tant plus que, depuis trois jours, il avait plu tout le temps et on avait dû rester en classe. On est arrivés dans la cour en rang, comme pour chaque récré et monsieur Bordenave nous a dit « Rompez », et On a commencé à rigoler. «On joue au gendarme et au voleur! » a crié Rufus, dont le papa est agent de
police. «Tu nous embêtes, a dit Eudes, on joue au foot. » Et ils se sont battus. Eudes est très fort et il aime bien donner des coups de poing sur les nez des copains, et, comme Rufus c’est un copain, il lui a donné un coup de poing sur le nez. Rufus ne s’y attendait pas, alors, il a reculé et il s’est cogné sur Alceste qui était en train de manger un sandwich à la confiture et le sandwich est tombé par terre et Alceste s’est mis à crier. Monsieur Bordenave est venu en courant, il a séparé Eudes et Rufus et il les a mis au piquet.
«Et mon sandwich, a demandé Alceste, qui me le rendra? — Tu veux aller au piquet aussi? » a répondu monsieur Bordenave. « Non, moi je veux mon sandwich à la confiture », a dit Alceste. Mon­sieur Bordenave est devenu tout rouge, et il a com­mencé à souffler par le nez, comme quand il se met en colère, mais il n’a pas pu continuer à parler avec Alceste, parce que Maixent et Joachim étaient en train de se battre. « Rends-moi ma bille, tu as tri­ché! » criait Joachim et il tirait sur la cravate de Maixent et Maixent lui donnait des gifles. «Qu’est-ce qui se passe ici? » a demandé monsieur Borde­nave. « Joachim n’aime pas perdre, c’est pour ça qu’il crie, si vous voulez, je peux lui donner un coup de poing sur le nez », a dit Eudes qui s’était approché pour voir. Monsieur Bordenave a regardé Eudes, tout surpris : « Je croyais que tu étais au piquet? » il a dit. « Ah, ben oui, c’est vrai », a dit Eudes, et il est retourné au piquet, pendant que Maixent devenait tout rouge, parce que Joachim ne la lâchait pas, la cravate, et monsieur Bordenave les a envoyés tous les deux au piquet, rejoindre les autres.
«Et mon sandwich à la confiture? » a demandé Alceste, qui mangeait un sandwich à la confiture. «Mais tu es en train d’en manger un! » a dit mon­sieur Bordenave. « C’est pas une raison, a crié Alceste, j’apporte quatre sandwichs pour la récré et je veux manger quatre sandwichs! » Monsieur Bor­denave n’a pas eu le temps de se fâcher, parce qu’il a reçu la balle sur la tête, pof! « Qui a fait ça? » a crié monsieur Bordenave en se tenant le front. «C’est Nicolas, monsieur, je l’ai vu! » a dit Agnan. Agnan, c’est le premier de la classe et le chouchou de la maîtresse, nous, on ne l’aime pas trop, c’est un vilain cafard, mais il porte des lunettes et on ne peut pas lui taper dessus aussi souvent qu’on en aurait envie. « Vilain cafard, j’ai crié, si t’avais pas de lunettes, je t’en enverrais une! » Agnan s’est mis à pleurer, en disant qu’il était très mal­heureux et qu’il allait se tuer et puis il s’est roulé par terre. Monsieur Bordenave m’a demandé si c’était vrai que c’était moi qui avais jeté la balle et je lui ai dit que oui, qu’on jouait à la balle au chas­seur et que j’avais raté Clotaire, et que ce n’était pas de ma faute, parce que je n’avais pas envie de chasser monsieur Bordenave. «Je ne veux pas que vous jouiez à ces jeux brutaux! Je confisque la balle! Et toi, tu vas au piquet! » il m’a dit, monsieur Bor­denave. Moi je lui ai dit que c’était drôlement injus­te. Agnan, lui, il m’a fait « bisque, bisque, rage » et il avait l’air tout content et il est parti avec son livre. Agnan ne joue pas pendant la récré, il em­porte un livre et il repasse ses leçons. Il est fou, Agnan!
