jeudi 30 octobre 2014

Renaud "L'Hexagone: ... une autre histoire de France











Ils s'embrassent au mois de janvier,
car une nouvelle année commence,
mais depuis des éternités
l'a pas tellement changé la France.
Passent les jours et les semaines,
y a que le décor qui évolue,
la mentalité est la même,
tous des tocards, tous des faux culs.

Ils sont pas lourds en février,
à se souvenir de Charonne,
des matraqueurs assermentés
qui fignolèrent leur besogne.
La France est un pays de flics,
à tous les coins de rue y en a cent,
pour faire régner l'ordre public
ils assassinent impunément.

Quand on exécute au mois de mars,
de l'autre côté des Pyrénées,
un anarchiste du Pays Basque,
pour lui apprendre à se révolter,
ils crient, ils pleurent et ils s'indignent
de cette immonde mise à mort,
mais ils oublient que la guillotine
chez nous aussi fonctionne encore.

Être né sous le signe de l'hexagone,
c'est pas ce qu'on fait de mieux en ce moment,
et le roi des cons, sur son trône,
je parierais pas qu'il est allemand.

On leur a dit, au mois d'avril,
à la télé, dans les journaux,
de pas se découvrir d'un fil,
que le printemps c'était pour  bientôt,
Les vieux principes du seizième siècle,
et les vieilles traditions débiles,
ils les appliquent tous à la lettre,
y me font pitié ces imbéciles.

Ils se souviennent, au mois de mai,
d'un sang qui coula rouge et noir,
d'une révolution manquée
qui faillit renverser l'histoire.
Je me souviens surtout de ces moutons,
effrayés par la liberté, s'en allant voter par millions
pour l'ordre et la sécurité.

Ils commémorent au mois de juin,
un débarquement d'Normandie,
ils pensent au brave soldat ricain
qui est venu se faire tuer loin d'chez lui.
Ils oublient qu'à l'abri des bombes,
les Français criaient : vive Pétain,
qu'ils étaient bien planqués à Londres,
qu'y avait pas beaucoup de Jean Moulin.

Être né sous le signe de l'hexagone,
c'est pas ce qu'on fait de mieux en ce moment,
et le roi des cons, sur son trône,
me dites pas qu'il est portugais.

Ils font la fête au mois de juillet,
en souvenir d'une révolution
qui n'a jamais éliminé
la misère et l'exploitation.
Ils s'abreuvent de bals populaires,
de feux d'artifice et de flonflons,
ils pensent oublier dans la bière
qu'ils sont gouvernés comme des pions.

Au mois d'août c'est la liberté
après une longue année d'usine,
ils crient : vive les congés payés ;
ils oublient un peu la machine.
En Espagne, en Grèce ou en France,
ils vont polluer toutes les plages,
et, par leur unique présence,
abîmer tous les paysages.

Lorsqu'en septembre on assassine
un peuple et une liberté
au coeur de l'Amérique latine,
ils sont pas nombreux à gueuler.
Un ambassadeur se ramène,
bras ouverts il est accueilli,
le fascisme c'est la gangrène,
à Santiago comme à Paris.

Être né sous le signe de l'hexagone,
c'est vraiment pas une sinécure,
et le roi des cons, sur son trône,
il est français, ça j'en suis sûr.

Finies les vendanges en octobre,
le raisin fermente en tonneaux,
ils sont très fiers de leurs vignobles,
leurs côtes-du-rhône et leurs bordeaux.
Ils exportent le sang de la terre
un peu partout à l'étranger,
leur pinard et leur camembert,
c'est leur seule gloire, à ces tarés.

En novembre, au Salon de l'auto,
ils vont admirer par milliers
le dernier modèle de chez Peugeot,
qu'il pourront jamais se payer.
La bagnole, l'été, le tiercé,
c'est l'opium du peuple de France,
lui supprimer c'est le tuer,
c'est une drogue à accoutumance.

En décembre, c'est l'apothéose,
la grande bouffe et les petits cadeaux,
ils sont toujours aussi moroses,
mais y'a d'la joie dans les ghettos.
La Terre peut s'arrêter de tourner,
ils rateront pas leur réveillon,
moi je voudrais tous les voir crever,
étouffés de dinde aux marrons.

Etre né sous le signe de l'Hexagone,
on peut pas dire que ça soit bandant.
Si le roi des cons perdait son trône,
y'aurait cinquante millions de prétendants.














