mardi 16 août 2016

Ernst Wiechert "Les enfants Jéromine" (1948)



"La vérité se tient tantôt  ici, tantôt là , assise sur une pierre au bord du chemin, attendant que nous la rencontrions" (p.206)


Titre de l'image : Hans Thoma - Chant la forêt

Hans Thoma  Un chant dans la nature 




J'ai découvert Les Enfants Jéromine grâce à l'excellent article Et Dieu s'absenta de Philippe Claudel dans "Le Magazine littéraire" de juillet-août 2016 dans lequel l'écrivain montre comment Wiechert pose  la grande question d'un  Dieu mauvais ou d'un Dieu indifférent.

Comme souligne le traducteur Félix Bertaux dans l'introduction de la nouvelle édition,  en Livre de Poche,  Ernst Wiechert ne veut pas rivaliser avec Thomas Mann, il " n'entend  représenter que "les petits gens" dont l'inspiration foncièrement religieuse ne s'accomode pas du pouvoir temporel. Tout en rendant à César ... ce qui est à César, ils cherchent à rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Mais leur dieu même est un dieu en devenir avec lequel ils sont en lutte, un Jéhovah farouche qui, comme les hommes au pouvoir, sème le monde de ruines, et c'est aussi contre lui qu'ils protestent; c'est lui qu'il leur faut réinventer, reformer chaque jour selon la tradition de leurs églises."


Un  souffle grandiose et bouleversant  émane de ce chef-d'oeuvre, qui m'a rappelé  "Le jeu des perles de verre" de Hermann Hesse, remarquables les pages dédiées à "l'enfant prodige" jouant du piano (p.25) capable de  "remuer le monde", thème majeur le long de tout le roman avec le celui d'un humanisme camusien  "Il croyait savoir qu'il était appelé à servir et non à dominer. Il portait un héritage de toutes les générations et la pluspart des traces se perdaient dans la nuit; mais c'est son père qui lui avait légué le grand, le plus grave héritage: l'amour des hommes" 
Comment ne pas penser aux Misérables,  à JeanValjean  ?







Les Enfants Jéromine


Résumé
À Sowirog, un village aux frontières orientales de l’Allemagne, entre lac, bois et tourbières, la vie est simple et laborieuse, illuminée par la Bible. Mais, dans ce xxe siècle naissant, c’est vers la guerre, l’esprit de vengeance et la folie du nazisme que s’achemine le monde. Les sept enfants Jéromine auront à le découvrir. L’un d’entre eux, Jons Ehrenreich (Honoré = riche en honneur), futur médecin, épris de savoir et de justice, s’inclinera néanmoins devant la sagesse ancestrale, celle du travail et de l’humilité, face au mystère du destin dans un monde hanté par la mort.






Ernst Wiechert

Émigration intérieure





Au rythme des moissons et des chorals luthériens, des noces comme des enterrements, Wiechert raconte les existences laborieuses mais dignes de ces charbonniers, forestiers et pêcheurs. « Ils ne lisaient pas de journaux et ce qui se passait dans le district ou dans le monde ne venait à leur connaissance que par la bouche de l'instituteur, qui était leur Moïse dans le désert. Il s'en était bien trouvé certains, parmi eux, que le vide de leur existence avait poussés au désespoir et qui passaient leurs journées à boire, en cachette ou sans vergogne. D'autres encore qui fermaient leurs cœurs remplis de haine et d'amertume, des misanthropes qui se dressaient, durs et froids, comme d'impitoyables juges, contre leurs enfants effarés, et qu'on ne revoyait plus lorsqu'à midi la cloche de l'école avait sonné. Cependant la plupart d'entre eux étaient remplis de la sagesse des pauvres et des solitaires, renfermés sans aigreur dans leur monde. »








POSTFACE 

La troisième partie de ce livre, c'est l'histoire qui l'a écrite en gros et terrifiant caractères, et il n'est permis à aucune fiction de projeter sur cette horreur le reflet lumineux de l'art transfigurateur.
Bornons-nous donc à laisser rentrer silencieusement ces êtres agissants et souffrants dans le coeur d'où ils sont un jour sortis. Le sable de Sowirog recouvrira leurs yeux éteints et nous ne savons encore quel avenir Dieu lui réserve en ses conseils, à ce sable de Sowirog.
Sans plus parler accordons-leur ceci : le repos à tous ceux qui dorment, la paix à tous ceux qui sont morts.
Ernst Wiechert 
Holf Gagert, juillet 1946



lundi 15 août 2016

Charles Baudelaire "Le soleil" (Tableaux parisiens, Les Fleurs du mal)


"J'étais comme l'enfant avide du spectacle,
Haïssant le rideau comme on hait un obstacle..."