«Et alors, qu’est-ce qu’on fait pour le sandwich à la confiture? a demandé Alceste. J’en suis à mon troisième sandwich, la récré va se terminer et il va me manquer un sandwich, je vous préviens! »Monsieur Bordenave allait commencer à lui ré­pondre, mais il n’a pas pu et c’est dommage, parce que ça avait l’air intéressant ce qu’il avait à dire à Alceste. Il n’a pas pu répondre, parce qu’Agnan était par terre et il poussait des cris terribles. «Quoi encore?» a demandé monsieur Bordenave. « C’est Geoffroy! Il m’a poussé! Mes lunettes! Je meurs! »a dit Agnan qui parlait comme dans un film que j’ai vu où il y avait des gens dans un sous-marin qui ne pouvaient pas remonter et les gens se sau­vaient, mais le sous-marin était fichu. « Mais non, monsieur, ce n’est pas Geoffroy, Agnan est tombé tout seul, il ne tient pas debout », a dit Eudes. « De quoi te mêles-tu? a demandé Geoffroy, on ne t’a pas sonné, c’est moi qui l’ai poussé et après? »Monsieur Bordenave s’est mis à crier à Eudes de retourner au piquet et il a dit à Geoffroy de l’accompagner. Et puis, il a ramassé Agnan qui saignait du nez et qui pleurait et il l’a emmené à l’infirmerie, suivi d’Alceste qui lui parlait de son sandwich à la confiture.
Nous, on a décidé de jouer au foot. Ce qui était embêtant, c’est que les grands jouaient déjà au foot dans la cour, et, avec les grands, on ne s’entend pas toujours très bien et on se bat souvent. Et là, dans la cour, avec les deux balles et les deux parties de foot qui se mélangeaient, ça n’a pas raté. « Laisse cette balle, sale mioche, a dit un grand à Rufus, elle est à nous! — C’est pas vrai! » a crié Rufus, et c’était vrai que c’était pas vrai, et un grand a mis un but avec la balle des petits et le grand a giflé Rufus et Rufus a donné un coup de pied dans la jambe du grand. Les batailles avec les grands, ça se passe toujours comme ça, eux, ils nous donnent des gifles et nous on leur donne des coups de pied dans les jambes. Là, on se donnait à plein et tout le mon­de se battait et ça faisait un drôle de bruit. Et, mal­gré le bruit, on a entendu le cri de monsieur Bordenave qui revenait de l’infirmerie avec Agnan et Alceste. « Regardez, a dit Agnan, ils ne sont plus au piquet! » Monsieur Bordenave avait l’air vrai­ment fâché et il est venu en courant vers nous, mais il n’est pas arrivé, parce qu’il a glissé sur le sand­wich à la confiture d’Alceste et il est tombé. « Bra­vo, a dit Alceste, c’est gagné, marchez-lui dessus, à mon sandwich à la confiture! »
Monsieur Bordenave s’est relevé et il se frottait le pantalon et il s’est mis plein de confiture sur la main. Nous, on avait recommencé à se battre et c’était une récré drôlement chouette, mais mon­sieur Bordenave a regardé sa montre et il est allé en boitant sonner la cloche. La récré était finie.
Pendant qu’on se mettait en rang, le Bouillon est venu. Le Bouillon, c’est un autre surveillant, qu’on appelle comme ça parce qu’il dit toujours : « Re­gardez-moi dans les yeux», et comme dans le bouil­lon il y a des yeux, on l’appelle le Bouillon. Ce sont les grands qui ont trouvé ça.
«Alors, mon vieux Bordenave, a dit le Bouillon, ça ne s’est pas trop mal passé? — Comme d’habi­tude, a répondu monsieur Bordenave, qu’est-ce que tu veux, moi, je prie pour qu’il pleuve, et quand je me lève le matin et que je vois qu’il fait beau, je suis désespéré! »
Non, vraiment, moi je ne comprends pas monsieur Bordenave, quand il dit qu’il n’aime pas le soleil!


