vendredi 11 décembre 2015

Marcel Proust "Et si le monde allait finir… Que feriez-vous ?"






Vermeer Vue de Delft, 1659/1660


Je ne peux que remercier une fois de plus 

M. Paolo Venturini, Ami,  collègue 


et ..., à l'occasion, 


bibliothécaire  au lycée Cairoli


qui aime bouquiner et qui ne manque jamais 

de m'appporter de jolies perles de ses 
escapades  littéraires

Voici la dernière



La  réponse de Marcel Proust,

paru dans L’Intransigeant du 14 août 1922

à la question suivante



Un savant américain annonce la fin du monde, ou tout au moins la destruction d’une si grande partie du continent, et cela d’une façon si brusque, que la mort serait certaine pour des centaines de millions d’hommes. Si cette prédiction devenait une certitude, quels en seraient, à votre avis, les effets sur l’activité des hommes entre le moment où ils acquerraient ladite certitude et la minute du cataclysme ? Enfin, en ce qui vous concerne personnellement, que feriez-vous avant cette dernière heure ?




Je crois que la vie nous paraîtrait brusquement délicieuse, si nous étions menacés de mourir comme vous le dites. Songez, en effet, combien de projets, de voyages, d’amours, d’études, elle – notre vie – tient en dissolution, invisibles à notre paresse qui, sûre de l’avenir, les ajourne sans cesse.

Mais que tout cela risque d’être à jamais impossible, comme cela redeviendra beau ! Ah si seulement le cataclysme n’a pas lieu cette fois, nous ne manquerons pas de visiter les nouvelles salles du Louvre, de nous jeter aux pieds de Mlle X…, de visiter les Indes. Le cataclysme n’a pas lieu, nous ne faisons rien de tout cela, car nous nous trouvons replacés au sein de la vie normale, où la négligence émousse le désir.

Et pourtant nous n’aurions pas dû avoir besoin du cataclysme pour aimer aujourd’hui la vie. Il aurait suffi de penser que nous sommes des humains et que ce soir peut venir la mort.



Marcel Proust mourut le 18 novembre de la même année !



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