lundi 4 juin 2018

Mamoudou Gassama, jeune malien sans papier : FAUT-IL ÊTRE UN HÉROS POUR ÊTRE TRAITÉ AVEC DIGNITÉ ?




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Je suis heureux de vivre dans un pays dans lequel les actes de bravoure comme celui de Mamoudou Gassama sont célébrés et récompensés.
Je suis heureux de lire toutes ces déclarations généreuses d’hommes et de femmes politiques découvrant soudainement que des êtres humains se cachent derrière leurs expressions habituelles comme « fuites d’eau », « abcès de fixation » ou « invasions migratoires ».

Je suis heureux, surtout, pour cet homme courageux qui va enfin, grâce à son acte exemplaire (au sens fort), mener l’existence digne que permet seule dans notre société l’obtention de ces fameux « papiers » sans lesquels rien, strictement rien n’est possible.

Mais je serais plus heureux encore de vivre dans une nation qui n’attendrait plus d’un migrant qu’il escalade un immeuble pour sauver un enfant au péril de sa vie avant de le traiter dignement.

Je serais plus heureux que notre République n’envoie plus sa police harceler les exilés réduits par nos renoncements à squatter nos trottoirs et qu’elle se décide enfin à les accueillir en conformité avec les principes qu’elle prétend porter.

Je serais heureux et fier que nos autorités et notre classe politique n’entretiennent plus les peurs et s’interdisent toute métaphore déshumanisante quand il s’agit d’évoquer les questions migratoires.

Les symboles sont nécessaires. À condition qu’ils nous permettent d’éclairer les problèmes et non de les masquer derrière un écran de fumée.

Que l’élan de générosité autour de Mamoudou Gassama s’étende aux invisibles et aux sans-droits et sans-toits que nos politiques répressives produisent. Et là nous pourrons être heureux ensemble. Et fiers aussi.

 Raphaël Glucksmann















Hymne aux migrants 




samedi 2 juin 2018

Philippe Claudel: L'Archipel du Chien





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L’histoire qu’on va lire est aussi réelle que vous pouvez l’être. Elle se passe ici, comme elle aurait pu se dérouler là. Il serait trop aisé de penser qu’elle a eu lieu ailleurs. Les noms des êtres qui la peuplent ont peu d’importance. On pourrait les changer. Mettre à leur place les vôtres. Vous vous ressemblez tant, sortis du même inaltérable moule.




Je suis certain que vous vous poserez tôt ou tard une question légitime : ­a-t-il été témoin de ce qu’il nous raconte ? Je vous réponds : oui, j’en ai été le témoin. Comme vous l’avez été mais vous n’avez pas voulu voir. Vous ne voulez jamais voir. Je suis celui qui vous rappelle. Je suis le gêneur. Je suis celui à qui rien n’échappe. Je vois tout. Je sais tout. Ni homme ni femme. Je suis la voix, simplement. C’est de l’ombre que je vous dirai l’histoire. 





Philippe Claudel a l’art de manier les mots aussi bien que Garrone sa caméra  dans Dogman. Mais, on le sait,  l’écrivain est aussi un metteur en scène hors-pair lorsqu’il s’agit de raconter le malheur  comme témoigne son dernier film   Une enfance. La comparaison  surgit spontanée face à la misère humaine dont il est question dans ce polar ensorcelant :

« En cette fin de septembre, le ciel, ni bleu ni gris, mais couvert  d’un glacis fuligineux  transformait en une masse pâteuse et irrégulière le soleil, l’étalant comme un beurre rance en troublant ses contours …Et puis il y avait la puanteur…. Qui n’avait plus rien d’aimable ni d’incertain : c’était une odeur de charogne qui prenait ses quartiers sur l’île »,

L’île des monstres ou de la déshumanisation. Le roman montre une fois de plus le puissant  souffle de Claudel à  raconter la déchéance dans laquelle nous sommes plongés dans ce début du XXIe siècle,  comme il avait magistralement révélé  dans Les âmes grises  et dans  Le rapport Brodeck

Voilà pourquoi  le gris-sombre domine, du reste l’exergue léopardien l’anticipe « Sois Heureux s’il t’est permis de respirer après une douleur  et bienheureux si de toute douleur la mort te guérit.