 Je fréquente Agnan



Je voulais sortir pour aller jouer avec mes copains, mais maman m’a dit que non, qu’il n’en était pas question, qu’elle n’aimait pas beaucoup les petits garçons que je fréquentais, qu’on faisait tout le temps des bêtises ensemble et que j’étais invité à goûter chez Agnan qui, lui, est très gentil, bien élevé et que je ferais bien de prendre exemple sur lui.
Moi, je n’avais pas tellement envie d’aller goûter chez Agnan, ni de prendre exemple sur lui. Agnan, c’est le premier de la classe, le chouchou de la maî­tresse, il n’est pas bon camarade, mais on ne tape pas trop sur lui, parce qu’il porte des lunettes. J’aurais préféré aller à la piscine avec Alceste, Geoffroy, Eudes et les autres, mais il n’y avait rien a faire, maman n’avait pas l’air de rigoler, et, de toute façon, moi j’obéis toujours à ma maman, surtout quand elle n’a pas l’air de rigoler.
Maman m’a fait baigner, peigner, elle m’a dit de mettre le costume bleu marine, celui qui a des plis au pantalon, la chemise blanche en soie et la cravate à pois. J’étais habillé comme pour le mariage de ma cousine Elvire, la fois où j’ai été malade après le repas.
«Ne fais pas cette tête-là, m’a dit maman, tu vas bien t’amuser avec Agnan! » et puis nous sommes sortis. J’avais surtout peur de rencontrer les co­pains. Ils se seraient moqués de moi s’ils m’avaient vu habillé comme ça!
C’est la maman d’Agnan qui nous a ouvert la porte. «Comme il est mignon! » elle a dit, elle m’a embrassé et puis elle a appelé Agnan : «Agnan ! Viens vite! Ton petit ami Nicolas est arrivé! »Agnan est venu, lui aussi était drôlement habillé, il avait une culotte de velours, des chaussettes blanches et des drôles de sandales noires qui bril­laient beaucoup. On avait l’air de deux guignols, lui et moi.
Agnan n’avait pas l’air tellement content de me voir, il m’a tendu la main et c’était tout mou. «Je vous le confie, a dit maman, j’espère qu’il ne fera pas trop de bêtises, je reviendrai le chercher à six heures. » La maman d’Agnan a dit qu’elle était sûre qu’on allait bien s’amuser et que j’allais être très sage. Maman est partie, après m’avoir regardé comme si elle était un peu inquiète.
Nous avons goûté. C’était bien, il y avait du chocolat, de la confiture, des gâteaux, des biscottes, et nous n’avons pas mis les coudes sur la table. Après, la maman d’Agnan nous a dit d’aller jouer gentiment dans la chambre d’Agnan.
Dans sa chambre, Agnan a commencé par me prévenir que je ne devais pas lui taper dessus, parce qu’il avait des lunettes et qu’il se mettrait à crier et que sa maman me ferait mettre en prison. Je lui ai répondu que j’avais bien envie de lui taper dessus, mais que je ne le ferais pas, parce que j’avais promis à ma maman d’être sage. Ça a semblé lui faire plai­sir à Agnan et il m’a dit qu’on allait jouer. Il a commencé à sortir des tas de livres, de géographie, de sciences, d’arithmétique et il m’a proposé que nous lisions et que nous fassions des problèmes pour passer le temps. Il m’a dit qu’il y avait des problèmes chouettes avec des robinets qui coulent dans une baignoire débouchée et qui se vide en même temps qu’elle se remplit.
C’était une bonne idée et j ‘ai demandé à Agnan si je pouvais voir la baignoire, qu’on pourrait s’amuser. Agnan m’a regardé, il a enlevé ses lunettes, les a essuyées, a réfléchi un peu et puis il m’a dit de le suivre.
Dans la salle de bains, il y avait une grande bai­gnoire et j’ai dit à Agnan qu’on pourrait la remplir et jouer aux petits bateaux. Agnan m’a dit qu’il n’avait jamais pensé à ça, mais que ce n’était pas une mauvaise idée. La baignoire s’est remplie très vite, jusqu’au bord, il faut dire que nous, on l’avait bouchée. Mais là, Agnan était très embêté, parce qu’il n’avait pas de bateaux pour jouer. II m’a expliqué qu’il avait très peu de jouets, qu’il avait surtout des livres. Heureusement, moi je sais faire des bateaux en papier et on a pris les feuilles du livre d’arithmétique. Bien sûr, on a essayé de faire attention, pour qu’Agnan puisse recoller après les pages dans son livre, parce que c’est très vilain de faire du mal à un livre, à un arbre ou à une bête.