CINEFORUM: "Chocolat" un film de Lasse Hallstrom (2001)


















Date de sortie (2h1min)
Réalisé par

Avec



 

GenreComédie , Romance

NationalitéBritannique , américain




Lasse Hallstrom signe ici une oeuvre où la pellicule devient 

véritablement des morceaux de chocolat ....... « Le Chocolat 

» est une petite gourmandise, portée par Juliette Binoche 

chocolatière mystérieuse et Johnny Depp très bohème....Un

 matin hivernal deux nouvelles habitantes arrivent dans la

 morne cité de Lansquenet, trempées et vêtues à l 'instar des

 chaperons rouges. Vianne et sa fille Anouk s'installent dans 

une petite maison, douce et chaleureuse, accolée au magasin

 qui deviendra une chocolaterie.. L'ouverture de ce magasin

 va perturber les habitudes de ce paisible village, car Vianne

 possède un don spécial, un don qui lui permet de donner à

 chaque personnes le chocolat qui lui correspond.. Elle va

 ainsi apporter un vent de fraîcheur aux habitants ,en

 réveillant les sens de ce petit monde .. Hélas dans l'ombre

, le Comte de Reynaud, bienfaiteur et catholique pratiquant 

considère la chocolaterie de Vianne comme une hérésie

, Alors que le Comte ligue les habitants contre elle, une aide 

inespérée suivant le fil de l'eau va lui être d'un grand secours

 ..Le cinéaste parvient à créer un déséquilibre parfait entre la

 religion et le chocolat.. Il dénonce ici et de manière adroite

 les disproportions qui souillent les belles choses de la vie par

 une institution qui voit en cela des fantasmes .. ...Le

 réalisateur dessine ici un portait délicat des différents

 protagonistes et se révèle tendre, drôle et

 mélancolique,portée par la sublime partition harmonieuse

 signée Rachel Portman ..Juliette Binoche apporte douceur à

 son personnage et Johnny Depp tendresse ...Un film qui 

donne une seule envie après son visionnage ...Celle de

 déguster du chocolat ...



Le film en entier 







mercredi 29 octobre 2014

Patrick Bruel: Place des Grands Hommes





Tiens! Et  si on se donnait rendez-vous dans 10 ans! ...

 EN  2024! ...





Que seront devenus tous ces  

fans / faons  ... de l'ESABAC?









   
On s'était dit rendez-vous dans 10 ans
Même jour, même heure, même pommes
On verra quand on aura 30 ans
Sur les marches de la place des grands hommes

Le jour est venu et moi aussi
Mais j' veux pas être le premier.
Si on avait plus rien à  se dire et si et si...

Je fais des détours dans le quartier.
C'est fou qu'un crépuscule de printemps.
Rappelle le même crépuscule qu'il y a 10 ans,
Trottoirs usés par les regards baissés.
Qu'est-ce que j'ai fait de ces années ?

J'ai pas flotté tranquille sur l'eau,
Je n'ai pas nagé le vent dans le dos.
Dernière ligne droite, la rue Souflot,
Combien seront là  4, 3, 2, 1... 0 ?

On s'était dit rendez-vous dans 10 ans
Même jour, même heure, même pommes
On verra quand on aura 30 ans
Sur les marches de la place des grands hommes

J'avais eu si souvent envie d'elle.
La belle Séverine me regardera-t-elle ?
Eric voulait explorer le subconscient.
Remonte-t-il à  la surface de temps en temps ?
J'ai un peu peur de traverser l' miroir.
Si j'y allais pas... J' me serais trompé d'un soir.
Devant une vitrine d'antiquités,
J'imagine les retrouvailles de l'amitié.
"T'as pas changé, qu'est-ce que tu deviens ?
Tu t'es mariée, t'as trois gamins.
T'as réussi, tu fais médecin ?
Et toi Pascale, tu t' marres toujours pour rien ?"

On s'était dit rendez-vous dans 10 ans
Même jour, même heure, même pommes
On verra quand on aura 30 ans
Sur les marches de la place des grands hommes

J'ai connu des marées hautes et des marées basses,
Comme vous, comme vous, comme vous.
J'ai rencontré des tempêtes et des bourrasques,
Comme vous, comme vous, comme vous.
Chaque amour morte à  une nouvelle a fait place,
Et vous, et vous...et vous ?
Et toi Marco qui ambitionnait simplement d'être heureux dans la vie,
As-tu réussi ton pari ?
Et toi François, et toi Laurence, et toi Marion,
Et toi Gégé...et toi Bruno, et toi Evelyne ?