Le roman s’ouvre sur un événement  que Lampedusa et toute la Sicile connaissent bien : trois cadavres de jeunes africains   sont  rejetés  sur un plage d’un île de L’Archipel du Chien.
 Un  début à la saveur apocalyptique :

Vous convoitez l’or et répandez la cendre,
Vous souillez la beauté, flétrissez l’innocence.
Partout vous laisser s’écouler de grands torrents de boue. La haine est votre nourriture, l’indifférence votre boussole…
Vous tournez le dos à vos frères et vous perdez votre âme

Ce qui résume parfaitement l’un des thèmes que la narration propose le viol d’une enfant et laisse  s’échapper une question

Comment les siècles futurs jugeront-ils  (notre) temps ?

Tous les personnages sont présentés seulement à travers leur fonction le Maire, le Docteur, l’Instituteur, la Vieille (l’Institutrice), le Curé, le Commissaire (le Policier) ou des surnoms le Spadon, Amérique, sauf la fillette Mila  (prénom d’origine slave mais qui est aussi le nom d’une ville algérienne)

aux grands yeux verts , un peu trop grands, un peu trop ouverts, dans un visage mince et blanc, comme on en trouve dans certains portraits de Lucas Cranach ;   

une invitation  à réfléchir sur le mal présent partout et qui se développe presque  sans que l’on puisse s’en apercevoir

La plupart des hommes ne soupçonnent pas chez eux la part de sombre que pourtant tous possèdent

D’autres  thématiques,  toutes bien actuelles,  s’imposent :

la vérité piétinée comme montre le cynisme du Commissaire

« qui s’intéresse à la vérité, Monsieur l’instituteur ? Tout le monde s’en fiche de la vérité !Ce qu’il veulent c’est votre tête…Imaginez leur déception si on la leur retirait !Vous avez déjà essayé de reprendre un os à un chien qui est occupé à le ronger avec délice ?

La mafia, la pieuvre,  le trafic humanitaire des migrants et le volcan Brauun nom qui sonne barbare,  symbole de la destinée implacable.

Un roman de chez nous, à lire comme une parabole,  qui révèle l’avilissement   de nos jours.


L'Archipel du Chien a le très  grand mérite d'engager une réflexion sur une actualité affichée sur tous les médias,  mais trop souvent occultée à notre conscience individuelle et collective.








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mercredi 30 mai 2018

Bigflo & Oli - Dommage


Il aurait dû y aller 
...
Ah c'est dommage 
Ah c'est dommage ...








Louis prend son bus, comme tous les matins
Il croisa cette même fille, avec son doux parfum
Qu'elle vienne lui parler, il espère tous les jours
Ce qu'il ressent au fond d'lui, c'est ce qu'on appelle l'amour
Mais Louis, il est timide et elle, elle est si belle
Il ne veux pas y aller, il est collé au fond d'son siège
Une fois elle lui a souri quand elle est descendue
Et depuis ce jour là, il ne l'a jamais revue
Ah il aurait du y aller, il aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit "ah c'est dommage, ah c'est dommage, c'est p't'être la dernière fois"
Yasmine a une belle voix, elle sait qu'elle est douée
Dans la tempête de sa vie, la musique est sa bouée
Face à sa mélodie, le monde est à ses pieds
Mais son père lui répétait "trouve-toi un vrai métier"
Parfois elle s'imagine sous la lumière des projecteurs
Sur la scène à recevoir les compliments et les jets de fleurs
Mais Yasmine est rouillée, coincée dans la routine
Ça lui arrive de chanter quand elle travaille à l'usine
Ah elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit "ah c'est dommage, ah c'est dommage, c'est p't'être la dernière fois"
Elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit "ah c'est dommage, ah c'est dommage, c'est p't'être la dernière fois"
Diego est affalé au fond du canapé
Il engueule son p'tit frère quand il passe devant la télé (pousse-toi!)
Ses amis sont sortis, il ne les a pas suivi
Comme souvent seul, la lune viendra lui tenir compagnie
Diego est triste, il ne veut rien faire de sa nuit
Il déprime de ne pas trouver la femme de sa vie
Mais mon pauvre Diego, tu t'es tellement trompé
C'était à cette soirée que t'allais la rencontrer
Ah il aurait du y aller, il aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit "ah c'est dommage, ah c'est dommage, c'est p't'être la dernière fois"
Pauline elle est discrète, elle oublie qu'elle est belle
Elle a sur tout le corps des taches de la couleur du ciel
Son mari rentre bientôt, elle veut même pas y penser
Quand il lui prend le bras, c'est pas pour la faire danser
Elle repense à la mairie, cette décision qu’elle a prise
À cet après-midi où elle avait fait sa valise
Elle avait un avenir, un fils à élever
Après la dernière danse, elle s'est pas relevée
Ah elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit "ah c'est dommage, ah c'est dommage, c'est p't'être la dernière fois"
On a tous dit "ah c'est dommage, ah c'est dommage, ah c'est dommage, ah c'est dommage"
"Ah c'est dommage, ah c'est dommage, ah c'est dommage, ah c'est dommage"
Elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit "ah c'est dommage, ah c'est dommage, c'est p't'être la dernière fois"
Elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit "ah c'est dommage, ah c'est dommage, c'est p't'être la dernière fois"
Elle aurait du y aller, elle aurait du le faire, crois-moi
On a tous dit "ah c'est dommage, ah c'est dommage, c'est p't'être la dernière fois"
Vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets
Vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets
Vaut mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets
Vaut mieux vivre avec des remords, c'est ça le secret