On s’est bien amusés. Agnan faisait des vagues en mettant le bras dans l’eau. C’est dommage qu’il n’ait pas relevé la manche de sa chemise et qu’il n’ait pas enlevé la montre-bracelet qu’il a eue pour sa dernière composition d’histoire où il a été pre­mier et qui maintenant marque quatre heures vingt et ne bouge plus. Au bout d’un temps, je ne sais pas combien, avec cette montre qui ne marchait plus, on en a eu assez, et puis il y avait de l’eau partout et on n’a pas voulu faire trop de gâchis, surtout que par terre ça faisait de la boue et les sandales d’Agnan étaient moins brillantes qu’avant.
Nous sommes retournés dans la chambre d’Agnan et là, il m’a montré la mappemonde. C’est une grosse boule en métal, sur laquelle on a peint des mers et des terres. Agnan m’a expliqué que c’était pour apprendre la géographie et où se trou­vaient les pays. Ça, je le savais, il y a une mappe­monde comme ça à l’école et la maîtresse nous a montré comment ça marche. Agnan m’a dit qu’on pouvait dévisser la mappemonde et alors, ça ressemblait à une grosse balle. Je crois que c’est moi qui ai eu l’idée de jouer avec, ce n’était pas une très bonne idée. On s’amusait à se jeter la mappemonde, mais Agnan avait enlevé ses lunettes pour ne pas risquer de les casser, et, sans ses lunettes, il ne voit pas bien, alors, il a raté la mappemonde qui est allée frapper du côté de l’Australie contre le miroir qui s’est cassé. Agnan, qui avait remis ses lunettes pour voir ce qui s’était passé, était bien embêté. On a remis la mappemonde à sa place et on a décidé de faire attention, sinon, nos mamans pourraient ne pas être trop contentes.
On a cherché autre chose à faire et Agnan m’a dit que pour étudier les sciences, son papa lui offert un jeu de chimie. Il m’a montré et c’est très chouette. C’est une grosse boîte pleine de tubes, de drôles de bouteilles rondes, de petits flacons pleins de choses de toutes les couleurs, il y avait aussi un réchaud à alcool. Agnan m’a dit qu’avec tout ça, on pouvait faire des expériences très ins­tructives.
Agnan s’est mis à verser des petites poudres et des liquides dans les tubes et ça changeait de couleur, ça devenait rouge ou bleu et, de temps en temps, il y avait une petite fumée blanche. C’était drôlement instructif! J’ai dit à Agnan que nous de­vrions essayer d’autres expériences plus instructi­ves encore et il a été d’accord. Nous avons pris la plus grande des bouteilles et nous avons mis dedans toutes les petites poudres et tous les liquides, après, on a pris le réchaud à alcool et on a fait chauffer la bouteille. Au début, ce n’était pas mal ça a com­mencé à faire de la mousse et puis après, une fumée très noire. L’ennui, c’est que la fumée ne sentait pas bon et elle salissait partout. On a dû arrêter l’expérience quand la bouteille a éclaté.
Agnan s’est mis à crier qu’il ne voyait plus, mais, heureusement, c’était simplement parce que les verres de ses lunettes étaient tout noirs. Pendant qu’il les essuyait, moi j’ai ouvert la fenêtre, parce que la fumée nous faisait tousser. Sur le tapis, la mousse faisait des drôles de bruits, comme l’eau qui bout, les murs étaient tout noirs et nous, on n’était pas bien propres.
Et puis la maman d’Agnan est entrée. Pendant un tout petit moment, elle n’a rien dit, elle a ouvert les yeux et la bouche et puis elle s’est mise à crier, elle a enlevé les lunettes d’Agnan et elle lui a donné une claque, après elle nous a pris par la main pour nous emmener dans la salle de bains pour nous laver. Quand elle a vu la salle de bains, ça ne lui a pas tellement plu, à la maman d’Agnan.
Agnan, lui, il tenait dur à ses lunettes, parce qu’il n’avait pas envie de recevoir une autre claque. Alors, la maman d’Agnan est partie en courant en me disant qu’elle allait téléphoner à ma maman pour qu’elle vienne me chercher tout de suite et qu’elle n’avait jamais vu une chose pareille et que c’était absolument incroyable.
Maman est venue me chercher très vite et j’étais bien content, parce que je commençais à ne pas m’amuser dans la maison d’Agnan, surtout avec sa maman qui avait l’air drôlement nerveuse. Maman m’a ramené à la maison en me disant tout le temps que je pouvais être fier de moi et que pour le des­sert, ce soir, je n’en aurais pas. Je dois dire que c’était assez juste, parce qu’avec Agnan, on a tout de même fait pas mal de bêtises. En somme, maman avait raison, comme toujours je me suis bien amu­sé avec Agnan. Moi, je serais bien retourné le voir, mais maintenant, il paraît que c’est la maman d’Agnan qui ne veut pas qu’il me fréquente.
J’aimerais tout de même que les mamans finis­sent par savoir ce qu’elles veulent, on ne sait plus qui fréquenter!