Charles Baudelaire  Le rêve d'un curieux





Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures
Les persiennes, abri des secrètes luxures,
Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
Je vais m'exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant  dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.

Ce père nourricier, ennemi des chloroses ,
Éveille dans les champs les vers comme les roses;
Il fait s'évaporer les soucis vers le ciel,
Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
C'est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles
Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
Et commande aux moissons de croître et de mûrir
Dans le coeur immortel qui toujours veut fleurir!

Quand, ainsi qu'un poète, il descend dans les villes,
Il ennoblit le sort des choses les plus viles,
Et s'introduit en roi, sans bruit et sans valets,
Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.















vendredi 12 août 2016

Andrée Chedid " La vie voyage", Poèmes pour un texte, 1991


Andrée Chedid (1920-2011)

Après des études de journalisme au Caire, où elle est née, Andée Chedid s'installe à Paris en 1946 et se consacre à l'écriture. Elle est l'auteure de nombreux romans et nouvelles ( Le Message en 2000), de pièces de théâtre, , de poèmes (Fêtes et Lubies en 1979).
Elle reçoit le prix Goncourt de la poésie en 2002.


Dans La vie voyage,   Andrée Chedid oppose le voyage dans l'espace au périple de la vie: aucune odyssée ne pourra jamais égalée l'aventure humaine, qui se révèle d'une richesse infinie.
Ce poème est tout particulièrement un hymne à la vie donnant la vie,  à la naissance d'un enfant, expérience autrement plus intense que l'exploration du monde.






Aucune marche
Aucune navigation
N'égalent celles de la vie
S'actionnant dans tes vaisseaux
Se centrant dans l'îlot du cœur
Se déplaçant d'âge en âge

Aucune exploration

Aucune géologie

Ne se comparent aux circuits du sang

Aux alluvions du corps

Aux éruptions de l'âme

Aucune ascension
Aucun sommet
Ne dominent l'instant
Où t'octroyant forme
La vie te prêta vie
Les versants du monde
Et les ressources du jour



Aucun pays

Aucun périple

Ne rivalisent avec ce bref parcours

Voyage très singulier
De la vie
Devenue

Toi.

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mercredi 10 août 2016

Guccini "Vedi Cara ... "










Vedi cara, è difficile a spiegare,

è difficile parlare dei fantasmi di una mente.

Vedi cara, tutto quel che posso dire

è che cambio un po' ogni giorno, è che sono differente.

Vedi cara, certe volte sono in cielo

come un aquilone al vento che poi a terra ricadrà.

Vedi cara, è difficile a spiegare,

è difficile capire se non hai capito già...



Vedi cara, certe crisi son soltanto

segno di qualcosa dentro che sta urlando per uscire.

Vedi cara certi giorni sono un anno,

certe frasi sono un niente che non serve più sentire.

Vedi cara le stagioni ed i sorrisi

son denari che van spesi con dovuta proprietà.

Vedi cara è difficile a spiegare,

è difficile capire se non hai capito già...



Non capisci quando cerco in una sera

un mistero d' atmosfera che è difficile afferrare,

quando rido senza muovere il mio viso,

quando piango senza un grido, quando invece vorrei urlare,

quando sogno dietro a frasi di canzoni,

dietro a libri e ad aquiloni, dietro a ciò che non sarà...

Vedi cara è difficile a spiegare,

è difficile capire se non hai capito già...



Non rimpiango tutto quello che mi hai dato

che son io che l'ho creato e potrei rifarlo ora,

anche se tutto il mio tempo con te non dimentico perché

questo tempo dura ancora.

