jeudi 24 mars 2016

Arthur Rimbaud : Le bateau ivre









Le bateau ivre

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'oeil niais des falots !

Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sûres,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !

J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où les serpents géants dévorés des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J'aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
- Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et d'ineffables vents m'ont ailé par instants.

Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu'une femme à genoux...

Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient pas repêché la carcasse ivre d'eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des lichens de soleil et des morves d'azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l'Europe aux anciens parapets !

J'ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
- Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?

Mais, vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille éclate ! Ô que j'aille à la mer !

Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

















mardi 22 mars 2016

COLLOQUE ELEVES ESABAC 2016 - LICEO CLASSICO "CAIROLI" VARESE



ESABAC 

LICEO CLASSICO "E.CAIROLI" 

VARESE



23 mars 2016

H. : 8,15

Marie Bérenger

Assistante de langue française 


 8,45

III D

Beatrice Rizzi: 

Essai bref:

 Rencontres,  l’Autre,le hazard et la  nécessité


Marco Campana

Analyse 

 L’Ennemi  

 Charles Baudelaire


Giovanni Fraschini / Mambretti

Le Dadaïsme, l’Art du rien


Elisa Malnati et Valentina Vitale

L’Art en guerre 


H 9,45 / 10,00

II D


Federico Podano, Alice Prestint
Goncourt des lyceens 2015 


Giulia Calvi, Giorgia Pagliara
La Rose et le Renard dans le Petit Prince


Emma Schelstraete
Mon lycée à Tournai, en Belgique


Renata Gallina, Emma Quaglia

 Strasbourg: coeur battant de l’Union Européenne


Pietro Gallazzi

 Versailles: La grandeur française


 H 11,15 / 11,30

V D Michele  Cova
Amour et euthanasie


Chiara Jacazzi et Paolo Tonussi

Ecritures poétiques


 H 12,00


I  D


Anna Fortini

Elsa Morante :  La storia


Ines Serpe  Michel Litt

Le Lai du chèvrefeuille 


Beatrice  Gili:
La désobéissance  civile


Margherita Ottaviano

L'humanisme


H 13,00 





BONNES PÂQUES

À TOUS



Que serais-je sans vous ?




lundi 21 mars 2016

Serge Gainsbourg : La chanson de Prévert


Magnifique chanson    

 de Serge Gainsbourg

s'inspirant de 

de Prévert et  de Verlaine

... 

mais trop triste 

il nous faudrait  bien 

un chocolat chaud !



Rouen 






Oh je voudrais tant que tu te souviennes 
Cette chanson était la tienne 
C'était ta préférée, je crois
Qu'elle est de Prévert et Kosma
Et chaque fois les feuilles mortes
Te rappellent à mon souvenir
Jour après jour les amours mortes
N'en finissent pas de mourir

Avec d'autres bien sûr je m'abandonne
Mais leur chanson est monotone
Et peu à peu je m'indiffère
A cela il n'est rien à faire

Car chaque fois les feuilles mortes
Te rappellent à mon souvenir
Jour après jour les amours mortes
N'en finissent pas de mourir

Peut-on jamais savoir par où commence
Et quand finit l'indifférence
Passe l'automne vienne l'hiver
Et que la chanson de Prévert

Cette chanson, Les Feuilles Mortes
S'efface de mon souvenir
Et ce jour-là, mes amours mortes
En auront fini de mourir




Les feuilles mortes poème de Prévert 
chanté par Yves Montand



Rouen


samedi 19 mars 2016

mardi 15 mars 2016

BAC BLANC - ESSAI BREF : DE L’HORRIBLE DANGER DE LA LECTURE



À L'HEUREUSE ÉLITE 

DE LA FILIÈRE ESABAC 

DU LYCÉE "E. CAIROLI" DE VARESE

AUX ÂMES SENSIBLES QUI SAVENT LIRE ...