On s'était dit rendez-vous dans 10 ans
Même jour, même heure, même pommes
On verra quand on aura 30 ans
Sur les marches de la place des grands hommes

Et bien c'est formidable les copains!
On s'est tout dit, on s' sert la main !
On ne peut pas mettre 10 ans sur table
Comme on étale ses lettres au Scrabble.
Dans la vitrine je vois le reflet

D'une lycéenne derrière moi.
Si elle part à  gauche, je la suivrai.
Si c'est à  droite... Attendez-moi !
Attendez-moi ! Attendez-moi ! Attendez-moi !

On s'était dit rendez-vous dans 10 ans,
Même jour, même heure, même pommes.
On verra quand on aura 30 ans
Si on est d'venus des grands hommes...
Des grands hommes... des grands hommes...

Tiens si on s' donnait rendez-vous dans 10 ans...







Mort à Crédit de Céline par Fabrice Luchini ... Par Coeur






Il se peut que mes élèves  trouvent  

trop difficile 'étudier par coeur 

un morceau choisi...

Pourtant.... s'ils  écoutaient  

Fabrice Luchini

Il est évident

qu'ils ne pourraient plus  s'en passer...

et ils apprendraient de tout leur coeur ...

 par coeur  








Mort à crédit Ferdinand Céline

"Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste... Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre. Ils ont dit des choses. Ils ne m'ont pas dit grand-chose. Ils sont partis. Ils sont devenus vieux, misérables et lents chacun dans un coin du monde.
Hier à huit heures Madame Bérenge, la concierge, est morte. Une grande tempête s'élève de la nuit. Tout en haut, où nous sommes, la maison tremble. C'était une douce et gentille et fidèle amie. Demain on l'enterre rue des Saules. Elle était vraiment vieille, tout au bout de la vieillesse. Je lui ai dit dès le premier jour quand elle a toussé: "Ne vous allongez pas surtout!... Restez assise dans votre lit!" Je me méfiais. Et puis voilà... Et puis tant pis.
Je n'ai pas toujours pratiqué la médecine, cette merde. Je vais leur écrire qu'elle est morte Madame Bérenge à ceux qui m'ont connu, qui l'ont connue. Où sont-ils?
Je voudrais que la tempête fasse encore plus de boucan, que les toits s'écroulent, que le printemps ne revienne plus, que notre maison disparaisse.
Elle savait Madame Bérenge que tous les chagrins viennent dans les lettres. Je ne sais plus à qui écrire... Tous ces gens sont loin... Ils ont changé d'âme pour mieux trahir, mieux oublier, parler toujours d'autre chose...
Vieille Madame Bérenge, son chien qui louche on le prendra, on l'emmènera...
Tout le chagrin des lettres, depuis vingt ans bientôt, s'est arrêté chez elle. Il est là dans l'odeur de la mort récente, l'incroyable aigre goût... Il vient d'éclore... Il est là... Il rôde... Il nous connaît, nous le connaissons à présent. Il ne s'en ira plus jamais. Il faut éteindre le feu dans la loge. A qui vais-je écrire? Je n'ai plus personne. Plus un être pour recueillir doucement l'esprit gentil des morts... pour parler après ça plus doucement aux choses... Courage pour soi tout seul!
Sur la fin ma vieille bignolle, elle ne pouvait plus rien dire. Elle étouffait, elle me retenait par la main... Le facteur est entré. Il l'a vue mourir. Un petit hoquet. C'est tout. Bien des gens sont venus chez elle autrefois pour me demander. Ils sont repartis loin, très loin dans l'oubli, se chercher une âme. Le facteur a ôté son képi. Je pourrais moi dire toute ma haine. Je sais. Je le ferai plus tard s'ils ne reviennent pas. J'aime mieux raconter des histoires. J'en raconterai de telles qu'ils reviendront, exprès, pour me tuer, des quatre coins du monde. Alors ce sera fini et je serai bien content. (...)"



















mardi 28 octobre 2014

Etudier la forme du poème (versification) - La ballade ... suivie de La montagne une ballade moderne de Jean Ferrat









Christine de Pisan

La ballade




Christine de Pisan (1363-1431)




Seulete suy et seulete veuil estre,
Seulete m'a mon doulz ami laissiée ;
Seulete suy, sanz compaignon ne maistre,
Seulete suy, dolente et courrouciée,
Seulete suy en languour mésaisée,
Seulete suy plus que nulle esgarée,
Seulete suy sanz ami demourée.

