Que je crois que les biens me viendront en dormant,
Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine, (7)
Et hais tant le travail, que, les yeux entrouverts,
Une main hors des draps, cher Baudoin (8), à peine
Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers."
1)empaqueté 2) triste 3)Guerres d'Italie : allusion aux campagnes d'Italie de 1629 à 1630 que mène le roi Louis XIII * 4)Le comte Palatin : Frédéric V roi de Bohême, qui a perdu son trône en 1620 5)inaction, farniente, paresse, loisir 6)mélancolie, indolence, épuisement 7)ventre 8)Jean Baudoin :poète connu pour sa grande capacité de travail
*Traversant les Alpes à la tête de l’armée du siège de La
Rochelle (mars 1629.), le roi de France vint au secours de Charles de Nevers.
L’armée royale fut rapidement confrontée aux troupes du duc de Savoie, et
parvint à mettre l’ennemi en déroute (les Français poursuivirent les Savoyards
jusqu’à Suze.). Charles Emmanuel I°,
conscient de son infériorité, fut alors contraint de négocier. Signant le
traité de Suze (avril 1629.), il reconnut Charles de Nevers comme légitime duc
de Mantoue et Montferrat. En outre, il s’engageait à prendre place dans une
ligue regroupant la France, Venise, Mantoue et la papauté contre l’Espagne.
Toutefois, en octobre
1629, Ferdinand II décida d’intervenir dans la guerre de succession de Mantoue,
se jugeant lésé car ni Louis XIII, ni Charles Emmanuel I° ne l’avaient consulté
afin de régler la succession.
Ainsi, ayant occupé les
passages alpins, l’armée impériale assiégea Mantoue, alors que les Espagnols
s’attaquèrent à Montferrat, coinçant les Français dans la forteresse de Casal.
En mars 1630, les
Français parvinrent toutefois à s’emparer de la forteresse de Pignerol, et
décidèrent de s’attaquer au duché de Savoie, jugeant que Charles Emmanuel I°
jouait un double jeu.
Bérenger
est désormais seul sur scène : il est le dernier personnage à ne pas avoir subi
la métamorphose. La pièce se clôt donc sur un monologue final de Bérenger, dans
sa chambre, où il semble reclus, cerné par les rhinocéros. Ce monologue a
commencé un peu plus haut dans la pièce, après le départ de Daisy ; Bérenger
compare alors les tableaux représentant des hommes et les têtes de rhinocéros
présentes au fond de la scène. Comment, par ce monologue, se dénoue la farce
tragique qu'est Rhinocéros?
Les
habitants d'une petite ville, atteints de « rhinocérite », se sont tous
transformés en rhinocéros ; seul Bérenger, incarnation symbolique du «
résistant », refuse cette situation. En proie au doute, il se demande s'il ne
va pas à son tour être gagné par l'inquiétant conformisme de la « rhinocérite
».
C’est moi, c’est moi. (Lorsqu’il accroche les
tableaux, on s’aperçoit que ceux-ci représentent un vieillard, une grosse
femme, un autre homme. La laideur de ces portraits contraste avec les têtes des
rhinocéros qui sont devenues très belles. Bérenger s’écarte pour contempler les
tableaux.) Je ne suis pas beau, je ne suis pas beau. (Il décroche les
tableaux, les jette par terre avec fureur, il va vers la glace.) Ce sont
eux qui sont beaux. J’ai eu tort ! Oh ! Comme je voudrais être comme eux. Je
n’ai pas de corne, hélas ! Que c’est laid, un front plat. Il m’en faudrait une
ou deux, pour rehausser mes traits tombants. Ça viendra peut-être, et je
n’aurai plus honte, je pourrai aller tous les retrouver. Mais ça ne pousse pas
! (Il regarde les paumes de ses mains.) Mes mains sont moites.