BAC BLANC 

Prova di: 

LINGUA E LETTERATURA FRANCESE


ESSAI BREF


Dopo avere analizzato l’insieme dei documenti, formulate un saggio breve in riferimento al tema posto

DE L’HORRIBLE DANGER DE LA LECTURE


Nous Joussouf-Chéribi, par la grâce de Dieu mouphti[1] du Saint-Empire ottoman, lumière des lumières, élu entre les élus, à tous les fidèles qui ces présentes verront, sottise et bénédiction. Comme ainsi soit que Saïd Effendi, ci-devant ambassadeur de la Sublime-Porte[2] vers un petit Etat nommé Frankrom , situé entre l'Espagne et l'Italie, a rapporté parmi nous le pernicieux usage de l'imprimerie, ayant consulté sur cette nouveauté nos vénérables frères les cadis[3] et imans[4] de la ville impériale de Stamboul, et surtout les fakirs[5] connus par leur zèle contre l'esprit, il a semblé bon à Mahomet et à nous de condamner, proscrire, anathématiser[6] ladite infernale invention de l'imprimerie, pour les causes ci-dessous énoncées.
1. Cette facilité de communiquer ses pensées tend évidemment à dissiper l'ignorance, qui est la gardienne et la sauvegarde des États bien policés.
2. Il est à craindre que, parmi les livres apportés d'Occident, il ne s'en trouve quelques-uns sur l'agriculture et sur les moyens de perfectionner les arts mécaniques, lesquels ouvrages pourraient à la longue, ce qu'à Dieu ne plaise, réveiller le génie de nos cultivateurs et de nos manufacturiers, exciter leur industrie, augmenter leurs richesses, et leur inspirer un jour quelque élévation d'âme, quelque amour du bien public, sentiments absolument opposés à la sainte doctrine.
3. Il arriverait à la fin que nous aurions des livres d'histoire dégagés du merveilleux qui entretient la nation dans une heureuse stupidité. On aurait dans ces livres l'imprudence de rendre justice aux bonnes et aux mauvaises actions, et de recommander l'équité et l'amour de la patrie, ce qui est visiblement contraire aux droits de notre place.
4. Il se pourrait, dans la suite des temps, que de misérables philosophes, sous le prétexte spécieux, mais punissable, d'éclairer les hommes et de les rendre meilleurs, viendraient nous enseigner des vertus dangereuses dont le peuple ne doit jamais avoir de connaissance.
5. Ils pourraient, en augmentant le respect qu'ils ont pour Dieu, et en imprimant scandaleusement qu'il remplit tout de sa présence, diminuer le nombre des pèlerins de la Mecque, au grand détriment du salut des âmes.
6. Il arriverait sans doute qu'à force de lire les auteurs occidentaux qui ont traité des maladies contagieuses, et de la manière de les prévenir, nous serions assez malheureux pour nous garantir de la peste, ce qui serait un attentat énorme contre les ordres de la Providence.
A ces causes et autres, pour l'édification des fidèles et pour le bien de leurs âmes, nous leur défendons de jamais lire aucun livre, sous peine de damnation éternelle. Et, de peur que la tentation diabolique ne leur prenne de s'instruire, nous défendons aux pères et aux mères d'enseigner à lire à leurs enfants. Et, pour prévenir toute contravention à notre ordonnance, nous leur défendons expressément de penser, sous les mêmes peines; enjoignons à tous les vrais croyants de dénoncer à notre officialité[7] quiconque aurait prononcé quatre phrases liées ensemble, desquelles on pourrait inférer un sens clair et net. Ordonnons que dans toutes les conversations on ait à se servir de termes qui ne signifient rien, selon l'ancien usage de la Sublime-Porte. [...]
Donné dans notre palais de la stupidité, le 7 de la lune de Muharem, l'an 1143 de l'hégire[8].