Non cercare in un viso la ragione,

in un nome la passione che lontano ora mi fa.

Vedi cara è difficile a spiegare,

è difficile capire se non hai capito già...



Tu sei molto, anche se non sei abbastanza,

e non vedi la distanza che è fra i miei pensieri e i tuoi,

tu sei tutto, ma quel tutto è ancora poco,

tu sei paga del tuo gioco ed hai già quello che vuoi.

Io cerco ancora e così non spaventarti

quando senti allontanarmi: fugge il sogno, io resto qua!

Sii contenta della parte che tu hai,

ti do quello che mi dai, chi ha la colpa non si sa.

Cerca dentro per capir quello che sento,

per sentir che ciò che cerco non è il nuovo o libertà...

Vedi cara è difficile a spiegare,

è difficile capire se non hai capito già...



Nature morte avec fauteuil et cheminée (cz)

mardi 26 juillet 2016

Pierre Assouline "Le coeur palpitant du français" (Le Magazine Littéraire juillet-août 2016)



SOS  LATIN GREC 

LE HARA-KIRI CULTUREL ...


Pourquoi veut-on  tuer le grec et le latin ?







De quand datez-vous le début du XXe siècle ? 1900 ? 1901 ? 1914 ? 1918 ? Le critique Albert Thibaudet le fixait sans hésiter à 1902, année de la réforme scolaire qui déclassa les langues anciennes.
On voit par là combien sont profondes les racines du débat qui agite les professeurs, les pédagogues, les élèves et leurs parents depuis quelque temps. De quoi justifier le SOS lancé par Le Magazine littéraire à la veille de la rentrée.

Il ne s'agit pas de dénoncer la politique éducative d'un gouvernement ou même d'un ministre puisque, depuis des années, toutes tendances confondues, tous n'ont cessé de creuser la tombe des humanités gréco-latines. La polémique est récurrente, mais elle n'a jamais été aussi alarmante. Balayons d'emblée l'« argument », si l'on peut dire, de ceux qui dénoncent une nostalgie réactionnaire dans la défense des langues anciennes, associée aux académies et au « parler Vaugelas ». Les autres, soumis à l'idéologie du présentisme, plaident pour un enseignement qui se voudrait plus efficace et plus utile pour le marché du travail ; ils oublient au passage que les années scolaires ont ceci d'exceptionnel dans la vie d'un futur adulte qu'elles sont justement le seul moment d'une vie où l'esprit doit se former en liberté, dans le pur plaisir d'apprendre, dans le bonheur de la connaissance gratuite, hors de la tyrannie de la rétribution, du profit, de la rentabilité, du retour sur investissement. Le collégien et le lycéen auront toute leur vie pour méditer l'épigraphe que Jules Vallès fit figurer en tête du Bachelier, deuxième tome de sa trilogie autobiographique : « À ceux qui, nourris de grec et de latin, sont morts de faim ! »

Il ne suffit plus de dire qu'elles ne sont pas des langues mortes, mais des langues anciennes. Il faut rappeler des vérités d'évidence un peu oubliées, à commencer par la première d'entre elles : le latin n'est pas une langue ancienne parmi d'autres mais par excellence celle qui est à l'origine du français. À ce titre, elle seule permet à notre langue de s'échapper de son stérile huis clos. Elle en est le coeur palpitant, la fait vivre, l'ouvre à l'extérieur.

Se priver petit à petit du latin, jusqu'à décourager de futurs enseignants dans cette voie-là, c'est prendre le risque de priver les générations à venir de la maîtrise du français comme outil. Ce qui serait aussi préjudiciable aux littéraires qu'aux scientifiques. De toutes parts et de tous milieux revient le même son de cloche : les étudiants ont de plus en plus de mal à maîtriser le français. À leur stade, c'est déjà trop tard ; c'est bien en amont qu'il faut agir. Or, sans le latin, on ne sait rien de la structure de la langue, de la grammaire, de l'étymologie, des aventures du sens dans l'histoire d'un mot. Le bricolage qui a abouti aux nouveaux programmes banalise l'enseignement du latin et du grec, jusqu'à les diluer confusément dans un magma optionnel. Pour la plus grande gloire du « globish », ce bâtard de l'anglais qui désole les Anglais eux-mêmes ? Misère... Il se dit du côté du ministère de l'Éducation que le but est de réduire les inégalités et les privilèges dans l'accès à la connaissance ; or c'est exactement l'inverse qui adviendra, avec ces humanités au rabais.