    Les arrondissements de Paris













       

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    L'épopée des Cathédrales (ARTE TV)









     Pour mes élèves de I D ESABAC ..pour continuer notre cours

      sur la naissance de l'art gothique.




     Chartres

    Le nouveau chevet étant réuni au narthex (1)
    L'église étincelle, éclairée en son vaisseau médian,
    Car lumineux est ce qui joint en clarté deux sources de lumière.
    L'oeuvre fameux resplendit de cette clarté nouvelle
    L'agrandissement fut réalisé de nos jours
    C'est moi, Suger, qui a dirigé les travaux.
    1)ARCHIT. CHRÉT. Portique élevé en avant de la nef, dans les anciennes basiliques et où se tenaient les catéchumènes, les énergumènes et les pénitents auditeurs qui devaient être isolés de l'ensemble des fidèles.  
    La Geste de Louis IV par Suger



    L'Epopée des Cathédrales


    Le Moyen Age n’a pas toujours été la période obscure que l’on croit. Les 11° et 12° siècles comptent au contraire parmi les siècles les plus lumineux de notre histoire.
    Nous avons aussi pour habitude de considérer le moyen âge comme l’époque de la lenteur. Rien de plus faux pour les années 1150-1250. En deux siècles seulement, les 12° et 13° siècles, les sujets du roi de France se mettent à ériger pas moins de 80 cathédrales.Très rapidement la mode gothique gagnera toute l’Europe.
    L’ inventivité technique qu’a nécessité l’érection de monuments aussi grand est comparable à celle qui a prévalu après la découverte de l’électricité à la fin du 18°, après l’invention du béton au 19° ou du transistor au 20°.
    La construction des cathédrales gothiques a été une extraordinaire aventure architecturale, financière et humaine. 
    Notre esprit de compétition vient en partie de là. 
    A partir des années 1250 une frénésie de la construction embrase la région la plus riche d’occident : l’Ile de France. Chaque ville voulait avoir sa cathédrale et une cathédrale plus haute, plus belle que celle de la ville voisine. 
    Entre les inventeurs du gothique une course aux records s’engage, une course effrénée, émaillée d’accidents et de catastrophes . Evêques, chanoines et bourgeois sont animés par un esprit record du monde, tout comme les New-yorkais avec leurs gratte-ciel.
    Pourquoi cette folie des grandeurs ? Son origine n’est-elle que spirituelle, due à un renouveau de la foi ? N’est-elle pas due aussi à la libération de l’esprit d’entreprise dans des villes en plein essor, à l’audace d’une poignée de maîtres d’œuvre et d’architectes ?
    Comment ces monuments ont-ils été édifiées ? Comment travaillaient les ouvriers ? Quelle était la vie du chantier ? Techniquement, dans l’art de la pierre, on a jamais fait mieux depuis..
    LE TRIOMPHE DE LA CHRETIENTE, DES CLERCS ET DE LA BOURGEOISIE.
    Près de deux siècles d’années noires avant l’an mil (guerres féodales, invasions, disette famines, épidémies) avaient mis les hommes à genoux. Après l’an mil la nouvelle dynastie des capétiens ramène la paix et une stabilité qui ouvre une période de renouveau mise à profit par l’Eglise.
    Renouveau de la foi et triomphe de la chrétienté.A la fin du 11° deux évènements majeurs vont changer la face du monde et permettre l’éclosion de l’ère des cathédrales : la réforme du pape Grégoire VII et les croisades.
    Les croisades visent à la reconquête des lieux saints
    . Au départ c’est un grand élan de foi. On prend conscience que les lieux où Jésus a vécu sont aux mains des Musulmans. Rois, seigneurs et chevaliers partent en croisade. Au lieu de se battre entre eux, les princes chrétiens vont se battre contre ceux qu’on appelait les infidèles. Les croisades éloignent les seigneurs. Ils reviennent souvent ruinés. Les croisades ont permis aux bourgeois des villes de s’emparer du devant de la scène. Or les cathédrales sont un phénomène purement urbain.
    Les reliques ramenées de Terre Sainte serviront à lever des fonds pour édifier les cathédrales.
    Essor des villes et triomphe de l’évêque. 