1Mouphti : chef suprême de la religion ottomane. 2Sublime Porte : empire ottoman. 3Cadi : juge. 4Iman : prêtre. 5Fakir : moine.6Anathémiser : maudire. 7Officialité : tribunal ecclésiastique français correspondant au diocèse sous la direction d'un évêque.8Hégire : début de l'ère musulmane (an 622 de l'ère chrétienne).

Voltaire, De l’horrible danger de la lecture (1756)




“ Tu viens d'incendier la Bibliothèque?         
— Oui. J'ai mis le feu là.                                   
— Mais c'est un crime inouï,                           
Crime commis par toi contre toi-même, infâme         
Mais tu viens de tuer le rayon de ton âme !                
C'est ton propre flambeau que tu viens de souffler  
Ce que ta rage impie et folle ose brûler,                            
C'est ton bien, ton trésor, ta dot, ton héritage
Le livre, hostile au maître, est à ton avantage.            
Le livre a toujours pris fait et cause pour toi.              
Une bibliothèque est un acte de foi
Des générations ténébreuses encore
Qui rendent dans la nuit témoignage à l'aurore.
Quoi ! dans ce vénérable amas des vérités,
Dans ces chefs-d'œuvre pleins de foudre et de clartés,
Dans ce tombeau des temps devenu répertoire,
Dans les siècles, dans l'homme antique, dans l'his­toire,
Dans   le passé, leçon qu'épelle l'avenir,
Dans ce qui commença pour ne jamais finir,
Dans les poètes ! quoi, dans ce gouffre des bibles,
Dans le divin monceau des Eschyles terribles,
Des Homères, des Jobs, debout sur l'horizon,
Dans Molière, Voltaire et Kant, dans la raison,
Tu jettes, misérable, une torche enflammée,
De tout l'esprit humain tu fais de la fumée !
As-tu donc oublié que ton libérateur,
C'est le livre? Le livre est là sur la hauteur
Il luit ; parce qu'il brille et qu'il les illumine,
Il détruit l'échafaud, la guerre, la famine
Il parle; plus d'esclave et plus de paria.
Ouvre un livre. Platon,  Milton, Beccaria.
Lis ces prophètes, Dante, ou Shakespeare, ou Cor­neille ;
L'âme immense qu'ils ont en eux, en toi s'éveille ,
Ébloui, tu te sens le même homme qu'eux tous;
Tu deviens en lisant grave, pensif et doux ;
Tu sens dans ton esprit tous ces grands hommes croître ;
Ils t'enseignent ainsi que l'aube éclaire un cloître[9]
A mesure qu'il plonge en ton cœur plus avant,
Leur chaud rayon t'apaise et te fait plus vivant
Ton âme interrogée est prête à leur répondre ;
Tu te reconnais bon, puis meilleur; tu sens fondre
Comme la neige au feu, ton orgueil, tes fureurs,
Le mal, les préjugés, les rois, les empereurs !
Car la science en l'homme arrive la première.
Puis vient la liberté. Toute cette lumière,
C'est à toi, comprends donc, et c'est toi qui l'éteins
Les buts rêvés par toi sont par le livre atteints.
Le livre en ta pensée entre, il défait en elle
Les liens que l'erreur à la vérité mêle,
Car toute conscience est un nœud gordien[10].
Il est ton médecin, ton guide, ton gardien.
Ta haine, il la guérit ; ta démence, il te l'ôte.
Voilà ce que tu perds, hélas, et par ta faute
Le livre est ta richesse à toi ! c'est le savoir,
Le droit, la vérité, la vertu, le devoir,
Le progrès, la raison dissipant tout délire.
Et tu détruis cela, toi !
—      Je ne sais pas lire. ”

Victor Hugo, L'Année terrible (juin 1871)