Le jour de la rentrée scolaire, un livre intitulé Le Bon Air latin paraîtra, qui achèvera de convaincre les sceptiques. Une oeuvre réunissant des latinistes, enseignants ou traducteurs, des linguistes et des écrivains, pour dire à l'unisson ce que notre langue doit au latin : sa respiration, son allure, son souffle, sa musicalité, sa stabilité, sa précision grammaticale, sa richesse lexicale... Et l'on voudrait nous couper de cet héritage ! Ce recueil pose clairement l'enjeu du débat : quel français voulons-nous ? La question est d'une brûlante actualité, à l'heure des polémiques sur l'identité. Reste à savoir si les princes qui nous gouvernent ont jamais brûlé du désir de maîtriser leur propre langue.


À LIRE : Le Bon Air latin, COLLECTIF, éd. Fayard, 
360 p., 20 E (à paraître le 27 août).

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mardi 19 juillet 2016

David Foenkinos : Le mystère Henri Pick



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J'ai bien apprécié "Charlotte", dont Alice et Valentina ont su tirer profit pour leur BAC, et mon arrivée à Cannes m'a conduit au rayon qui patiemment m'attend toujours à la FNAC

Et voilà que je découvre son dernier roman ...


Le  mystère Henri Pick

Jean-Pierre Gourvec bibliothécaire de son état à 



décide de recueillir tous les livres refusés par les éditeurs. Parmi ceux-ci, une jeune éditrice découvre ce qu'elle estime être un chef-d'oeuvre, écrit par un certain Henry Pick Les dernières heures d'une histoire d'amour ...

Le roman relate la fin d'un couple, mais aussi l'agonie du poète et romancier russe Pouchkine ... Le livre est publié, devient un best-seller, mais qui était vraiment Henri Peck, malheureusement décédé, et dont personne ne savait qu'il écrivait ? Est-il vraiment l'auteur de ces pages ?


Hymne à la lecture, au plaisir de lire et de s'évader, ce conte  est aussi une déclaration pour la liberté de création de l'écrivain et le droit d'être aimé pour ce que l'on est.

Difficile d'ébaucher l'histoire de ce roman sans en dévoiler les rebondissements et les nombreux effets. Le personnage central est le feu Henri Pick, auteur d'un manuscrit refusé qui une fois retrouvé et publié, est encensé non pas spécialement pour le contenu de ce roman mais plutôt pour son incroyable histoire de pizzaiolo auteur. Un vent de curiosité souffle autour de cet auteur en K, clin d'oeil à Kafka, Kerourac, Kundera ... David Foenkinos ...


lectures2benedicte

franceinfo

"Comme si la reconnaissance consistait à être compris. Personne n'est jamais compris, et certainement pas les écrivains. Ils errent dans des royaumes aux émotions bancales, et, la pluspart du temps, ils ne se comprennent pas eux-mêmes"




mercredi 13 juillet 2016

LICEO CLASSICO CAIROLI VARESE RESULTATS ESABAC 2016




BRAVO !

BRAVO BRAVO !!

BRAVO BRAVO BRAVO !!!

BRAVO BRAVO BRAVO BRAVO !!!!

BRAVO BRAVO BRAVO BRAVO BRAVO!!!!!




Voici les Résultats de l'ESAME DI STATO










 et de l' ESABAC













mardi 12 juillet 2016

EPREUVES ESABAC 2016 : LITTÉRATURE FRANÇAISE a) analisi di un testo "Lamento du jardinier" de Jean Giraudoux, Electre, 1936.







a) analisi di un testo
 Dopo avere letto il testo rispondete alle domande e elaborate una riflessione personale sul tema proposto.