ce sera pour l'année prochaine !!!



mardi 29 mai 2018

Essai Bref : AMOURS





LES DOLOMITES  - Pralongià 



LICEO CLASSICO “E. CAIROLI” VARESE
SEZIONE ESABAC
BAC BLANC
Prova di  LINGUA E LETTERATURA FRANCESE

b) Saggio breve

Dopo avere analizzato l’insieme dei documenti, formulate un saggio breve in riferimento al tema posto (circa 600 parole).

AMOURS

La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,                            5
Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres,
Certes, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
À dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,                                         10
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver
Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,                                                15
Calme, dans le fauteuil je la voyais s’asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l’enfant grandi de son œil maternel,                                             20
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?

Charles Baudelaire Les Fleurs du mal





Yseut se rend près du corps, elle se tourne vers l’orient et, saisie de pitié, prie pour Tristan : « Ami,  en vous voyant mort, je ne peux ni ne dois souhaiter vivre. Vous êtes mort par amour pour moi et je meurs de tendresse pour vous, mon ami, parce que je n’ai pu arriver à temps pour vous guérir et vous soulager de votre mal. Rien ne pourra jamais plus me consoler ni me réjouir, aucun plaisir, aucune réjouissance.  Maudit soit cet orage qui m’immobilisa sur la mer et  qui m’empêcha d’arriver ! Si j’étais venue à temps, ami, je vous aurais rendu la vie et je vous aurais parlé tendrement de notre amour. J’aurais plaint mon aventure, notre joie, nos plaisirs, la peine te la grande douleur que nous valut notre amour. Je vous aurais rappelé tout cela en vous baisant et en vous embrassant. Puisque je n’ai pu vous guérir, puissions-nous au moins mourir ensemble ! Puisque je n’ai pu arriver à temps ni déjouer le sort, puisque je suis arrivée après votre mort, je me consolerai en buvant le même breuvage que vous. Vous avez perdu la vie à cause de moi. Je me comporterai donc en véritable amie : je veux mourir pour vous de la même manière ».
   Elle le serre dans ses bras et s’étend à côté de lui. Elle lui baise la bouche, le visage et le tient étroitement enlacé. Elle s’étend, corps contre corps, bouche contre bouche, et rend l’âme. Elle meurt ainsi à  côté de lui pour la douleur causée par sa mort. Tristan mourut par amour pour Yseut qui ne put arriver à temps. Tristan mourut par amour pour elle et la belle Yseut par tendresse pour lui.
   Thomas achève ici son histoire. Il adresse son salut à tous les amants, aux pensifs et aux amoureux, à ceux qui ressentent l’envie et le désir d’aimer, aux voluptueux et même aux pervers, à tous ceux qui entendront ces vers.
   Tout le monde n’a peut-être pas eu son compte, mais j’ai fait du mieux que j’ai pu et j’ai dit toute la vérité comme je l’avais promis au début. J’ai rassemblé des contes et des vers. J’ai agi ainsi pour offrir un modèle et pour embellir l’histoire afin qu’elle puisse plaire aux amants et afin qu’ils puissent, en certains endroits, se souvenir d’eux-même. Puissent-ils y trouver une consolation envers l’inconstance, envers le tort, envers la peine, envers la douleur, envers tous les pièges de l’amour !
                                                            