    La cathédrale est par définition l’église de l’évêque. Or à cette époque de croissance des villes les évêques retrouvent une autorité qu’ils avaient perdue au profit des abbayes des campagnes.Les clercs s’étaient repliés dans les monastères pour échapper à l’emprise du pouvoir royal. Au 11° siècle l’église était soumise au roi ; c’était le roi qui nommait les évêques. Voici qu’un pape, Grégoire VII, impose une réforme qui va être un tournant dans l'histoire de l'église et de l'occident médiéval. Il affirme la supériorité du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel et il considère qu'il est le seul habilité à nommer les évêques.Dans les villes les évêques redeviennent la véritable autorité. Plusieurs conciles vont se préoccuper de rassembler les fidèles autour d’eux. Ils définissent la pratique des sacrements et les obligations des fidèles ; ils instaurent la supériorité du droit canon sur la coutume, ils imposent l'idée que seule l'église peut guider vers le salut éternel. 
    Pour mieux animer – et contrôler - la communauté des citadins et non des seuls paroissiens, la petite église romane ne suffit plus. Dieu ne peut pas habiter dans un temple étriqué. Il ne peut être que grandiose, parfait, riche et merveilleux, une Jérusalem céleste, un reflet de la demeure du Très Haut, ouvert au plus grand nombre. Telle est l’idée fondatrice qui lancera le mouvement des cathédrales.
    Interview avec le réalisateur Jean-François Delassus
    Cathédrales
    Les gratte-ciels du Moyen-Âge
    La construction des cathédrales fut une véritable épopée, au même titre que les pyramides d'Égypte. Jean-François Delassus revient sur le tournage de Cathédrales,réalisé comme un reportage au pays des bâtisseurs.
    "Tout a commencé en Ile de France qui est alors la région la plus riche de l’Occident. Le département de l’Oise était le Manhattan de l’époque !"
    "Dans les cathédrales, tout le monde se côtoyait, les seigneurs comme les manants. C'était comme une maison du peuple, ouverte à tous. Un lieu vivant, pas seulement un lieu de prières. On y parlait à voix haute, contrairement à aujourd’hui où l’on chuchote…" (Jean-François Delassus)
    Comment vous y êtes-vous pris pour raconter la construction des cathédrales ? Que peut-on montrer lorsqu’on ne dispose pas d’images d’archives ?
    J’espère avoir résolu ce problème grâce au principe des évocations vivantes — je préfère ce terme à celui de "reconstitution". Pour moi, il s’agit de plonger le spectateur dans ce qu’était l’ambiance de l’époque. Et ceci de la façon la plus exacte possible. Cela permet également de faire comprendre certaines techniques, je pense notamment à la roue écureuil, pour élever des pierres lourdes sur les hauteurs du bâtiment. L’une d’entre elles étant toujours en état, j’ai placé deux personnes dedans et on l’a mise en mouvement. Du coup on en saisit instantanément le fonctionnement. C’est tout de même plus parlant que de filmer des gravures d’époques !
    Avez-vous fait appel à des associations de médiévistes pour ces évocations ?
    J’ai profité de certaines fêtes où les associations de médiévistes sont assez actives, notamment à Compiègne, Laon et Beauvais. En France, beaucoup de gens s’intéressent au Moyen-Âge ; certains parcourent la France entière pour participer à des fêtes médiévales. À Beauvais, c’est toute une partie de la ville qui se déguise ; les participants disposent de près de 2 000 costumes. J’ai repéré quelques personnes et leur ai demandé d’improviser… Je trouve que plutôt que de dire, il vaut mieux montrer. J'ai voulu être "grand public" tout en étant irréprochable d’un point de vue historique. J’ai voulu faire un documentaire qui réponde aux questions que les gens se posent en visitant les cathédrales. Ou qu’ils n’ont pas pensé à se poser. L'essentiel était de ne pas être rébarbatif, de faire comprendre visuellement les choses. À la limite, on peut presque se passer du commentaire, contrairement aux documentaires classiques qui font souvent cours d’école…