 Entracte (1)
Lamento du jardinier


Moi je ne suis plus dans le jeu. C’est pour cela que je suis libre de venir vous dire ce que la pièce ne pourra vous dire. Dans de pareilles histoires, ils ne vont pas s’interrompre de se tuer et de se mordre pour venir vous raconter que la vie n’a qu’un but, aimer. Ce serait même disgracieux de voir le parricide s’arrêter, le poignard levé, et vous faire l’éloge de l’amour. Cela paraîtrait artificiel. Beaucoup ne le croiraient pas. Mais moi qui suis là, dans cet abandon, cette désolation, je ne vois vraiment pas ce que j’ai d’autre à faire! Et je parle impartialement. Jamais je ne me résoudrai à épouser une autre qu’Electre, et jamais je n’aurai Electre. Je suis créé pour vivre jour et nuit avec une femme, et toujours je vivrai seul. Pour me donner sans relâche en toute saison et occasion, et toujours je me garderai. C’est ma nuit de noces que je passe ici, tout seul, – merci d’être là, – et jamais je n’en aurai d’autre, et le sirop d’oranges que j’avais préparé pour Electre, c’est moi qui ai dû le boire – il n’en reste plus une goutte, c’était une nuit de noces longue. Alors qui douterait de ma parole! L’inconvénient est que je dis toujours un peu le contraire de ce que je veux dire, mais ce serait vraiment à désespérer aujourd’hui, avec un coeur aussi serré et cette amertume dans la bouche, – c’est amer, au fond, l’orange –, si je parvenais à oublier une minute que j’ai à vous parler de la joie. Joie et Amour, oui. Je viens vous dire que c’est préférable à Aigreur et Haine. Comme devise à graver sur un porche, sur un foulard, c’est tellement mieux, ou en bégonias nains dans un massif (2). Évidemment, la vie est ratée, mais c’est très, très bien, la vie. Évidemment, rien ne va jamais, rien ne s’arrange jamais, mais parfois avouez que cela va admirablement, que cela s’arrange admirablement… Pas pour moi… 

1)Entracte Il s’agit de la pièce Electre de Giraudoux, dans laquelle l’auteur reprend la fameuse légende des Atrides. Après le meurtre du roi Agamemnon, Egisthe a pris le pouvoir. Redoutant qu'Electre, fille d'Agamemnon, ne se révolte, il l'a promise en épouse au jardinier. Mais un étranger, qui n'est autre qu'Oreste, son frère, fait annuler ce mariage. Le jardiner se retrouve seul, sur scène, pendant l'entracte.
2)Massif : espace fléuri. 

Jean Giraudoux, Electre, 1936.

I. Compréhension
1. Etudiez la situation d’énonciation dans ce monologue. A qui s’adresse le jardinier?
2. Quel est le double sens du mot “jeu” (ligne 1)? Quelle est donc la fonction du jardinier à ce moment de la pièce?
3. Quels sont les sentiments du jardinier dans son «lamento»? Justifiez votre réponse en vous appuyant aussi sur les figures de style.

II. Interprétation
1. Montrez que dans ce passage l’illusion et la réalité se rencontrent.
2. Quelle perception de la vie exprime Giraudoux à travers son personnage? Justifiez votre réponse en vous appuyant en particulier sur le champ lexical des sentiments.

III. Réflexion personnelle
« Évidemment, la vie est ratée, mais c’est très, très bien, la vie » : cette phrase exprime une vision contradictoire de l’existence. Proposez une réflexion personnelle sur ce thème, en faisant aussi référence à vos lectures (300 mots environ).


 Introduction
     A la fin de l'année 1936, Jean Giraudoux écrit sa pièce Electre, représentée pour la première fois à Paris au printemps 1937. A cette époque, de nombreux écrivains, comme Cocteau, s'inspire des grands mythes de l'antiquité et poursuivent ainsi la tradition; mais Giraudoux fait une oeuvre originale en transformant le désir de vengeance en quête de la vérité. Le premier acte s’achève sur un long monologue du mendiant tandis qu’Oreste et Electre sont endormis. Le jardinier profite de l’entracte pour venir s’adresser directement aux spectateurs. Sa tirade présente l’originalité de se situer hors de la tragédie. Par la voix du jardinier, Giraudoux propose ses réflexions sur la nature de la tragédie après avoir donné une leçon d’humanité à travers son personnage. C’est cette leçon que nous allons étudier : le début du lamento.