Et c'est là, en effet, un des grands et merveilleux caractères des beaux livres (et qui nous fera comprendre le rôle à la fois essentiel et limité que la lecture peut jouer dans notre vie spirituelle) que pour l'auteur ils pourraient s'appeler “ Conclusions ” et pour le lecteur “ Incitations ”. Nous sentons très bien que notre sagesse commence où celle de l'auteur finit, et nous voudrions qu'il nous donnât des réponses, quand tout ce qu'il peut faire est de nous donner des désirs. Et ces désirs, il ne peut les éveiller en nous qu'en nous faisant contempler la beauté suprême à laquelle le dernier effort de son art lui a permis d'atteindre. Mais par une loi singulière et d'ailleurs providentielle de l'optique des esprits (loi qui signifie peut-être que nous ne pouvons recevoir la vérité de personne, et que nous devons la créer nous-même), ce qui est le terme de leur sagesse ne nous apparaît que comme le commencement de la nôtre, de sorte que c'est au moment où ils nous ont dit tout ce qu'ils pouvaient nous dire qu'ils font naître en nous le sentiment qu'ils ne nous ont encore rien dit.

Marcel Proust, "Sur la lecture", préface de Sésame et les lys (1906).


Dans son dernier livre, Primo Levi, rescapé d’Auschwitz, s’interroge, entre autres, sur le rôle de la culture pour le déporté, au camp de concentration.

La culture pouvait donc servir, fût-ce dans quelques cas marginaux, et pour de courtes périodes; elle pouvait embellir quelques heures, établir un lien fugitif avec un camarade, maintenir l'intelligence en vie et en bonne santé. Il est sûr qu'elle ne pouvait servir à s'orienter et comprendre […]. La raison, l'art, la poésie ne nous aident pas à déchiffrer le lieu d'où ils ont été bannis. Dans la vie quotidienne de “ là-bas ”, faite d'un ennui rehaussé d'horreur, il était salutaire de les oublier, comme il était salutaire d'apprendre à oublier la maison et la famille; je ne pense pas à un oubli définitif, dont personne, d'ailleurs, n'est capable, mais à une relégation dans ce grenier de la mémoire où s'accumule le matériel qui encombre et ne sert plus dans la vie de tous les jours.
Les prisonniers incultes étaient plus enclins à cette opération que les cultivés. Ils s'adaptaient avant eux à ce principe : “ ne pas chercher à comprendre ”, qui était le premier mot de la sagesse qu'il fallait apprendre au Lager; chercher à comprendre, là, sur-le-champ, était un effort inutile, même pour les nombreux prisonniers qui venaient d'autres camps ou qui, comme Améry, connaissaient l'histoire, la logique et la morale et avaient en outre l'expérience de la prison et de la torture : un gaspillage d'énergie qu'il aurait été plus utile d'investir dans la lutte quotidienne contre la fatigue et le froid. La logique et la morale empêchaient d'accepter une réalité illogique et immorale : le résultat en était un refus de la réalité qui, en règle générale, conduisait rapidement l'homme cultivé au désespoir, mais les variétés de l'animal humain sont innombrables, et j'ai vu et décrit des hommes à la culture raffinée, en particulier quand ils étaient jeunes, s'en débarrasser, se simplifier et survivre.

Primo Levi, Les Naufragés et les rescapés, “ l’intellectuel à Auschwitz ”, 1986.




Peu de temps après l'arrivée au pouvoir du NSDAP, en 1933, le chancelier Adolf Hitler lance une « action contre l'esprit non allemand », dans le cadre de laquelle se développent des persécutions organisées et systématiques visant les écrivains juifs,marxistes ou pacifistes. Il s'agit en fait d'une initiative organisée et mise en œuvre par des étudiants allemands sous la direction de la NSDStB, association allemande des étudiants nationaux socialistes.Le 10 mai 1933, le mouvement atteint son point culminant, au cours d'une cérémonie savamment mise en scène devant l'opéra de Berlin et dans 21 autres villes allemandes : des dizaines de milliers de livres sont publiquement jetés au bûcher par des étudiants, des enseignants et des membres des instances du parti nazi. Ils constituent les autodafés allemands de 1933