    Avez-vous été confronté à des difficultés particulières ?
    Bien entendu, cela n’a pas toujours été simple. Ce n'est pas facile de rendre sur un écran de télévision ce qu’est une cathédrale : il faut que les images soient particulièrement soignées, filmer avec de bonnes lumières. Et puis on a tourné des plans vertigineux, qui n’avait jamais été faits : il fallait pendre la caméra dans le vide pour filmer des vitraux à mi-hauteur, la faire pivoter… On a aussi beaucoup crapahuté : plusieurs centaines de marches avec le matériel pour monter en haut de cathédrales qui atteignent parfois 70 mètres de hauteur. Excepté quelques séquences tournées plan par plan, on a filmé comme pour un reportage. C’est pour ça que les gens sont naturels. Le résultat est tout à fait représentatif de ce qu’était la vie de l'époque. Dans les cathédrales, tout le monde se côtoyait, les seigneurs comme les manants. C'était une sorte de maison du peuple, ouverte à tous. Un lieu vivant, pas seulement un lieu de prière. On y parlait à voix haute, contrairement à aujourd’hui où l’on chuchote…
    Contrairement à la légende, les bâtisseurs de cathédrales étaient plutôt bien traités…
    Absolument. C’étaient des ouvriers spécialisés, bien payés. À Paris, pour Notre-Dame, ils avaient la semaine de quatre jours ! Mais ce que j’ai trouvé particulièrement amusant à raconter, c’est la compétition qui a opposé les villes, chacune voulant une cathédrale plus belle que sa voisine. Ce fut une course à la hauteur. Du coup, on mettait rapidement au point des procédés permettant de monter de plus en plus haut. C’est aussi comme cela qu’est né l’art architectural gothique. Une surenchère qui a d’ailleurs conduit à quelques catastrophes puisque des cathédrales se sont carrément effondrées. Des voûtes ont cédé, des piliers n’ont pas tenu… Il faut comprendre qu’ils expérimentaient. Finalement, on a construit en France 80 cathédrales en 200 ans : c’est énorme ! Cette mode s’est répandue un peu partout en Europe, mais tout a commencé en Ile de France qui est alors la région la plus riche de l’Occident. Le département de l’Oise était le Manhattan de l’époque ! C’était un esprit record du monde ; chacun mettait la main au gousset, un peu comme aujourd’hui dans certains pays en voie de développement : on construit des mosquées colossales, financées uniquement par les gens et non par l’État. Comme pour les cathédrales puisque le roi ne participait pas au financement…
    Vous utilisez des maquettes pour mieux expliquer l’architecture gothique…
    C’est le meilleur moyen de bien en saisir les particularités. Dans l’architecture romane, plus vous montez haut plus il faut grossir les murs. Certaines églises romanes ont des murs qui à la base font plus de deux mètres de large, soutenus pas des contreforts. Les murs étant porteurs, cela ne favorise guère les ouvertures, d’où l’obscurité à l’intérieur.La technique est radicalement différente avec l’architecture gothique : elle permet d’élever des bâtiments à 80 mètre de hauteur, avec des vitraux s’étalant parfois sur 90 % de la surface des murs ! Ce sont les gratte-ciels de l’époque. Et le tout est souple, une condition obligatoire étant donné la formidable prise au vent qu’elles constituent. Si elles n’avaient pas été élastiques, aucune d’entre elles n’auraient résisté. C’est quand même merveilleux d’avoir à ce point maîtrisé la pierre il y a 800 ans…
    Propos recueillis par Marc Belepois




















    Les Très riches Heures du duc de Berry









    Visite vituelle au Musée Condé à Chantilly pour 
      


    (un livre de prières destiné à Jean de Berry)









    Voici un  magnifique dossier d'Hérodote qui nous permet 


    de visionner les  miniatures (ou enluminures)  du Musée


    de Condé, chef-d'oeuvre   du raffinement artistique à la fin


    du Moyen Âge.



    Bonne promenade  à travers les douze pages qui



    représentent les mois de l'année....







    il serait  souhaitable de tout voir!





    Le Musée de Chantilly








    Le mois d'avril