Plan

I/ Le lamento, tradition et modernité

     La didascalie initiale nous indique que nous ne sommes plus dans la fiction, c'est l'entracte. Les premières paroles le prouvent : "je ne suis plus dans le jeu". Le jardinier s'adresse aux spectateurs. On peut le voir grâce aux apostrophes. Nous ne savons pas si c'est le personnage ou l'acteur qui parle. Il a un statut que l'on ne peut pas définir. Cette situation d'énonciation relève de la tradition car elle rappelle un peu la parabase. Giraudoux s'est inspiré du Coryphée de la tragédie grecque pour créer le lamento. On peut dire que le jardinier joue le rôle du Coryphée. Déjà à la ligne 2, il s'était proposé de développer ses idées. C’est la dernière fois qu’il prend la parole, après ce lamento, il ne réapparaîtra plus. La nuit est tombée, lui seul quitte la fiction.

     Il y a une ellipse théâtrale, l’ellipse de la nuit. Cet effet est une modernité dans le théâtre. C’est ici que le lamento est placé. Le jardinier a une position ambiguë entre la fiction et la réalité. Le jardinier vient rappeler que nous sommes dans la tragédie, et donc les personnages sont dominés par des forces supérieures (L.30-l.31). Il explique tout le chagrin qu’on lui a fait. Il se déclare, ce qui montre qu’il n’est pas tout à fait sortit de la fiction.

II/ Le jardinier, un homme du peuple

     La présence d’un personnage d’origine modeste ne correspond pas bien à la tragédie. Il y a beaucoup d’obstacles à la compréhension du discours. Premièrement, il s’excuse d’avoir des propos incohérents, il l’avoue, il est incapable de raisonner avec clarté. Son propos est rempli de digressions (ex : l.17-l.18) ; il fait beaucoup de répétitions (ex : «dire») et des commentaires sur ce qu’il dit.

     Il essaye de nous rapporter son expérience personnelle, celle-ci lui a donné l’idée d'une loi universelle : « Joie et Amour » l.25. Il a découvert cette loi en vivant le contraire. Il utilise des métaphores (porche, foulard et bégonias) pour mieux nous expliquer mais ces métaphores sont tellement obscures que l’on comprend encore moins ce qu’il veut nous dire. Dans ces métaphores, on pourrait voir que le porche représente les gens les plus haut placés dans la société, le foulard pour les plus modestes et les bégonias pour les gens comme lui.

III/ Une solitude pathétique

     Normalement le lamento est un air triste et plaintif, or ici le jardinier reste humble, il ne se répand pas. Il utilise beaucoup de présentatifs (« c’est »). Il s’exprime par antithèse avec des conjonctions (« et ») durant les lignes 11 à 15. La reprise des mêmes adverbes (« jamais, toujours) donne un rythme incantatoire dans les lignes 12, 13, 15 et 16. Le ton pathétique est atténué par des phrases courtes et simples souvent construites de la même façon, ainsi que par le vocabulaire familier qu’il emploie. Ce qui touche beaucoup, c’est qu’il est très sincère, il aime vraiment Electre. Il exprime des sensations physiques pour montrer da douleur sentimentale. Il a tiré une leçon d’espoir qui ne correspond pas du tout à la tragédie. C’est pour cela qu’il s’en allé de la pièce, il n’a plus rien à voir avec la tragédie.


Conclusion

     Le lamento du jardinier a une fonction dramatique importante qui permet la transition entre les deux actes. Le personnage, écarté de l’énigme et abandonné le soir de son mariage qui ne s’est pas fait, prend pour la dernière fois la parole entre la fiction et la réalité. Ce lamento, qui est l’expression de la douleur, se transforme cependant en message de confiance dans l’homme mais la fiction va continuer après sa sortie et le tragique viendra du fait qu’Electre refuse de transformer la Haine en Amour.