Deviendront-elles rugueuses ? (Il enlève son veston, défait sa chemise,
contemple sa poitrine dans la glace.) J’ai la peau flasque. Ah, ce corps
trop blanc, et poilu ! Comme je voudrais avoir une peau dure et cette
magnifique couleur d’un vert sombre, d’une nudité décente, sans poils, comme la
leur ! (Il écoute les barrissements.) Leurs chants ont du charme, un peu
âpre, mais un charme certain ! Si je pouvais faire comme eux. (Il essaye de
les imiter.) Ahh, ahh, brr ! Non, ça n’est pas ça ! Essayons encore, plus
fort ! Ahh, ahh, brr ! Non, non, ce n’est pas ça, que c’est faible, comme cela
manque de vigueur ! Je n’arrive pas à barrir. Je hurle seulement. Ahh, ahh, brr
! Les hurlements ne sont pas des barrissements ! Comme j’ai mauvaise
conscience, j’aurais dû les suivre à temps. Trop tard maintenant ! Hélas, je
suis un monstre, je suis un monstre. Hélas, jamais je ne deviendrai un
rhinocéros, jamais, jamais ! Je ne peux plus changer, je voudrais bien, je
voudrais tellement, mais je ne peux pas. Je ne peux plus me voir. J’ai trop
honte ! (Il tourne le dos à la glace.) Comme je suis laid ! Malheur à
celui qui veut conserver son originalité ! (Il a un brusque sursaut.) Eh
bien, tant pis ! Je me défendrai contre tout le monde ! Ma carabine, ma
carabine ! (Il se retourne face au mur du fond où sont fixées les têtes des
rhinocéros, tout en criant :) Contre tout le monde, je me défendrai ! Je
suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas !
RIDEAU
Eugène Ionesco,Rhinocéros, acte III, scène finale, 1959,
Éditions Gallimard.
RESUME. La soudaine
apparition d’un rhinocéros provoque la stupeur et occupe quelque temps la
conversation des passants : Bérenger, plumitif timide et velléitaire, son ami
Jean, avec lequel il se dispute, et un chœur de personnages falots que domine
un «logicien»; puis, malgré le passage d’un second animal, tout semble rentrer
dans l’ordre (Acte I). Le lendemain, au bureau où travaillent Bérenger et
Daisy, une jolie dactylo qui a également assisté à l’incident, employés (Dudard
et Botard) et chef de service (M. Papillon) se montrent incrédules. Mais,
bientôt, apparaît un nouveau pachyderme que Mme Bœuf reconnaît pour son époux,
dont elle était venue excuser l’absence (Acte II, premier tableau). Dans sa
chambre, Jean se métamorphose lui-même en rhinocéros sous les yeux de Bérenger
(Acte II, deuxième tableau). Traumatisé par ce bouleversement, Bérenger, reclus
dans sa propre chambre, découvre l’ampleur de l’épidémie de «rhinocérite» à
laquelle, un moment, il aspire à succomber. Abandonné de tous, même de Daisy,
pourtant éprise de lui, il vacille un instant puis, s’armant d’une carabine,
décide de ne pas «capituler» (Acte III).
Didier Barbelivien rend hommage à Jean Ferrat Avec cette belle chanson, Au bon souvenir de l'immense chanteur /poète, De son vrai nom Jean Tenenbaum, Mort le 13 mars 2010 à Aubenas
J'aimais ton rire, j'aimais ta voix qui racontait nos
différences
Moustache rapportée de Cuba, de Santiago, quelle
importance ?
J'aimais tout ce qui était toi quand tu bousculais nos
consciences
Jean Tanenbaum ou Jean Ferrat, tes mots déchiraient
nos silences
Et je m'imaginais Créteil quand tu me fredonnais
"Ma Môme"
Et ces deux enfants au soleil, Garcia Lorca en son
royaume
Moi, j'écoutais "Nuit Et Brouillard",
enfermé dans mon innocence
Je comprendrai beaucoup plus tard, nul ne guérit de
son enfance
Jean de France, tu chantais pour les gens de France
De la Bretagne à la Provence avec la fierté,
l'insolence
De dire ce qu'on ne disait pas, ah
Jean de France, humain jusqu'à la transparence
De ce regard qui fait confiance pour le secret des
confidences
Quand tu croisais les yeux d'Elsa, ah
D'ailleurs, que serais-je sans toi ? Et voilà Aragon
qui danse
Même Ferré n'en revient pas, de ces mélodies qui
s'élancent
Ces Potemkine et Maria unis dans la même souffrance
Mourir au soleil, ça me va ! Mourir debout, quelle
élégance !
Jean de France, tu chantais pour les gens de France
De la montagne aux plaines immenses, tu défendais tous
ceux qui pensent
Que le malheur n'existe pas, ah
Tu mettais le vide hors-la-loi du simple fait de ta
présence
Un jour futur, un jour viendra tou plutôt que
l'indifférence
Et tes chansons de ce temps-là ont bercé mon
adolescence
Un drapeau rouge au bout des bras, tous ces taureaux
quand j'y repense