Thomas, Tristan et Yseut, vers 1175
 (traduction de D. Lacroix et Ph. Walter. Éd. Le Livre de Poche)



M. de Charlus rencontre Jupien ….

PREMIÈRE APPARITION DES HOMMES-FEMMES, DESCENDANTS DE CEUX DES HABITANTS DE SODOME QUI FURENT ÉPARGNÉS PAR LE FEU DU CIEL.
«La femme aura Gomorrhe et l'homme aura Sodome.»

Face à face, dans cette cour où ils ne s'étaient certainement jamais rencontrés (M. de Charlus ne venant à l'hôtel Guermantes que dans l'après-midi, aux heures où Jupien était à son bureau), le baron, ayant soudain largement ouvert ses yeux mi-clos, regardait avec une attention extraordinaire l'ancien giletier sur le seuil de sa boutique, cependant que celui-ci, cloué subitement sur place devant M. de Charlus, enraciné comme une plante, contemplait d'un air émerveillé l'embonpoint du baron vieillissant. Mais, chose plus étonnante encore, l'attitude de M. de Charlus ayant changé, celle de Jupien se mit aussitôt, comme selon les lois d'un art secret, en harmonie avec elle…Cette scène n'était, du reste, pas positivement comique, elle était empreinte d'une étrangeté, ou si l'on veut d'un naturel, dont la beauté allait croissant… Toutes les deux minutes, la même question semblait intensément posée à Jupien dans l'oeillade de M. de Charlus, comme ces phrases interrogatives de Beethoven, répétées indéfiniment, à intervalles égaux, et destinées—avec un luxe exagéré de préparations—à amener un nouveau motif, un changement de ton, une «rentrée». Mais justement la beauté des regards de M. de Charlus et de Jupien venait, au contraire, de ce que, provisoirement du moins, ces regards ne semblaient pas avoir pour but de conduire à quelque chose. Cette beauté, c'était la première fois que je voyais le baron et Jupien la manifester. Dans les yeux de l'un et de l'autre, c'était le ciel, non pas de Zurich, mais de quelque cité orientale dont je n'avais pas encore deviné le nom, qui venait de se lever. Quel que fût le point qui pût retenir M. de Charlus et le giletier, leur accord semblait conclu et ces inutiles regards n'être que des préludes rituels, pareils aux fêtes qu'on donne avant un mariage décidé. Plus près de la nature encore—et la multiplicité de ces comparaisons est elle-même d'autant plus naturelle qu'un même homme, si on l'examine pendant quelques minutes, semble successivement un homme, un homme-oiseau ou un homme-insecte, etc.—on eût dit deux oiseaux, le mâle et la femelle, le mâle cherchant à s'avancer, la femelle—Jupien—ne répondant plus par aucun signe à ce manège, mais regardant son nouvel ami sans étonnement, avec une fixité inattentive, jugée sans doute plus troublante et seule utile, du moment que le mâle avait fait les premiers pas, et se contentant de lisser ses plumes. Enfin l'indifférence de Jupien ne parut plus lui suffire; de cette certitude d'avoir conquis à se faire poursuivre et désirer, il n'y avait qu'un pas et Jupien, se décidant à partir pour son travail, sortit par la porte cochère. Ce ne fut pourtant qu'après avoir retourné deux ou trois fois la tête, qu'il s'échappa dans la rue où le baron, tremblant de perdre sa piste (sifflotant d'un air fanfaron, non sans crier un «au revoir» au concierge qui, à demi saoul et traitant des invités dans son arrière-cuisine, ne l'entendit même pas), s'élança vivement pour le rattraper. Au même instant où M. de Charlus avait passé la porte en sifflant comme un gros bourdon, un autre, un vrai celui-là, entrait dans la cour. Qui sait si ce n'était pas celui attendu depuis si longtemps par l'orchidée, et qui venait lui apporter le pollen si rare sans lequel elle resterait vierge?

Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, Sodome et Gomorrhe 




Il gelsomino notturno

E s’aprono i fiori notturni,
nell’ora che penso a’ miei cari.
Sono apparsi in mezzo ai viburni
Le farfalle crepuscolari.

Da un pezzo si tacquero i gridi:
là sola una casa bisbiglia.
Sotto l’ali dormono i nidi,
come gli occhi sotto le ciglia.

Dai calici aperti si esala
L’odore di fragole rosse.
Splende un lume là nella sala.
Nasce l’erba sopra le fosse.

Un’ape tardiva sussurra
Trovando già prese le celle.
La Chioccetta per l’aia azzurra
Va col suo pigolìo di stelle.

Per tutta la notte s’esala
L’odore che passa col vento.
Passa il lume su per la scala;
brilla al primo piano: s’è spento…

E’ l’alba: si chiudono i petali
Un poco gualciti; si cova,
dentro l’urna molle e segreta,
non so che felicità nuova.


Giovanni Pascoli




AMOUR de Michael Anneke

Georges et Anne sont octogénaires, ce sont des gens cultivés, professeurs de musique à la retraite. Leur fille, également musicienne, vit à l’étranger avec sa famille. Un jour, Anne est victime d’une petite attaque cérébrale. Lorsqu’elle sort de l’hôpital et revient chez elle, elle est paralysée d’un côté. L’amour qui unit ce vieux couple va être mis à rude épreuve.






lundi 28 mai 2018

Yves Duteil : La légendes des immortelles






Changeons en notre miel leurs plus antiques fleurs :
Pour peindre nos idées empruntons leurs couleurs :
Allumons nos flambeaux à leurs feux poétiques :

Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.

André Chénier L'Invention (1787)







  
Depuis toujours il fait du miel,
Le meilleur de tout le pays,
Ses abeilles le savent aussi,
Elles font le buzz(1) autour de lui.
Il a perdu le goût, un soir,
Mais la saveur de ce nectar
Est toujours là comme un secret
Sur sa langue et dans son palais.
 Tous les joyaux dans son fouillis 

ont la douceur de ce maquis
Qu'il arpente(2) à chaque saison.
Il en connaît tous les bourgeons
Il fait du bien comme il respire
C'est sa nature et son plaisir
Et ce partage est essentiel
Il vous transporte jusqu'au ciel.

Il vous fait toujours une fleur,
J'aime autant le goût de son cœur
Que le parfum de ses rayons
Qui m'effleurent dans la maison

Chaque ride sur son visage
Est un morceau de son voyage
Et chaque peine du chemin.
C'est gravé au creux de ses mains

Dans son regard et dans son miel
On ne trouve que du soleil
Il n'a gardé que le meilleur
De ses blessures et de ses fleurs
Si les abeilles disparaissaient
Notre monde s'effondrerait
Et ses montagnes orphelines
Ne seraient plus que des collines

Notre univers est sans limite
Mais la terre est bien trop petite
Pour lutter seule face aux dangers
Elle a des amis, des alliers
Des penseurs de notre planète
Au cœur de cette armée discrète
Parmi les forêts les cascades
Un vieil homme seul se balade
  
Il leur a consacré sa route
A butiner(3) goute après goûte
L'essentiel au bord du chemin
Pour nous offrir tous ces parfums
Et sur les sentiers du printemps
Peu à peu en humble artisan
Il leur a forgé la légende
Des immortelles et des lavandes
Pour en faire le miel de sa vie
Un avant-goût du paradis

Dans ses ruches et dans son esprit
Il y a de l'or à l'infini
Ses abeilles le savent aussi
Elles font le buzz autour de lui

1)bourdonnement 2)parcourir 3) grappiller, picorer, récolter ( x les abeilles voler de fleur en fleur)



dimanche 27 mai 2018

Eugène Ionesco, Rhinocéros, acte II, table II, 1959









LICEO CLASSICO “E. CAIROLI” VARESE
SEZIONE ESABAC
BAC BLANC
Prova di  LINGUA E LETTERATURA FRANCESE

a)analisi di un testo

Dopo avere letto il testo rispondete alle domande e elaborate una riflessione personale sul tema proposto.

Bérenger Laissez-moi appeler le médecin, tout de même, je vous en prie.
Jean Je vous l'interdis absolument. Je n'aime pas les gens têtus. (Jean entre dans la chambre. Bérenger recule un peu effrayé, car Jean est encore plus vert, et il parle avec beaucoup de peine. Sa voix est méconnaissable.) Et alors, s'il(1) est devenu rhinocéros de plein gré ou contre sa volonté, ça vaut peut-être mieux pour lui.
Bérenger Que dites-vous là, cher ami ? Comment pouvez-vous penser…
JeanVous voyez le mal partout. Puisque ça lui fait plaisir de devenir rhinocéros, puisque ça lui fait plaise ! Il n'y a rien d'extraordinaire à cela.
Bérenger Evidemment, il n'y a rien d'extraordinaire à cela. Pourtant, je doute que ça lui fasse tellement plaisir.
Jean Et pourquoi donc ?
Bérenger Il m'est difficile de dire pourquoi. Ça se comprend.
Jean Je vous dis que ce n'est pas si mal que ça ! Après tout, les rhinocéros sont des créatures comme nous, qui ont le droit à la vie au même titre que nous !
Bérenger A condition qu'elles ne détruisent pas la nôtre. Vous rendez-vous compte de la différence de mentalité ?
Jeanallant et venant dans la pièce, entrant dans la salle de bains, et sortant.
Pensez-vous que la vôtre soit préférable ?
Bérenger Tout de même, nous avons notre morale à nous, que je juge incompatible avec celle de ces animaux.
Jean La morale ! Parlons-en de la morale, j'en ai assez de la morale, elle est belle la morale ! Il faut dépasser la morale.
Bérenger Que mettriez-vous à la place ?
Jeanmême jeu La nature !
Bérenger La nature ?
Jeanmême jeu La nature a ses lois. La morale est antinaturelle.
Bérenger Si je comprends, vous voulez remplacer la loi morale par la loi de la jungle !
Jean J'y vivrai, j'y vivrai.
Bérenger Cela se dit. Mais dans le fond, personne…
Jeanl'interrompant, et allant et venant. Il faut reconstituer les fondements de notre vie. Il faut retourner à l'intégrité primordiale.
Bérenger Je ne suis pas du tout d'accord avec vous.
Jeansoufflant bruyamment. Je veux respirer.
Bérenger Réfléchissez, voyons, vous vous rendez bien compte que nous avons une philosophie que ces animaux n'ont pas, un système de valeurs irremplaçable. Des siècles de civilisation humaine l'ont bâti !...
Jeantoujours dans la salle de bains. Démolissons tout cela, on s'en portera mieux.

1)Jean et Bérenger  parlent de M. Bœuf ; une connaissance commune

Eugène Ionesco, Rhinocéros, acte II, table II, 1959

COMPREHENSION

1)Comment se traduit l’étrangeté de l a situation ? Quel mot perturbe l’échange ?


2)Quel type de phrase Jean emploie-t-il fréquemment ? Quelle attitude cela traduit-il chez lui ?

3)Quels termes dans le discours de Jean dénotent sa transformation en animal ?


INTERPRETATION

1)Montrez, en analysant ses répliques, que Béranger est mis en position d’infériorité face à la rhétorique de Jean. De quelle sorte de rhétorique s’agit-il ?

2)Que prône Jean ? Montrez comment la façon dont s’exprime Jean empêche l’échange d’idées entre lui et Bérenger.
REFLEXION

« Tout est langage au théâtre, les mots,  les gestes, les objets. Il n’y a pas que la parole. »
Développez ce thème en vous appuyant aussi sur d’autres œuvres  que vous avez lues  (300 mots environ).


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