Seulete suy à huis ou à fenestre,
Seulete suy en un anglet muciée,
Seulete suy pour moi de plours repaistre,
Seulete suy, dolente ou apaisiée,
Seulete suy, riens n'est qui tant messiée,
Seulete suy en ma chambre enserrée,
Seulete suy sanz ami demourée.

Seulete suy partout et en tout estre,
Seulete suy, ou je voise ou je siée,
Seulete suy, plus qu'autre riens terrestre,
Seulete suy de chascun délaissiée,
Seulete suy durement abaissiée,
Seulete suy souvent toute éplourée,
Seulete suy sans ami demourée.

Princes, or est ma doulour commenciée :
Seulete suy de tout deuil menaciée,
Seulete suy plus teinte que morée,
Seulete suy sanz ami demourée.





ETUDIER LA FORME DU POÈME (VERSIFICATION)

1.       LA STROPHE est un ensemble de vers, séparé du reste du poème par deux blancs typographiques. La strophe en poésie équivaut au paragraphe dans un texte en prose, au couplet dans une chanson.

C-Je sais définir et employer : tercet - quatrain – quintil - sizain

2.       LE VERS est une ligne de poésie ; le METRE indique le nombre de syllabes.
Attention ! le « e » muet ne compte pas devant une voyelle ou en fin de vers.

C-Je sais définir et employer : octosyllabe – décasyllabe - alexandrin
C-Je sais compter les syllabes d’un vers et traiter le cas du « e » muet

3.       LA RIME est la répétition d’un même son en fin de vers. On distingue :
a)       La qualité : pauvre/suffisante/riche, selon le nombre de sons qui font la rime.
b)       La disposition : rimes suivies / rimes croisées / rimes embrassées

4.       LE SONNET est un poème à forme fixe qui respecte les contraintes suivantes :
-          2 quatrains aux rimes embrassées (ABBA, ABBA),
-          2 tercets aux rimes suivies puis croisées (CCDEDE) ou suivies puis embrassées (CCDEED)

C-Je sais reconnaître un sonnet en justifiant ma réponse

5.       LE RYTHME résulte de la longueur des mots et de leur disposition dans un vers.
a)      Dans la poésie classique, l’alexandrin doit être composé en 6/6 => on appelle césurel’accent qui sépare les deux hémistiches (=« moitiés ») de l’alexandrin. Cela crée un rythme binaire.

b)      Il arrive que la phrase ne coïncide par avec le vers : l’enjambement désigne le fait que la phrase se poursuive sur deux vers ; le rejet désigne le groupe de mots mis en évidence au début du vers suivant, après l’enjambement.
è L’intérêt est de commenter l’effet de rythme par rapport au sens.

6.      LES EFFETS SONORES
a)       Une ALLITERATION consiste en la répétition au sein d’un vers d’un même sonconsonantique.
b)       Une ASSONANCE consiste en la répétition au sein d’un vers d’un même son vocalique.

C-Je suis attentif(ve) aux sonorités du poème pour identifier allitérations et assonances et lesinterpréter = les relier au sens du vers, du poème

C- strophe, vers, mètre, rimes (croisée, embrassées, suivies)/ sonnet / effets sonores : allitération et assonance / enjambement et rejet ; enjambement et rejet=>je sais définir ces mots et employer ces notions pour étudier un poème.


Les principales strophes
Nom du vers
Nombres de vers
Le distique
2 vers
Le tercet
3 vers
Le quatrain
4 vers
Le quintil
5 vers
Le sizain
6 vers
Le septain
7 vers
Le huitain
8 vers
Le dizain
10 vers








 Une ballade moderne de Jean Ferrat : La montagne







Ils quittent un à un le pays

Pour s’en aller gagner leur vie

Loin de la terre où ils sont nés
Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets
Du formica et du ciné
Les vieux ça n’était pas original
Quand ils s’essuyaient machinal
D’un revers de manche les lèvres
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau
Et manger la tomme de chèvre

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver?

Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu’au sommet de la colline
Qu’importent les jours les années
Ils avaient tous l’âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C’était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
A ne plus que savoir en faire
S’il ne vous tournait pas la tête

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver?

Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l’autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
Il n’y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie
Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s’en faire
Que l’heure de la retraite sonne
Il faut savoir ce que l’on aime
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver?